Le trafic passagers des aéroports européens a encore progressé au premier semestre 2026, mais le rythme s’essouffle nettement. Selon ACI Europe, le réseau aéroportuaire du continent a enregistré une hausse de 2,6% sur six mois, après +4,3% au premier trimestre et seulement +1,3% au deuxième.

Le secteur reste donc en croissance, mais dans un environnement bien plus volatil, sur fond de guerre au Moyen-Orient, de hausse du carburant et de capacités réduites par certaines compagnies.

Le trafic européen ralentit au deuxième trimestre

Le constat dressé par ACI Europe est sans ambiguïté : la trajectoire est toujours positive, mais la dynamique a nettement perdu de l’allant depuis avril. L’organisation souligne que la baisse des flux vers le Moyen-Orient et les ajustements de capacité décidés par plusieurs transporteurs en réaction au renchérissement du jet fuel ont pesé sur les résultats du deuxième trimestre.

Dans son communiqué, le directeur général d’ACI Europe, Olivier Jankovec, résume la situation en des termes très politiques : « Il est impossible d’ignorer que la géopolitique façonne de plus en plus la performance du trafic cette année », a-t-il déclaré, ajoutant que la demande restait solide mais que le choc venait surtout de l’offre.

Le trafic domestique repasse devant l’international

Autre fait marquant : pour la première fois depuis la reprise post-Covid, le trafic domestique a mieux progressé que l’international en première partie d’année, avec +3% contre +2,5%. Un signal inhabituel pour un marché européen traditionnellement tiré par les liaisons transfrontalières et les grands hubs.

Cette inflexion confirme la montée en puissance de la demande intra-européenne, mais aussi l’impact différencié des crises régionales sur les réseaux de vols long-courriers et de correspondance. Eurostat rappelait récemment que, dans l’UE, le transport aérien avait déjà retrouvé en 2025 un niveau supérieur à celui de 2019, preuve d’une reprise désormais structurelle mais inégale selon les marchés.

Des écarts nationaux très marqués

Comme souvent chez ACI Europe, les moyennes européennes masquent de fortes disparités. Dans l’UE+, la Slovaquie domine très largement avec +101,3% de trafic, devant Malte (+15,6%) et la Slovénie (+14,7%). À l’inverse, l’Islande (-7,1%), Chypre (-4,4%) et l’Autriche (-2,6%) reculent. Parmi les grands marchés, l’Italie (+4,2%) et l’Espagne (+3,7%) tirent leur épingle du jeu, tandis que la France (+0,6%), le Royaume-Uni (+0,4%) stagnent et que l’Allemagne reste en territoire négatif (-1,2%).

Cette géographie du trafic confirme une tendance de fond observée depuis 2025 : les marchés loisirs, les destinations du sud de l’Europe et plusieurs plateformes d’Europe centrale ou balkanique restent plus dynamiques que les grands hubs historiques, davantage exposés aux contraintes de capacité et aux arbitrages des compagnies. ACI Europe notait déjà en début d’année que la croissance restait tirée par l’international, tandis que les aéroports non-UE+ affichaient souvent de meilleures performances.

Heathrow reste devant, Paris-CDG stagne

Sur le classement des grands aéroports, Londres-Heathrow conserve sa première place européenne avec 40 millions de passagers au premier semestre, soit une hausse marginale de 0,2%. Istanbul suit de très près avec 39,84 millions de passagers (+1,6%). Paris-Charles de Gaulle reste quasiment stable à -0,2%, tandis qu’Amsterdam-Schiphol (-0,3%), Francfort (-0,8%) et Munich (-4,2%) sous-performent.

Dans les segments intermédiaires, la croissance reste plus vive. Les aéroports de 10 à 25 millions de passagers progressent de 3,9%, et ceux de 1 à 10 millions de 3,7%. Les plus petits aéroports affichent même la hausse la plus forte, à +8,6%, mais ils restent les seuls encore très en retard sur leur niveau d’avant pandémie (-33,2%).

Fret et mouvements d’avions : stabilité fragile

Le fret aérien européen résiste mieux que prévu, avec une progression de 0,7% sur le semestre et un niveau encore supérieur de 11,2% à celui de 2019. En revanche, les mouvements d’avions n’augmentent que de 1% sur un an et demeurent 1,5% sous leur niveau d’avant-crise, signe que la reprise du trafic n’a pas encore totalement retrouvé sa profondeur opérationnelle.

Une alerte sur Schengen

Au-delà des chiffres, ACI Europe a profité de cette publication pour relancer un avertissement sur le futur système européen d’entrée/sortie Schengen, jugé source de files d’attente et de perturbations potentielles. Olivier Jankovec estime que sa mise en œuvre doit devenir une priorité immédiate, faute de quoi l’attractivité de l’Europe comme destination « efficace et accueillante » pourrait en pâtir.

Trafic aérien européen : +2,6% au premier semestre, mais le choc géopolitique pèse sur la dynamique 1 Air Journal

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