L’Iran a réussi à récupérer cinq anciens Boeing 777‑200ER ex‑Saudia, destinés à la compagnie iranienne Mahan Air, en contournant les sanctions américaines, ce qui met à nu les failles du mécanisme de contrôle des exportations aéronautiques occidentales. En Arabie saoudite, Saudia affirme toutefois avoir cédé ces appareils en 2023 à une société étrangère, en conformité avec les règles commerciales, et se disent étrangers à leur arrivée en Iran.
Cinq 777 ex‑Saudia dans l’orbite de Mahan Air
Au début de l’été, plusieurs médias spécialisés ont révélé que Téhéran avait réussi à mettre la main sur au moins cinq Boeing 777‑200ER anciennement exploités par Saudia (anciennement Saudi Arabia), la compagnie nationale saoudienne. Selon Defence Security Asia, ces gros‑porteurs sont déjà arrivés en Iran, deux d’entre eux ayant été repérés à l’aéroport Téhéran‑Mehrabad pour rénovation et remise en service. Les 777 doivent rejoindre la flotte de Mahan Air, principal transporteur privé iranien, déjà doté de quelques exemplaires de ce type et confronté aux contraintes d’un parc vieillissant sous sanctions. En outre, des appareils de Mahan Air ont été visés ou détruits au printemps lors de frappes attribuées à Israël depuis le début de la guerre en Iran.
Cette arrivée de cinq long-courriers américains offre à Mahan Air un gain de capacité notable, en termes de rayon d’action, de densité de sièges et de flexibilité cargo. Chaque 777 exploitable peut renforcer des liaisons vers l’Asie, la Russie, les marchés pèlerins ou des routes régionales à forte demande, tout en servant de réserve stratégique de pièces pour d’autres appareils de la flotte.
Saudia se défend et prend ses distances
La révélation de ce transfert a rapidement suscité des interrogations sur un éventuel accord direct entre Riyad et Téhéran, dans un contexte de rapprochement diplomatique engagé depuis 2023 entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Sur les réseaux sociaux, certains commentaires ont présenté l’opération comme un « premier grand deal commercial » entre les deux puissances du Golfe, malgré les sanctions américaines visant l’aviation iranienne.
La compagnie nationale saoudienne Saudia a réagi publiquement. Dans un communiqué publié sur X et relayé notamment par Arab News, elle explique que ces Boeing 777‑200ER ont été vendus le 7 juin 2023 à une société enregistrée hors d’Arabie saoudite, « conformément à toutes les procédures commerciales et légales applicables ». « Depuis la conclusion de la vente, Saudia n’a plus aucune relation opérationnelle ou commerciale avec ces appareils », insiste-t-elle, sans identifier l’acheteur final. Riyad et sa compagnie nationale cherchent ainsi à se prémunir de toute accusation de contournement direct des sanctions visant l’Iran, en présentant l’opération comme une cession classique d’avions retraités sur le marché secondaire.
Un montage de contournement des sanctions
Les informations disponibles décrivent un schéma complexe de transfert, passant par des intermédiaires du Golfe, des sites de stockage aux Émirats et des immatriculations temporaires pour brouiller la traçabilité. Selon Defence Security Asia, les appareils ex‑Saudia auraient été retirés de flotte, stationnés dans la région, puis cédés par l’intermédiaire de sociétés basées hors d’Arabie saoudite avant leur convoyage vers l’Iran. Le site Simple Flying évoque des 777 positionnés à Muscat et Fujairah avant d’être livrés à l’Iran, les autorités omanaises et émiriennes étant soupçonnées d’avoir facilité certains mouvements.
Ce type d’opération s’inscrit dans une pratique déjà documentée : les appareils changent plusieurs fois de propriétaires « sur le papier », traversent différentes juridictions et reçoivent des immatriculations éphémères, ce qui complique le travail de conformité des banques, assureurs et autorités de contrôle. Une fois proches de l’espace aérien iranien, les équipages peuvent déposer un plan de vol légal puis déclarer une fausse urgence pour se dérouter vers un aéroport iranien, où l’avion est ensuite intégré à la flotte d’un transporteur local comme Iran Air ou Mahan Air.
Pour Washington, l’enjeu dépasse le cas de ces cinq 777‑200ER : il illustre la difficulté à empêcher qu’une technologie d’origine américaine, intégrant avionique, moteurs et pièces certifiées, ne rejoigne un opérateur sanctionné via le marché de l’occasion. Pour Téhéran, chaque cellule d’avion acquise malgré les restrictions renforce la résilience de son réseau aérien et son autonomie en matière de transport stratégique civil.
Mahan Air, au cœur des soupçons de trafic d’armes
Au coeur de cette affaire, Mahan Air n’est pas une compagnie aérienne comme les autres. Basée à Téhéran et fondée en 1991, elle est sous le coup de sanctions américaines depuis 2011, notamment pour ses liens présumés avec les Gardiens de la Révolution (IRGC). Le Département du Trésor américain accuse la compagnie de fournir un soutien logistique à la Force Al‑Qods, bras armé extérieur de l’IRGC.
Plusieurs rapports d’experts et d’ONG de sécurité accusent Mahan Air d’avoir servi à acheminer des armes et du matériel militaire vers la Syrie, le Liban et le Yémen, au profit de milices alliées à Téhéran. Un rapport du centre israélien Alma Research and Education Center affirme même que Mahan Air aurait créé une entité dédiée, l’« Unité spéciale 190 », chargée d’organiser le transfert d’armes iraniennes dans la région. Elle est notamment soupçonnée d’avoir transporté des composants d’armement avancés au Hezbollah au Liban et au régime de Bachar al‑Assad (aujourd’hui déposé) en Syrie.
Mahan Air a par ailleurs été citée dans des enquêtes européennes pour des vols ayant acheminé des drones et équipements militaires vers la Russie, via l’Iran, en soutien à l’effort de guerre contre l’Ukraine. En 2024, l’Union européenne a sanctionné plusieurs entités iraniennes, dont la compagnie nationale Iran Air, pour la livraison présumée de drones iraniens à la Russie, dans un environnement où Mahan Air est régulièrement mentionnée par les services de renseignement occidentaux comme un vecteur potentiel de transferts d’armement.

©Saudia
Trump est un decerebré a commenté :
5 juillet 2026 - 11 h 40 min
Faire obstruction à une potentielle grosse commande de nouveau long courrier Boeing comme des 777X et 787 qui reste un facteur économique pour son pays est d’une absurdité incommensurable.
Lui qui est en plus fût un businessman dans un pays ou l”’ hypercapitalisme” en est la structure
C’ est d’une dissonance cognitive violente…
Le monde à l’envers…
Saudia a commenté :
5 juillet 2026 - 13 h 18 min
Les Saoudiens savent repérer et éliminer un journaliste qui déplait au roi, mais n’ont naturellement rien vu ni perçu d’une aussi grosse magouille.
Et personne n’a touché de bakchich pour fermer les yeux.