Le syndicat britannique de pilotes BALPA (British Airline Pilots Association) a alerté ses membres sur un défaut mécanique susceptible de provoquer l’arrêt non commandé d’un moteur en vol. Deux événements, impliquant un Airbus A320neo et un A350-1000, ont été signalés.
Le problème concerne une commande particulièrement sensible du poste de pilotage : l’« engine fire pushbutton », ou bouton incendie moteur. Installé sur le panneau supérieur du cockpit, ce bouton est utilisé par les pilotes en cas d’incendie ou de grave anomalie moteur.
Son activation isole le réacteur concerné. Elle coupe notamment l’alimentation en carburant, les circuits électriques associés ainsi que l’air de prélèvement. Elle arme également le système d’extinction. L’agent extincteur n’est toutefois libéré qu’au moyen d’une action distincte de l’équipage.

Une goupille déformée
En fonctionnement normal, le bouton reste enfoncé et protégé. Son déclenchement résulte d’une action volontaire des pilotes. Mais, selon l’alerte diffusée par BALPA, une goupille de retenue placée dans son mécanisme peut être déformée.
Cette déformation peut intervenir avant l’installation du panneau. Les vibrations subies en vol peuvent ensuite suffire à libérer le bouton. Le système interprète alors cette libération comme une commande de l’équipage et engage l’isolement du moteur. BALPA qualifie ce défaut de fabrication l’« engine fire pushbutton » de « sérieux » et « complètement latent », sans alerte ECAM avant son apparition. Le syndicat souligne que les pilotes pourraient d’abord recevoir des indications incomplètes ou déroutantes.

Déroutement d’un A320neo
Le premier événement documenté s’est produit le 1er décembre 2024. Un Airbus A320neo d’Air New Zealand reliait Wellington à Sydney lorsqu’un de ses moteurs s’est arrêté sans intervention de l’équipage.
Les pilotes ont déclaré Mayday et dérouté l’avion vers Auckland. L’appareil s’est posé sans blessé. La Commission d’enquête sur les accidents de transport de Nouvelle-Zélande, la TAIC, a ensuite conclu que le bouton incendie moteur s’était libéré de lui-même. L’enquête a identifié une goupille de retenue déformée comme origine du problème.

Un A350 également signalé
BALPA fait également état d’un événement sur un Airbus A350-1000 de British Airways. L’appareil assurait une liaison entre Las Vegas et Londres-Heathrow lorsqu’un moteur s’est arrêté en croisière, au-dessus du Canada, en février 2026.
L’équipage a constaté que le bouton incendie était sorti de sa position normale. Après l’avoir réenclenché et échangé avec la maintenance, les pilotes ont réussi à rallumer le moteur en vol, puis à poursuivre jusqu’à Londres. Cet événement n’a toutefois pas encore fait l’objet d’un rapport d’enquête public. Le lien définitif avec le même défaut mécanique reste donc à établir.

Des contrôles imposés sur A320
L’Agence européenne pour la sécurité aérienne (AESA/en anglais EASA) a publié une consigne de navigabilité pour les appareils concernés de la famille A320. Celle-ci couvre certains A318, A319, A320 et A321 équipés de panneaux incendie spécifiques. Elle impose aux compagnies aériennes d’inspecter les ensembles de boutons incendie moteur et de remplacer les éléments présentant une goupille déformée. Selon les appareils et la configuration concernée, certaines inspections peuvent être réalisées jusqu’en novembre 2027.
L’A350 ne figure pas dans le champ de cette consigne de l’AESA. BALPA estime néanmoins que les systèmes comparables installés sur les gros-porteurs Airbus doivent faire l’objet d’une attention particulière. Le syndicat recommande aux équipages de vérifier le panneau supérieur lors de tout message inhabituel lié au moteur, au circuit carburant, à l’électricité ou à l’air de prélèvement. Il considère que le risque reste faible, mais que ses conséquences potentielles peuvent être graves, notamment lors des phases de décollage ou de montée initiale.

Airbus A320neo et A350 : un défaut latent de bouton incendie peut provoquer l’arrêt d’un moteur 1 Air Journal

A320neo ©Airbus