La Russie a livré les deux premiers exemplaires de série du PD-8, le nouveau turboréacteur destiné au Yakovlev SJ-100. Certifié le 5 juin par l’autorité russe Rosaviatsia, ce moteur constitue une étape décisive — mais non suffisante — avant la certification complète et la mise en service commerciale de la version largement « import-substituée » du Superjet.

La filiale UEC-Saturn, rattachée à la United Engine Corporation (UEC) du conglomérat public Rostec, a remis « au client » les deux premiers moteurs PD-8 produits en série. L’information a été annoncée le 12 août par le directeur général d’UEC-Saturn, Ilya Konyukhov, alors que le motoriste accélère l’industrialisation de ce réacteur appelé à propulser le Yakovlev SJ-100. « À ce jour, nous avons lancé la production en série de ce moteur. Et nous avons déjà livré aujourd’hui au client les deux premiers PD-8 », a déclaré Ilya Konyukhov, selon des propos rapportés par RT Russie.

Le PD-8, pièce maîtresse du SJ-100 « russifié »

Le PD-8 doit remplacer le SaM146, réacteur conçu par PowerJet, coentreprise entre Safran Aircraft Engines et NPO Saturn, qui équipait les Sukhoi Superjet 100 de première génération. Après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 et l’embargo imposé à la Russie, Safran s’est retiré du programme, mettant fin à la production du SaM146. Rostec a alors lancé le développement d’un réacteur russe via le programme PD-8 pour motoriser le SJ-100, ce qui est devenu un enjeu industriel majeur pour la Russie.

Le Yakovlev SJ-100 — nouvelle désignation du Superjet modernisé — ne se limite donc pas à un changement de motorisation. Il intègre des systèmes, équipements et composants de provenance russe destinés à réduire la dépendance de l’avion aux fournisseurs étrangers. Cette logique concerne également les moyens d’assemblage et les stations de jonction employés en production.

Le motoriste russe présente le PD-8 comme une motorisation entièrement développée et fabriquée dans le pays. UEC-Saturn en est le maître d’œuvre industriel ; l’appareil délivre environ 8 tonnes de poussée au décollage. Selon Rostec, son développement a mobilisé 25 nouveaux matériaux et solutions technologiques, dont 17 spécialement créés pour ce programme.

Certification obtenue après plus de 6 500 heures d’essais

Le PD-8 a obtenu son certificat de type de Rosaviatsia le 5 juin, lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Ce document atteste, selon Rostec, de la conformité du moteur aux exigences russes de navigabilité et permet le démarrage de sa production commerciale.

La campagne de développement et de certification a totalisé plus de 6 500 heures de fonctionnement au banc et en vol, d’après le groupe russe. Elle a notamment inclus des essais en environnement givrant, des évaluations d’ingestion d’oiseaux, de grêle et d’eau, ainsi que des tests de résistance liés à la soufflante.

En mai, Fiodor Mironov, directeur général adjoint aux ventes d’UEC, assurait que le moteur avait démontré « une grande fiabilité et sécurité, y compris dans des conditions critiques », selon Rostec. Cette appréciation relève des résultats communiqués par l’industriel et s’inscrit dans le processus de qualification mené sous supervision de l’autorité russe.

D’architecture double corps et sans réducteur, le PD-8 est présenté comme un dérivé de plus faible poussée du PD-14 développé pour le moyen-courrier MC-21. Les informations techniques communiquées par UEC font état d’un taux de dilution de 4,4 et d’une commande numérique de type FADEC d’origine russe.

Des moteurs livrés, un SJ-100 encore à certifier

La livraison de deux moteurs de série ne signifie pas encore que le SJ-100 certifié soit prêt à rejoindre les compagnies aériennes. Le moteur dispose désormais de son certificat de type, mais l’avion dans sa configuration finale — avec les PD-8 et les équipements russes de substitution — doit achever sa propre campagne de certification.

Un premier SJ-100 construit selon des procédés de série avait déjà effectué son premier vol le 5 septembre 2025 depuis Komsomolsk-sur-l’Amour. Propulsé par des PD-8, l’appareil avait volé une heure avec trois membres d’équipage. Toutefois, FlightGlobal soulignait alors que la certification du programme SJ-100 restait en cours, celle-ci reposant sur plusieurs prototypes à différentes configurations.

Selon des informations rapportées par les médias russes, un nouveau jeu de moteurs doit désormais parvenir à Komsomolsk-sur-l’Amour pour installation sur un appareil de série, avant des essais dans le kraï de Khabarovsk. « Ces moteurs seront installés prochainement sur l’avion, et nous commencerons également ses essais ici », a indiqué Egor Popov, cité par Vesti.

Un test industriel pour l’aviation civile russe

L’enjeu dépasse le seul SJ-100. Pour Moscou, le PD-8 est l’un des programmes emblématiques de la reconstruction d’une chaîne aéronautique civile nationale capable de produire moteurs, avionique et systèmes critiques sans l’appui direct des fournisseurs occidentaux.

Le réacteur est aussi prévu, à terme, pour remotoriser le bombardier d’eau amphibie Beriev Be-200. Rostec évoque ainsi une plateforme moteur appelée à servir plusieurs programmes, même si toute nouvelle application devra suivre son propre chemin de qualification et de certification.

Le PD-8 entre en série : la Russie livre ses deux premiers moteurs pour le SJ-100 1 Air Journal

©United Aircraft Corporation