La Federal Aviation Administration (FAA) a franchi une étape symbolique vers le retour du transport supersonique civil. Dans une proposition de réglementation publiée le 30 juin, l’autorité américaine envisage d’abroger l’interdiction historique des vols supersoniques au-dessus du territoire des États-Unis, en vigueur depuis 1973, pour la remplacer par une norme acoustique transitoire.
Ce texte, publié sous forme de notice of proposed rulemaking (NPRM), autoriserait des vols à vitesse supersonique — potentiellement jusqu’à Mach 1,3 — à condition que le « bang » ne soit pas perceptible au sol. L’objectif est clair : permettre une reprise progressive des opérations supersoniques tout en limitant les nuisances sonores, principal frein réglementaire depuis l’ère du Concorde.
Une approche basée sur le « Mach cutoff »
La proposition repose sur un principe physique appelé Mach cutoff, déjà exploré par la NASA et récemment mis en avant par Boom Supersonic. Cette technique consiste à exploiter certaines conditions de vitesse, d’altitude et d’atmosphère pour que les ondes de choc se réfractent dans l’atmosphère et n’atteignent pas le sol.
Dans ce cas, au lieu d’un bang supersonique, les populations au sol perçoivent un bruit très atténué, décrit comme un grondement diffus. La FAA propose ainsi de limiter la surpression au sol à 0,11 livre par pied carré (psf), un niveau très inférieur à celui généré par le Concorde, estimé à 1,93 psf en croisière à Mach 1,93 et 52 000 pieds, selon des données de la NASA. À titre de référence, des réactions du public étaient observées entre 1 et 2 psf, sans dommages structurels en dessous de 1 psf.
Un signal politique et industriel fort
Cette initiative s’inscrit dans la continuité du décret signé en juin 2025 par le président américain Donald Trump, qui demande à la FAA de restaurer le leadership américain dans le vol à grande vitesse. Le calendrier est serré : une règle finale sur cette norme transitoire est attendue d’ici juin 2027.
Pour les industriels, le signal est majeur. « Avec l’action de la FAA aujourd’hui, une renaissance du transport aérien supersonique de passagers devient inévitable », a déclaré Blake Scholl, fondateur et PDG de Boom Supersonic. L’entreprise américaine développe l’Overture, un avion de ligne de 64 sièges capable d’atteindre Mach 1,7, avec une entrée en service visée à l’horizon 2030. Boom affirme avoir validé le concept de Mach cutoff lors des essais de son démonstrateur XB-1 en février 2025, jusqu’à Mach 1,18.
Des critiques sur une norme jugée insuffisante
La proposition de la FAA ne fait toutefois pas l’unanimité. Certains experts environnementaux dénoncent une approche jugée trop permissive. Dan Rutherford, directeur au sein de l’International Council on Clean Transportation (ICCT), se montre critique : « Je suis honnêtement surpris que la FAA propose une règle aussi faible. La métrique retenue pour définir le bang supersonique a été abandonnée dès 2014 par un panel d’experts des Nations unies, car elle ne mesure ni la perception sonore ni la gêne réelle. »
Selon lui, le seuil de 0,11 psf n’est pas directement corrélé à des données robustes sur l’impact sur les populations. Il souligne également que la règle repose sur une logique opérationnelle, laissant aux exploitants — et non aux constructeurs — la responsabilité de démontrer la conformité.
Des défis opérationnels encore nombreux
La mise en œuvre concrète du Mach cutoff reste complexe. Des études financées par la FAA en 2017 avaient montré que ce type d’opération est possible à des vitesses comprises entre Mach 1 et Mach 1,15, mais sous certaines conditions.
Par exemple, la propagation des ondes dépend fortement des vents, plus favorable en vol vers l’ouest avec vent de face et plus difficile vers l’est avec vent arrière. Les industriels misent donc sur des systèmes avancés de planification de vol et d’avionique embarquée capables d’intégrer en temps réel les conditions atmosphériques pour ajuster la trajectoire et la vitesse.
Point notable : cette proposition ne traite pas encore du bruit au décollage et à l’atterrissage (LTO), autre enjeu majeur pour la certification et l’acceptabilité des avions supersoniques. La FAA prévoit de publier une seconde NPRM sur ce sujet d’ici décembre, avant d’aboutir à une réglementation globale couvrant à la fois le bang supersonique en croisière et le bruit autour des aéroports. L’agence précise que ces règles évolueront progressivement avec les avancées technologiques.
Une rupture avec un demi-siècle de restrictions
Si elle est adoptée, cette réforme marquerait un tournant historique. Depuis plus de 50 ans, les États-Unis interdisent tout vol supersonique civil au-dessus des terres, une contrainte qui avait fortement limité l’exploitation commerciale du Concorde, cantonné aux routes transatlantiques.

GVA1112 a commenté :
2 juillet 2026 - 8 h 57 min
cette réforme marquerait un tournant historique. Depuis plus de 50 ans, les États-Unis interdisent tout vol supersonique civil au-dessus des terres, une contrainte qui avait fortement limité l’exploitation commerciale du Concorde, cantonné aux routes transatlantiques…
Cela en disait long sur le fait que les américains n’avaient pas apprécié de se faire doubler par les européens pour les vols supersoniques de l’époque !!!
