Un rapport provisoire du Bureau fédéral allemand d’enquête sur les accidents aériens (BFU), publié le 9 juillet, attribue l’affaissement du train avant d’un Boeing 787‑9 de Lufthansa à Francfort, le 4 juin 2026, à l’absence d’une simple goupille de verrouillage sur le train avant, alors que les goupilles de sécurité étaient correctement installées sur les trains principaux.
Un Dreamliner sur le nez en porte à Francfort
Le 787‑9 de Lufthansa en cause, livré en janvier 2026 et entré en service commercial en février, immatriculé D‑ABPQ et baptisé « Herne », n’avait que quelques mois d’exploitation au moment de l’incident et totalisait à peine plus d’une centaine de vols.
Le 4 juin, l’appareil venait d’arriver d’Austin et se préparait à assurer le vol LH450 vers Los Angeles lorsqu’il a soudainement basculé vers l’avant en porte A15, vers 12h45 locales, nez au sol, alors qu’il était relié à deux passerelles d’embarquement et à un chargeur de conteneurs sur la soute avant droite. À bord se trouvaient des PNC, du personnel de maintenance et de handling, ainsi que des équipes de nettoyage ; plusieurs d’entre eux ont été blessés, de manière qualifiée de légère, et pris en charge par les services de secours de l’aéroport. Lufthansa a indiqué dans un communiqué que « le train avant s’est rétracté de manière inattendue alors que l’appareil était stationné » et qu’ « aucun passager n’avait encore embarqué » au moment de l’événement, précisant que les blessés recevaient une prise en charge médicale.
Caught in the act: Nose landing gear of a Lufthansa Boeing 787-9 Dreamliner (D-ABPQ) collapses while parked.
— FL360aero (@fl360aero) June 4, 2026
Similar incident From the past: In June 2021, British Airways Boeing 787-8 Dreamliner (G-ZBJB) collapsed its Nose Landing gear (NLG) due to Non-compliance of a Certain… https://t.co/Ujh4PJSuWf pic.twitter.com/5de1Q8Re7m
Ce que dit le rapport provisoire du BFU
Le BFU, qui a dépêché des enquêteurs sur place dès le jour de l’incident, a publié le 9 juillet un rapport d’étape qui permet de mieux comprendre la séquence technique ayant conduit à l’effondrement du train avant. La veille de l’événement, une anomalie liée au système de commande des portes du train principal avait été signalée, entraînant une demande de maintenance et la préparation d’une procédure de test au sol sur le système de train d’atterrissage.
Pour réaliser ces essais, les techniciens devaient placer l’avion sur vérins, actionner le système de train depuis le poste de pilotage et insérer des goupilles de verrouillage (« downlock pins ») dans des logements spécifiques sur chaque jambe de train afin d’empêcher physiquement toute rentrée du train pendant les manœuvres.
Le rapport du BFU confirme que les goupilles ont bien été posées sur les deux trains principaux, mais pas sur le train avant : la goupille dédiée à ce dernier n’a jamais été introduite dans l’orifice prévu et a été retrouvée ultérieurement dans sa boîte de rangement, intacte.
Lors de l’essai, lorsque les techniciens ont déplacé la commande de train en position « up » depuis le cockpit, le système a alors fonctionné comme prévu et a ordonné la rentrée du train avant. En l’absence de goupille de sécurité, la jambe de train avant s’est repliée, entraînant la chute du nez de l’appareil sur le tarmac et l’arrachage d’éléments de trappe et de carénage du puits de train.
Le BFU souligne que « le système de train d’atterrissage du Boeing 787 a fonctionné conformément à sa conception », orientant clairement l’analyse vers un défaut de respect de la procédure de maintenance plutôt qu’un problème de conception ou de fiabilité de l’avion.
Les goupilles de verouillage : un dispositif simple, une importance cruciale
Sur les avions modernes comme le Dreamliner, le train d’atterrissage est verrouillé en position sortie par un ensemble de verrous mécaniques et hydrauliques et par des logiques de commande qui empêchent toute rentrée au sol. Lorsqu’un test nécessite de « simuler » la rentrée ou la sortie du train alors que l’avion reste stationné, des dispositifs physiques de verrouillage, les goupilles de verrouillage, sont insérés dans des points de fixation dédiés sur chaque jambe pour neutraliser toute mouvement de train, tout en permettant d’actionner les circuits de portes et de commandes.
