Un Airbus A320 reliant Varsovie à Tel-Aviv et opéré par la compagnie bulgare Electra Airways pour le compte de LOT Polish Airlines a déclenché mardi une spectaculaire chaîne de réponses militaires après l’émission accidentelle d’un code transpondeur 7500, signal international d’« intervention illicite » assimilé à un détournement d’avion.
L’appareil a finalement été dérouté vers l’aéroport bulgare de Bourgas, sans blessés ni impact sur le trafic, sur fond de versions divergentes entre autorités bulgares – qui évoquent une « défaillance technique » – et sources aéroportuaires polonaises parlant d’« erreur du pilote ».
Un vol charter LOT–Electra déclenche une alerte hijack
Le vol LO155 de LOT Polish Airlines entre Varsovie-Frédéric-Chopin et Tel-Aviv-Ben-Gourion était assuré ce jour-là par un Airbus A320 immatriculé et exploité par la compagnie bulgare Electra Airways, dans le cadre d’un affrètement pour la compagnie nationale polonaise. Le vol charter avait décollé de Varsovie vers la mi-journée et suivait un profil standard en direction du sud-est, traversant l’espace aérien bulgare avant de poursuivre vers la Turquie puis la Méditerranée orientale.
Selon le ministère bulgare des Transports et des Communications, « un dysfonctionnement du transpondeur de l’aéronef a émis un faux signal d’intervention illégale/détournement », déclenchant immédiatement les procédures de protection de l’espace aérien. L’événement est survenu peu après l’entrée de l’appareil dans l’espace aérien bulgare, alors qu’il survolait la région du Danube, moment où les centres de contrôle et le centre d’opérations aériennes de l’OTAN ont identifié l’activation du code d’urgence.
Le code 7500, signal mondial d’« intervention illicite »
En aviation civile, le transpondeur secondaire de surveillance (SSR) permet à l’avion de transmettre en permanence son code d’identification et d’éventuels signaux d’urgence aux radars de contrôle. Parmi ces codes, le 7500 signale une « unlawful interference », c’est‑à‑dire une intervention illicite à bord – généralement interprétée comme un détournement ou une prise de contrôle forcée de l’appareil.
La doctrine opérationnelle impose que tout signal 7500 soit traité comme un cas de détournement jusqu’à preuve du contraire, ce qui implique l’activation de plans d’urgence nationaux et, en Europe, des dispositifs de type « Air Policing » coordonnés avec l’OTAN. Cette logique explique la réaction rapide des autorités bulgares et israéliennes, alors même qu’aucune menace réelle ne s’est finalement matérialisée à bord de l’Airbus A320.
Décollage d’un MiG‑29 bulgare et escorte de l’A320
Dès l’identification du code 7500, les autorités bulgares ont déclenché l’alerte au sein de la mission de police du ciel. Le ministère de la Défense a indiqué qu’un chasseur Mikoyan-Gourevitch MiG‑29, basé à Graf Ignatievo, avait décollé en urgence pour intercepter l’Airbus A320 et vérifier la situation à bord.
Le MiG-29 a rejoint l’appareil dans le ciel bulgare et l’a escorté, pendant que les contrôleurs aériens tentaient d’établir et de stabiliser les communications radio avec l’équipage. « Après confirmation qu’il n’y avait pas de menace réelle à bord, l’avion a quitté le territoire du pays via la Turquie », a finalement indiqué le ministère bulgare des Transports, précisant que les procédures de sûreté avaient été appliquées selon les protocoles en vigueur.
Intervention de l’armée de l’air israélienne au-dessus de la Méditerranée
Plus au sud, alors que l’appareil poursuivait sa route, l’armée de l’air israélienne a elle aussi déclenché une alerte après un signalement de perte de contact avec le vol charter. Dans un communiqué, les forces armées ont annoncé avoir envoyé « deux avions de chasse » vers « un avion civil au-dessus de la mer Méditerranée après un signalement de perte de communication avec l’appareil », en précisant qu’« il n’y a aucune inquiétude quant à un incident sécuritaire ».
Les Forces de défense israéliennes ont confirmé que le contact radio avec l’équipage avait été rétabli et qu’un scénario de détournement avait été écarté. Toutefois, selon les médias israéliens, l’avion n’a pas été autorisé à se poser à Tel-Aviv-Ben-Gourion, les autorités préférant qu’il soit dérouté vers un aéroport tiers le temps de clarifier l’incident, décision fréquente dans les cas de codes d’urgence mal interprétés.
Déroutement vers Bourgas et atterrissage sans incident
Après ces différents échanges, l’appareil a finalement été redirigé vers la Bulgarie, à la demande du transporteur, vraisemblablement en lien avec les limitations de temps de service de l’équipage. « L’avion a été redirigé vers la Bulgarie, où il a atterri avec succès à l’aéroport de Bourgas à 17 h 15 », précise le communiqué du ministère bulgare des Transports, confirmant un atterrissage normal et sans incident.
Un poste de crise a été activé à l’aéroport de Bourgas et un état de préparation d’urgence local a été déclaré, mais l’incident « n’a pas eu d’incidence sur le trafic régulier de l’aéroport » et « aucun passager ni membre d’équipage n’a été affecté », insiste encore le ministère. L’appareil a ensuite pu repartir de Bourgas vers Israël dans la nuit, après la levée des mesures d’urgence et les premières vérifications techniques.
Défaillance technique ou erreur de code ? Versions divergentes
Si la version officielle bulgare met en avant une « défaillance technique du transpondeur », qui aurait émis un faux signal d’intervention illicite, d’autres sources évoquent une erreur humaine. Le porte-parole de l’aéroport Frédéric-Chopin de Varsovie, Piotr Rudzki, a ainsi déclaré à l’AFP que « la compagnie aérienne (bulgare) évoque une erreur du pilote », ajoutant : « Nous suivons la situation, mais rien n’indique une quelconque interférence extérieure ».
Des commentaires de spécialistes et de sites de suivi de vol évoquent la possibilité d’un mauvais paramétrage du code par l’équipage, hypothèse fréquente dans les cas de squawk 7500 non confirmés, même si cette dimension n’a pas été détaillée dans les communiqués officiels bulgares. Les autorités ont indiqué que les services compétents du ministère de l’Intérieur avaient ouvert des vérifications, à la fois sur le plan technique et opérationnel, afin de déterminer l’origine exacte de l’alerte.

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