Comme par hasard, lorsque cela est dans leur sens, ils changent les lois !!
En même temps, faut reconnaître que… a commenté :
2 juillet 2026 - 11 h 29 min
…s’il n’y a eu aucune exploitation civile par Concorde en supersonique au dessus du territoire US pour cause de etre réglementation US-FAA la bannissant, il n’y en a pas eu non plus ailleurs: Concorde aurait pu avoir des routes allant vers l’Est en supersonique, avec escale si besoin de ravitaillement, comme Singapour, Tokyo, l’Australie, …ou même L’os Angeles eu vol supersonique au dessus du Canada…( Concorde savait faire des détours pour pouvoir voler supersonique ce qui rattrapait largement le surplus distance du détour : exemple type: la portion JFK-MEX un temps exploitée par AF où l’appareil s’en allait contourner toute la Floride pour pouvoir rester supersonique au dessus des mers…)et autres lieux où le gain de temps dû à la vitesse aurait été appréciable.
Or il n’y eu aucune exploitation commerciale supersonique au dessus de n’importe quel territoire, même hors US ..m
Doit bien y avoir une raison autre que le chauvinisme US piqué à vif par l’échec retentissant du Boeing 2707 un temps envisagé qui restât au stade du concept-dessin face au succès technique du franco-anglais!
GVA1112 a commenté :
2 juillet 2026 - 12 h 18 min
Le cout des heures de vol de Concorde était tellement cher, qu’il devait trouver la route la plus courte.
Le cout des heures de vol de Concorde était tellement cher, que les prix des billets étaient exorbitant pour les clients, d’où, qu’une classe affaire / première classe haut de gamme.
Le cout des heures de vol de Concorde était tellement cher, que seules les destinations américaines étaient un peu près rentables. Il n’y avait pas assez de clients pour remplir un avion pour aller en Asie.
Les riches clients américains appréciaient le Concorde pour l’image de marque et de prestige.
C’est vrai…et c’est pas vrai! a commenté :
2 juillet 2026 - 13 h 26 min
BA a pendant longtemps exploité des Concorde en forme charters de luxe sur un réseau en contrat avec la compagnie maritime ( la Cunhard Maritime Line si mes souvenirs sont bons) qui , elle, exploitait le paquebot QE 2. Le QE2 faisait une fois l’an une croisière tour du monde grand luxe, type Southampton NY Bahamas Miami Rio Capetown Seychelles Singapour Hong Kong Cote Ouest US Acapulco Santiago Terre de feu Rio et retour sur UK.
Personne ne se payait ce grand tour complet qui durait des mois, mais achetait des tronçons plus ou moins longs: il y avait donc dans votre achat un pré acheminement à votre port d’embarquement quelque part sur la planète et idem en post acheminement après votre débarquement quelque part sur la planète .
C’est là qu’intervenait le contrat Concorde de BA qui effectuait ces pré et post acheminements avec, par exemple des vols Londres-Capetown ou Londres Singapour…je prends à desseins ces deux destinations du tour pour une meilleure explication.
Et bien pour ces vols, le Concorde pour Capetown ne survolait pas l’Afrique en supersonique en ligne droite ( route la plus courte) mais contournait le continent par l’Atlantique (escale ravitaillement à Dakar ) à cause du bruit…
Idem sur vols vers Singapour: escale ravitaillement à Bahreïn : départ Londres survol France en subsonique jusqu’à la Méditerranée puis supersonique jusqu’au Liban ( contournement Corse-Sardaigne et pointe italienne) puis subsonique jusqu’à Bahreïn. Après l’escale: subsonique jusqu’à l’océan ( atteint au large d’Oman) puis supersonique avec contournement de l’Inde par le sud jusqu’aux environs des territoires malais et indonésien puis passage subsonique jusqu’à Singapour….
Donc vous voyez: la limitation bruit supersonique n’était pas en vigueur uniquement au-dessus des usa! Sur l’Europe non plus ( trajet Londres-Bahrein) il ne volait pas en supersonique, bien que ce fut le route la plus courte…
Yoann a commenté :
2 juillet 2026 - 9 h 32 min
Qu’ils fassent déjà voler le 777X, on en reparlera après…
MoMoDeRabat a commenté :
2 juillet 2026 - 11 h 39 min
Qu’en est il du projet boom qui devait faire voler un supersonique vers 2030? Il semblerait q’american airlines avait passé commande.
Ben a commenté :
2 juillet 2026 - 14 h 09 min
Le projet Flyboom rencontre un développement obère et verrait le jour au printemps 2030 avec les commandes des 3 majores US.
Filoustyle a commenté :
2 juillet 2026 - 20 h 12 min
Les américains ont torpillés le concorde, ils ont torpillés la caravelle avec le DC9 après avoir participé a son élaboration au début du programme en réemployant les moteurs à l’arrière du fuselage et en copiant les plans, ils ont essayé ensuite de tuer Airbus en essayant de leur faire payer des milliards de dollars d’amende pour soupçon de corruption sur les pratiques commerciale et ensuite torpillé les programme A340 en changeant les règles Etops au profit de Boeing et son 777.
Bref c’est avion américain, si il vole un jour de manière commerciale devra être interdit en Europe du moins en France.