Une fois ces goupilles en place, le système peut être commandé sans que le train lui‑même se replie : ce sont les portes qui s’ouvrent ou se ferment, et les capteurs qui sont testés, tandis que la structure de train demeure mécaniquement bloquée. La configuration décrite par le BFU — downlock pins installés sur les trains principaux mais pas sur le train avant — crée un déséquilibre de sécurité : la logique de commande autorise la séquence, mais seule la jambe dépourvue de goupille reste physiquement libre de se replier, ce qui s’est produit à Francfort dès la mise en position « up » de la commande.
Dommages sur l’appareil et impacts opérationnels
Les photos et vidéos prises à Francfort montrent le fuselage avant au contact direct de l’aire de trafic, les trappes de puits de train avant déformées, et une attitude de l’avion très cabrée avec le nez au sol et la partie arrière relevée. Selon les premières évaluations, les zones de carénage en matériaux composites autour du puits de train, ainsi que les cloisons portantes et points d’ancrage du train dans la structure du fuselage, ont subi des charges importantes, susceptibles de nécessiter des inspections et réparations lourdes.
Ontbrekende borgpen oorzaak van incident met Lufthansa-vliegtuig op Frankfurt Airport https://t.co/IQ1xdGTKfb pic.twitter.com/tGFtJljOG4
— Luchtvaartnieuws.nl (@luchtvaart) July 10, 2026
Lufthansa a rapidement annulé le vol LH450 vers Los Angeles et reprogrammé les passagers sur d’autres vols, dans un contexte estival où la flotte long‑courrier est fortement sollicitée. Le 787‑9 D‑ABPQ, équipé du dernier produit cabine de la compagnie mais dépourvu de Première classe, est immobilisé pour une durée encore indéterminée, avec un coût financier estimé à plusieurs millions d’euros compte tenu de la complexité des réparations de structures composites.
⚠️⚠️⚠️As part of the maintenance actions, the landing gear lever is required to be in the UP position. BFU investigators found that the nose gear downlock pin was not installed and as a result the nose gear retracted.🆙🆙#Lufthansa #airline #gear #accident #German pic.twitter.com/J7Sk8WSP6B
— NextFly (@nextflyapp) July 10, 2026
L’incident intervient alors que Lufthansa continue de renouveler sa flotte long‑courrier autour de types récents comme le 787‑9 et l’A350‑900, en substitution de modèles plus anciens. Les autorités allemandes, le constructeur Boeing et Lufthansa indiquent coopérer pleinement à l’enquête, qui devra aussi se pencher sur l’organisation de la maintenance, la formation et la culture sécurité autour de ces essais de train, afin d’éviter la répétition d’un incident que l’industrie considère comme très rare sur des appareils quasi neufs.
Here's some real footage on the job showing exactly what we're talking about on a 787 nose gear. Watch how the downlock pin goes in the right spot, and check that plugged hole next to it from the AD..
— Fahad Naim (@Fahadnaimb) June 6, 2026
Boeing had already flagged this and issued a Service Bulletin to install a… pic.twitter.com/zFwVzOEYGY
787 a commenté :
11 juillet 2026 - 10 h 49 min
J’avoue ne pas trop savoir quoi penser…
Partagé entre faute d’un technicien distrait et ou problème de conception du fait que l’oubli d’une simple goupille puisse engendrer un incident aussi idiot que dangereux…
Je sais pas si une telles goupilles existent sur d’autres modèles d’avion mais je trouve ça hallucinant qu’une telle erreur humaine ne soit pas prise en compte lors de la conception de l’appareil.
Christian SOLDEVILA a commenté :
11 juillet 2026 - 11 h 10 min
Avion sur roues ( au sol ) pourquoi un switch WOW ( Weight On Wheel _ Poids sur les roues ) n’empêche pas la rétraction du train même en basculant la manette de train sur UP ?
Ou alors , il est ” truandé/ shunté) pour certains type d’essai au sol et ĺà il ne reste que les pin – sécurité de train – pour le sécuriser.
Par ex , sur ATR , On truande les WOW ( qui sont sur les TP ) pour pouvoir faire un relevage partiel ( que le TA – Train Avant ) .
On as ainsi que le nez de l’avion à mettre sur vérin et éviter une mise sur vérin complète.