Ryanair s’attaque à la réforme d’EU261 sur les bagages cabine, accusant Bruxelles d’imposer une publicité « mensongère » des prix et de nuire à la compétitivité des compagnies européennes. Derrière la sortie très offensive de Michael O’Leary se joue en réalité un virage réglementaire important sur la transparence tarifaire et les droits des passagers aériens dans l’Union européenne.
Vers une refonte d’EU261 centrée sur la transparence
Après des années de blocage, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus mi‑juin à un accord politique sur la révision du règlement sur les droits des passagers aériens, dit EU261. La Commission européenne salue un texte présenté comme un « accord historique » visant à renforcer la lisibilité des prix, la transparence des frais de bagages et la comparabilité des offres entre compagnies et plateformes.
Selon les éléments rendus publics, l’un des volets les plus sensibles concerne l’affichage des tarifs incluant les bagages cabine. Les transporteurs devront mettre en avant un prix intégrant non seulement l’« article personnel » sous le siège, mais aussi un bagage cabine de type valise de cabine, aujourd’hui souvent facturé en supplément par les low‑cost.
Bagages cabine : ce que prévoit le nouveau cadre
Les négociateurs européens entendent harmoniser et clarifier ce qui est inclus, ou non, dans le billet de base. D’après les documents de travail du Conseil, chaque passager aura au minimum droit gratuitement à un « article personnel » de dimensions standardisées (par exemple 40 x 30 x 15 cm) pouvant se glisser sous le siège, sans frais additionnels.
Par ailleurs, les institutions se sont rapprochées d’une solution prévoyant que le tarif mis en avant par défaut inclue aussi un bagage cabine de type valise, avec un poids de l’ordre de 7 kg, applicable à tous les vols au départ ou à destination de l’UE. Les passagers pourront toujours opter pour une formule plus économique, limitée à l’article personnel, mais cette option apparaîtra comme une réduction par rapport au tarif affiché, et non comme le prix de référence.
Cette logique reprend l’esprit des votes antérieurs des eurodéputés, qui avaient déjà poussé en 2025–2026 pour un droit à deux pièces en cabine (un bagage de 7 kg plus un article personnel), intégrées dans le billet de base. Le calendrier d’entrée en vigueur dépendra désormais de la transposition et de l’adoption formelle du texte, ce qui laisse envisager une application concrète plutôt à l’horizon 2027–2028 sur certains marchés comme la France.
La charge de Ryanair…
Dans ce contexte, Ryanair a choisi la confrontation frontale. Dans un communiqué daté du 16 juin, le groupe irlandais dénonce les « dernières modifications d règlement européen EU261 » qui « obligeront les compagnies à inclure dans leur publicité des tarifs plus élevés lorsqu’ils comprennent une deuxième pièce de bagage cabine ». Michael O’Leary, PDG de Ryanair, y fustige des règles « illisibles » et dénonce « encore plus de bricolage bureaucratique de la part du Parlement et du Conseil européens », estimant qu’« au lieu d’encourager les compagnies à afficher nos tarifs les plus bas (sans 2e bagage cabine), que plus de 50% de nos clients choisissent, ces nouvelles règles obligent à annoncer faussement des tarifs plus élevés ». Pour lui, l’obligation d’afficher d’emblée un tarif intégrant un second bagage cabine revient à renchérir artificiellement le prix apparent des billets et à rendre les compagnies européennes moins compétitives face à leurs concurrentes.
Ryanair met en avant sa structure tarifaire ultra‑segmentée, où une majorité de passagers, selon la compagnie, choisiraient de voyager uniquement avec un petit sac gratuit, sans valise cabine. L’entreprise affirme que les nouvelles règles vont à l’encontre des préférences observées de ses clients et brouillent la transparence des prix au lieu de l’améliorer.
Un débat plus large sur la compétitivité et les coûts
Dans sa critique, Ryanair élargit rapidement le propos bien au‑delà du seul sujet bagages. Michael O’Leary accuse les institutions de Bruxelles de ne « rien faire pour améliorer la compétitivité des compagnies européennes » en laissant perdurer un système de contrôle aérien (ATC) « cassé » et en maintenant le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) appliqué aux vols intra‑UE.
Selon lui, « le système de contrôle aérien européen (ATC) est responsable de plus de 90 % des retards aériens, et pourtant les compagnies ne sont pas autorisées à récupérer nos coûts EU261 auprès de ces monopoles publics défaillants », une position qu’il défend de longue date dans ses prises de parole publiques. Ryanair demande à la Commission et au Parlement « d’abolir l’ETS discriminatoire » – qui ne s’applique qu’aux vols intra‑UE – et d’« enfin réformer efficacement l’ATC » en imposant, par exemple, des effectifs complets pour la première vague de départs matinaux et une protection systématique des survols lors des grèves nationales.
Ce que recherchent les régulateurs : lisibilité pour le passager
La Commission européenne défend pour sa part une réforme censée « renforcer les droits des passagers » et « améliorer la transparence et la comparabilité des tarifs ». L’objectif est d’éviter que le prix affiché en première ligne ne corresponde qu’à une offre minimaliste, sans bagage cabine ni services essentiels, rendant difficiles les comparaisons entre transporteurs et plateformes de réservation.
Les autorités européennes s’appuient également sur plusieurs arrêts de la Cour de justice de l’UE ayant insisté sur le caractère essentiel des bagages de cabine pour l’exercice du contrat de transport, ainsi que sur les nombreuses plaintes d’associations de consommateurs concernant les frais additionnels imprévisibles.

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