La filiale régionale d’Alaska Air Group est poursuivie par les Teamsters, qui l’accusent d’imposer à des pilotes se déclarant fatigués à leur base un déplacement en avion avant de leur accorder le repos prévu par un accord collectif. Le litige porte sur l’ordre dans lequel la compagnie doit organiser acheminement et récupération, et non sur des vols qu’elle leur aurait demandé de piloter malgré leur fatigue.
Fatigue des pilotes : cinq incidents dénoncés chez Horizon Air
Un pilote qui se déclare trop fatigué doit-il pouvoir se reposer immédiatement à sa base, ou sa compagnie peut-elle d’abord l’envoyer comme passager dans une autre ville ? C’est la question soumise à la justice fédérale américaine par la division aérienne des Teamsters et sa section locale 1224, représentant les pilotes d’Horizon Air. Leur plainte, déposée le 23 octobre 2026 devant le tribunal fédéral du district ouest de l’État de Washington, vise une modification présumée des conditions de travail contraire au Railway Labor Act.
Les Teamsters, officiellement International Brotherhood of Teamsters (IBT), sont un syndicat nord-américain représentant des salariés de nombreux secteurs, notamment les transports, dont les pilotes et d’autres personnels du transport aérien.
Selon les éléments de la plainte rapportés par Aviation A2Z, cinq incidents auraient eu lieu entre le 14 juillet et le 15 août 2026. Des pilotes basés à Portland et Seattle auraient reçu l’ordre de rejoindre Vancouver, Ontario — en Californie — ou Reno avant de commencer leur repos. Le premier cas concernerait un pilote de réserve de Portland envoyé à Vancouver après avoir signalé sa fatigue.
Le « deadheading », un déplacement qui ne vaut pas repos
Dans le transport aérien, le deadheading désigne l’acheminement professionnel d’un membre d’équipage comme passager ou personnel non navigant sur le vol concerné. Il permet notamment de repositionner les équipages pour assurer leurs prochaines rotations. La réglementation américaine est explicite : ce déplacement compte comme du service, et non comme du repos.
La distinction est essentielle. Même installé en cabine, un pilote transféré sur instruction de son employeur ne bénéficie pas d’une période durant laquelle il est entièrement libéré de ses obligations professionnelles. La réglementation définit par ailleurs la fatigue comme un état physiologique susceptible de réduire les capacités mentales ou physiques et, par conséquent, l’aptitude à accomplir des tâches liées à la sécurité.
Un accord de 2022 au centre du contentieux
Les Teamsters invoquent un accord négocié en 2022. Selon leur lecture, un pilote titulaire d’un programme de vols qui signale sa fatigue à sa base doit immédiatement bénéficier d’au moins dix heures de repos avant un éventuel réacheminement. Les pilotes de réserve doivent eux aussi être immédiatement libérés pour se reposer.
En revanche, des possibilités de transfert avant repos existent, sous certaines conditions, lorsque le pilote se trouve déjà en déplacement, hors de sa base. Le syndicat reproche donc à Horizon Air d’appliquer à des pilotes présents à leur base une procédure prévue pour d’autres situations. Il demande au tribunal de faire cesser cette pratique et de rétablir les protections négociées. « La direction ne peut pas choisir à la carte les dispositions de notre contrat qu’elle souhaite respecter », déclare Sean Lenney, pilote d’Horizon Air et membre de la section locale 1224, dans un communiqué des Teamsters publié le 6 novembre.
Des relations sociales déjà tendues dans la filiale d’Alaska
D’après le récit de la plainte publié par Aviation A2Z, Horizon Air aurait indiqué en septembre qu’elle maintiendrait sa pratique pendant la procédure de réclamation et d’arbitrage.
Ce contentieux s’inscrit dans un climat social dégradé. Selon les Teamsters, les négociations pour un nouvel accord collectif durent depuis plus de trois ans et demi. Le syndicat annonce également un vote de défiance à 99% contre Carlos Zendejas, vice-président chargé des opérations d’Horizon Air.

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