Les destructions et les pillages commis en marge des manifestations en France provoquent des annulations de séjours et inquiètent les professionnels du tourisme. Les touristes étrangers sont particulièrement sensibles aux images de violences. Si les premières conséquences sont visibles dans l’hôtellerie, les professionnels du tourisme redoutent que les conséquences dépassent les vacances de la Toussaint et affectent les fêtes de fin d’année.
« Cette montée de violence en pleine ville, à Nice, à Paris, à Lyon, c’est catastrophique », déclare Christelle Chassagne, présidente d’ADN Tourisme, citée par l’AFP. « Quand vous avez réservé (…) une semaine à l’hôtel, ce n’est pas pour rester enfermé à l’hôtel », souligne-t-elle.
Des annulations déjà constatées dans les hôtels
Les premières conséquences sont concrètes. Le Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR) fait état d’annulations importantes. « Plus de 27% des réservations de séjours en France, prévus du 19 au 25 octobre, ont été annulées », déclare son délégué général, Franck Trouet, au Figaro.
Les données du cabinet MKG Consulting montrent, de leur côté, un ralentissement des réservations hôtelières parisiennes. Entre le 19 et le 20 octobre, l’avance du taux de chambres déjà réservées pour les séjours du 20 octobre au 29 novembre est passée de 1 point à seulement 0,2 point par rapport à 2025. Paris conservait donc une légère avance sur l’année précédente, mais celle-ci s’était presque effacée. « Ce ralentissement est particulièrement marqué sur les séjours proches et dans le haut de gamme », indique MKG Consulting. Le cabinet rapproche cette évolution de celle observée en décembre 2018, lors du mouvement des gilets jaunes.
Les visiteurs lointains plus sensibles au risque sécuritaire
Les images de véhicules incendiés, de vitrines brisées et d’affrontements pèsent sur la perception de la destination France, en particulier en en Asie. Les conséquences financières sont d’autant plus sensibles que les voyageurs asiatiques dépensent en moyenne davantage pendant leur séjour que les touristes européens.
Les images d’Aline Li, cogérante du restaurant-bar-tabac La Barrique, près de la place de la République à Paris, donnent un visage aux violences. Blessée lors du pillage de son établissement, ensuite incendié, cette commerçante originaire de Chine a vu son témoignage repris dans la presse asiatique. À Hong Kong, le quotidien South China Morning Post lui a consacré un reportage le 20 octobre, décrivant son visage encore marqué par les blessures devant son commerce dévasté. Le média hongkongais Dimsum Daily a également relaté son histoire. Ces reprises illustrent l’écho des violences parisiennes bien au-delà des frontières françaises.
Les conseils adressés aux voyageurs asiatiques témoignent de cette inquiétude. La Thaïlande et la Malaisie appellent leurs ressortissants à reporter les déplacements non essentiels en France. La Chine recommande, pour sa part, de redoubler de prudence. Dans une alerte de voyage de niveau orange, les autorités de Hong Kong conseillent aux voyageurs se rendant en France de « suivre la situation, faire preuve de prudence, veiller à leur sécurité personnelle, éviter les grands rassemblements et prêter attention aux annonces locales sur la situation actuelle ». L’Allemagne et des États-Unis appelle également à la vigilance. La consigne américaine est explicite : « Évitez les zones de manifestation. Faites preuve de prudence si vous vous trouvez à proximité de grands rassemblements. »
La durée des troubles sera déterminante
Le principal risque est désormais celui d’une crise qui s’installe. L’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) s’inquiète déjà des annulations de séjours pour les fêtes de fin d’année, rapporte L’Écho touristique. Les professionnels craignent ainsi que les pertes ne se limitent pas aux déplacements prévus dans les jours suivant les violences.
Ils soulignent néanmoins la capacité de rebond de la destination. « Si cela dure juste 15 jours, ce n’est pas grave », estime Laurent Abitbol, président de Marietton Développement, Havas Voyages et Selectour, auprès de l’AFP, avant de prévenir : « En revanche, si ça continue pendant quelques mois, ça sera catastrophique. » Vanguélis Panayotis, de MKG Consulting, rappelle pour sa part « l’extrême résilience » du tourisme parisien après les crises précédentes. L’enjeu est donc de rétablir rapidement la confiance, avant que les annulations de court terme ne se transforment en recul durable des réservations.

@Iberia
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