Les aéroports de Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly ont accueilli 10,08 millions de passagers en août 2026, soit 3,2% de moins qu’un an plus tôt. Si Roissy-CDG a limité son recul, Orly a accusé une baisse plus nette, dans un contexte de réduction des programmes de vols liée aux tensions au Moyen-Orient, de hausse du carburant et de contraintes opérationnelles — notamment les travaux engagés sur l’une de ses pistes.
L’été 2026 n’aura pas porté le trafic des aéroports parisiens au niveau observé l’an dernier. En août, Paris Aéroport — qui regroupe Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly — a accueilli 10 080 930 passagers, en recul de 3,2% par rapport à août 2025, selon les données publiées le 15 septembre par Groupe ADP.
La baisse est plus marquée qu’en juillet, mois durant lequel les deux plateformes avaient déjà perdu 1% de trafic sur un an, à 10,12 millions de voyageurs. Sur les deux mois centraux de la saison estivale, juillet et août, Roissy et Orly totalisent donc environ 20,2 millions de passagers, contre 20,6 millions un an plus tôt.
À l’échelle du groupe, qui exploite ou détient des participations dans des aéroports en Europe, en Turquie, au Moyen-Orient, en Inde et en Amérique latine, la tendance est en revanche restée presque stable : 37,51 millions de passagers ont été enregistrés en août, soit une très légère progression de 0,1% sur un an.
Orly pénalisé, Roissy-CDG plus résilient
Les deux plateformes parisiennes n’ont pas connu la même évolution. Paris-Charles de Gaulle a accueilli 6,86 millions de passagers en août, un recul limité à 1,1% sur un an. Le principal hub français, où Air France concentre désormais l’essentiel de ses opérations, représente près des deux tiers du trafic parisien.
Paris-Orly a, de son côté, accueilli 3,22 millions de voyageurs, soit une chute de 7,4% par rapport à août 2025. Ce recul explique l’essentiel de la baisse observée sur l’ensemble de Paris Aéroport.
La plateforme du sud parisien demeure néanmoins au-dessus de son activité pré-Covid : son trafic d’août représente 110,2% du niveau de 2019. A l’inverse, Roissy-CDG reste à 91,8% de son trafic d’avant-pandémie. Au total, Paris Aéroport se situe encore à 96,9% de son niveau d’août 2019, une situation qui illustre la reprise incomplète du long-courrier et des flux internationaux sur le hub de CDG.
Sur les huit premiers mois de l’année, les deux aéroports ont cumulé 71,80 millions de passagers, soit une baisse de 0,2% comparée à la même période de 2025. Orly fait du surplace, avec 23,62 millions de passagers, tandis que CDG perd 0,4%, à 48,18 millions. Paris Aéroport reste ainsi à 98% de son niveau cumulé de 2019.
Moyen-Orient, carburant et travaux : les facteurs du recul
Groupe ADP attribue ce tassement à un environnement aérien dégradé. Dans son communiqué, l’exploitant souligne que « le trafic du groupe reste affecté par des réductions des programmes de vols liées au conflit au Moyen-Orient, à la hausse des prix des carburants, ainsi qu’à diverses contraintes opérationnelles sur certaines plateformes du groupe ».
Le conflit au Moyen-Orient et les restrictions ou adaptations de survol qui en découlent ont affecté les dessertes de la région, mais aussi certaines liaisons long-courriers contraintes de modifier leurs trajectoires, leurs rotations ou leurs capacités. À Paris, le trafic vers le Moyen-Orient a reculé de 6,2% en août par rapport à août 2025 ; il demeure à seulement 88,4% de son niveau de 2019.
Le repli est également sensible sur plusieurs grands marchés intercontinentaux. Le trafic vers l’Amérique du Nord a baissé de 5,3%, celui vers l’Amérique latine de 5,5%, tandis que le trafic Europe a diminué de 3,3%. L’Asie-Pacifique a mieux résisté, avec une baisse limitée à 1,4%, mais reste encore sous son niveau pré-pandémique, à 86,4% de l’activité d’août 2019.
À Orly, les restrictions de capacité liées aux travaux de la piste 4 constituent un élément supplémentaire d’explication. Le chantier, prévu du 10 août au 17 décembre 2026, doit entraîner une réduction importante de la capacité de la plateforme. La Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers avait évoqué environ 3 000 vols annulés, reportés ou transférés vers Paris-CDG sur la période.
Cette contrainte intervient à un moment particulièrement sensible : Orly concentre un trafic dense vers la métropole, les outre-mer, le bassin méditerranéen et plusieurs destinations loisirs, avec une forte activité estivale des compagnies à bas coûts, des opérateurs de loisirs et des transporteurs français.
Un groupe soutenu par la Turquie et certains marchés internationaux
La faiblesse du marché parisien contraste avec les performances de plusieurs plateformes internationales du groupe. TAV Airports, filiale de Groupe ADP présente notamment en Turquie, a accueilli 14,74 millions de passagers en août, en hausse de 5,1%. Ankara a progressé de 13,4%, Bodrum de 10%, la Géorgie de 9,1% et la Tunisie de 8,4%, tandis qu’Antalya, très exposé au trafic touristique international, a légèrement reculé de 1%.
Le trafic des plateformes indiennes opérées avec GMR Airports a diminué de 2,6% à 9,44 millions de passagers. New Delhi a toutefois progressé de 2,7%, à 6,08 millions de voyageurs, alors qu’Hyderabad a perdu 11,5%. Groupe ADP intègre désormais dans ses statistiques Bhogapuram, nouvel aéroport inauguré par GMR Airports le 17 août 2026 ; cette plateforme indienne est toutefois exclue des comparaisons annuelles et avec 2019, compte tenu de son ouverture récente.
Au total, Groupe ADP a accueilli 253,35 millions de passagers entre janvier et août, soit une progression de seulement 0,2% sur un an, mais un trafic supérieur de 10% à celui de la même période en 2019 à périmètre comparable. Ce résultat confirme le rôle croissant des activités internationales du groupe dans un contexte où les plateformes parisiennes restent plus exposées aux aléas géopolitiques, aux contraintes de capacité et à la recomposition des réseaux long-courriers.
Un retour à la normale encore inégal à Paris
La photographie du trafic parisien demeure contrastée. Orly a dépassé ses niveaux d’avant-crise, porté par les liaisons européennes, domestiques et ultramarines, même si le trafic domestique métropolitain reste très inférieur à 2019 : en août, il ne représentait que 73,5% de son niveau pré-pandémique. La concurrence ferroviaire, en particulier sur les liaisons intérieures à grande vitesse, et la réduction de certaines offres aériennes expliquent largement cette érosion structurelle.
CDG, pour sa part, souffre encore d’un retour incomplet de certains flux long-courriers et internationaux. L’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Asie-Pacifique et une partie de l’Europe hors Schengen n’ont pas retrouvé leur niveau de 2019. L’Afrique constitue l’exception la plus notable : son trafic atteint 118,2% du niveau pré-Covid en août, confirmant le dynamisme des liaisons entre Paris et le continent africain.
Pour les compagnies, les passagers et les gestionnaires aéroportuaires, la fin de l’année s’annonce donc déterminante. Elle dira si le recul de l’été relève d’un accident conjoncturel — lié à la géopolitique, aux prix du carburant et aux travaux — ou s’il traduit une croissance désormais plus heurtée du transport aérien parisien.

Aucun commentaire !