Neuf pays européens, dont la France, pressent l’Union européenne de prolonger la flexibilité des contrôles numérique automatisé EES (système d’entrée/sortie) aux frontières, alors que les aéroports font face à des files d’attente jugées « totalement inacceptables ».

Dans une lettre commune, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie, Malte, les Pays-Bas, le Portugal et la Suisse demandent à Bruxelles de maintenir, au-delà du 6 septembre 2026, le mécanisme permettant de suspendre partiellement le système EES pour en revenir au contrôle manuel un tamponnage manuel des passeports. Ces neuf pays soulignent que les premiers mois de déploiement complet de l’EES ont mis en lumière des « difficultés importantes » lorsque le système est soumis à de fortes contraintes.

Cette flexibilité autorise les autorités frontalières, en cas de congestion, à interrompre temporairement la collecte des données biométriques (empreintes digitales, reconnaissance faciale) de l’ESS pour accélérer le passage des voyageurs. « La fin programmée du mécanisme de suspension partielle le 6 septembre est une source de préoccupation sérieuse et légitime », écrivent les pays signataires, qui estiment « essentiel » que les États conservent cette capacité au-delà de cette date.

Des files d’attente jugées « inacceptables » 
Depuis la mise en œuvre élargie de l’EES au printemps, plusieurs aéroports européens dénoncent des temps d’attente multipliés, notamment pour les voyageurs non européens. Selon ACI Europe et Airlines for Europe (A4E), les temps de contrôle peuvent atteindre trois à cinq heures aux heures de pointe, malgré le recours à des dérogations ponctuelles.

Des compagnies aériennes comme Wizz Air invitent désormais leurs passagers à se présenter jusqu’à trois heures avant le départ, tandis que des enquêtes sectorielles mentionnent des files pouvant dépasser 3h30 dans les aéroports les plus touchés. « Faire la queue pendant trois heures au contrôle aux frontières n’est pas un simple “problème de rodage” de l’EES, mais une “défaillance systémique », dénonçait déjà l’association Airlines for Europe au printemps.

Témoignages venus de Grèce, d’Italie et d’ailleurs
Les critiques ne viennent pas seulement des compagnies aériennes, mais aussi des gestionnaires d’aéroports. Alexander Zinell, directeur général de Fraport Greece, qui exploite 14 aéroports dans le pays, évoque des « défauts fondamentaux » dans les contrôles et des scènes de passagers obligés de patienter sous des tonnelles installées d’urgence pour les protéger du soleil.

« C’est très désagréable pour les passagers, et même dangereux », affirme-t-il, estimant que les mécanismes d’urgence sont « la seule chose qui empêche le système de s’effondrer ». En Italie, l’aéroport de Rome met en garde contre un « risque élevé de désastre » et évoque des passagers qui manquent leur vol après plus de trois heures d’attente, notamment sur certains vols low cost.

Un système numérique au cœur des tensions
Le système EES enregistre automatiquement les données de voyage et les caractéristiques biométriques des ressortissants de pays tiers lors de leur entrée et sortie de l’espace Schengen, avec l’objectif affiché de moderniser et sécuriser les frontières. Dans sa communication officielle, la Commission européenne assure que « tous les efforts » sont faits pour limiter l’impact sur les voyageurs, et que le dispositif fonctionne globalement bien là où les moyens humains et les infrastructures sont suffisants.

Mais les organisations du secteur aérien alertent sur les « graves conséquences opérationnelles » et réclament davantage de marge de manœuvre pour suspendre ou réduire les enregistrements, surtout lors des grands départs estivaux. « Le système doit être revu de fond en comble », insiste Alexander Zinell de Fraport Greece, qui plaide pour des solutions permettant d’enregistrer les passagers avant leur arrivée à l’aéroport, par exemple via des procédures en ligne.

Files d’attente inacceptables : neuf pays, dont la France, demandent un assouplissement du système ESS 1 Air Journal

Paris-CDG @A.Voisin/AJ