L’avionneur russe United Aircraft Corporation (UAC) a annoncé à New Delhi deux accords préliminaires portant sur 85 turbopropulseurs Iliouchine Il-114-300 : 50 pour Pinnacle Air et 35 pour Sleek Aviation. Le ministère russe de l’Industrie et du Commerce évoque, lui, un potentiel allant jusqu’à 105 appareils en ajoutant Air Kerala. Mais aucune commande ferme n’a encore été enregistrée.
Inde : 85 Il-114-300 signés, 105 avions espérés
La Russie veut placer son Il-114-300 au cœur de l’essor de l’aviation régionale indienne. Lors de l’exposition INNOPROM.India, le 10 septembre à New Delhi, United Aircraft Corporation (UAC), filiale du groupe public Rostec, a conclu deux accords préliminaires avec des acteurs indiens pour 85 turbopropulseurs.
Pinnacle Air a signé une lettre d’intention pour 50 exemplaires, tandis que Sleek Aviation a paraphé un protocole d’accord pour 35 appareils. Ce dernier prévoit également la création d’un centre de formation doté d’un simulateur de vol complet. UAC parle officiellement d’« accords pour la fourniture de plus de 80 Il-114 en Inde » ; dans le détail, le total annoncé atteint 85 unités.
A noter que plusieurs médias indiens et russes évoquent le chiffre de 105 appareils, qui reflète une perspective plus large : le ministère russe de l’Industrie et du Commerce inclut jusqu’à 20 avions qui pourraient être destinés à Air Kerala. Toutefois, cette composante n’apparaît pas dans la communication détaillée du constructeur russe.
Pas encore de commandes fermes
Ni la lettre d’intention de Pinnacle Air ni le memorandum of understanding de Sleek Aviation ne constituent des contrats d’achat fermes. UAC vise une conversion en premières commandes définitives avant la fin de 2026, après négociation des livraisons, du soutien après-vente, des conditions de maintenance et du financement.
« Les accords signés avec l’Inde pourraient être transformés en contrats fermes dans un avenir proche », a déclaré Vadim Badekha, directeur général d’UAC, à l’agence TASS. Le dirigeant a aussi insisté sur un sujet déterminant pour New Delhi : « La tâche essentielle est maintenant de définir le programme de localisation, car c’est une exigence de la partie indienne. »
Cette localisation pourrait aller au-delà de la maintenance et de la formation, avec la fourniture ou la fabrication en Inde de certains composants. UAC cherche ainsi à reproduire une logique industrielle désormais fréquente sur le marché indien : un avion ne se vend pas seulement pour ses performances, mais aussi pour l’emploi, les transferts de technologie et l’implantation d’une filière locale.
Un turbopropulseur « russifié »
L’Il-114-300 n’est pas un simple retour en production de l’Il-114 soviétique, dont le premier vol remonte à 1990 et qui n’a été construit qu’à une vingtaine d’exemplaires. Il s’agit d’une version profondément modernisée, conçue dans le contexte russe de substitution aux importations après la rupture avec les fournisseurs occidentaux.
L’appareil, d’une capacité de 68 passagers, se place dans le même segment que l’ATR 72-600 pour les liaisons entre villes secondaires. UAC le propose pour le programme indien UDAN, consacré au désenclavement aérien régional. Le constructeur assure qu’il peut desservir des plateformes modestes, dotées de pistes courtes et d’infrastructures limitées.
L’Il-114-300 est équipé de deux moteurs Klimov TV7-117ST-01 et d’hélices russes AV-112-114. Cette architecture remplace les moteurs canadiens Pratt & Whitney Canada PW127H et les hélices Hamilton Sundstrand employés sur certains Il-114-100. La modernisation porte aussi sur l’avionique et les équipements de bord, désormais présentés par Rostec et UAC comme majoritairement issus de l’industrie russe.
Rosaviatsiya, l’autorité russe de l’aviation civile, a délivré le certificat de type de l’Il-114-300 en juin 2026. Rostec estime que cette étape autorise le démarrage de la production en série ; trois exemplaires de série étaient alors en cours d’assemblage à l’usine de Loukhovitsy, près de Moscou.
Un marché prometteur, un programme à prouver
La percée indienne, si elle se concrétise, offrirait au programme son premier débouché export d’ampleur. Flamingo Aerospace avait déjà signé, en janvier, un accord préliminaire pour six appareils, avec des livraisons envisagées à partir de 2028.
Mais les défis restent considérables. Pinnacle Air exerce notamment dans l’affrètement d’hélicoptères et les services aéronautiques, tandis que Sleek Aviation est établie à Gurugram ; aucune des deux sociétés n’exploite aujourd’hui de compagnie régionale régulière. Leur modèle opérationnel, leurs financements et leurs certifications devront donc être clarifiés.
Surtout, l’Il-114-300 devra démontrer sa maturité industrielle, la fiabilité de sa chaîne de soutien et sa capacité à répondre aux contraintes climatiques et opérationnelles de l’Inde. Pour Moscou, le dossier dépasse ainsi la vente d’avions : il s’agit de faire de l’Inde une vitrine export pour une aviation civile russe désormais reconstruite autour de composants nationaux.

Aucun commentaire !