KLM va contribuer à faire sortir de terre la première usine néerlandaise dédiée entièrement au carburant d’aviation durable (SAF), à Delfzijl, dans le nord du pays. Porté par SkyNRG, ce projet entré en phase de construction doit produire, à partir de 2028, quelque 100 000 tonnes de carburant alternatif par an, soit un jalon majeur sur la route des 14% de SAF dans les réservoirs des avions néerlandais à l’horizon 2030.

SkyNRG annonce avoir bouclé le financement de son site « DSL‑01 » à Delfzijl, sur un parc chimique de la province de Groningue, ce qui permet le démarrage effectif des travaux de construction. L’installation est présentée comme la première usine des Pays‑Bas – et l’une des premières en Europe – entièrement dédiée à la production de carburant d’aviation durable, avec une capacité nominale d’environ 100 000 tonnes de SAF par an, complétées par 35 000 tonnes de sous‑produits durables (GPL, naphta, propane, butane).

Le site utilisera la filière HEFA (hydroprocessed esters and fatty acids), basée sur l’hydrogénation d’huiles et de graisses résiduelles, grâce à la technologie HydroFlex du groupe Topsoe. SkyNRG souligne que l’usine est conçue pour traiter des huiles et graisses de faible qualité, qui seraient sinon incinérées, en évitant volontairement l’usage d’huiles de cuisson usagées très convoitées ou d’huiles végétales vierges. L’entrée en service commercial est attendue vers le milieu de l’année 2028.

Un engagement de KLM sur 75 000 tonnes de SAF par an

KLM, cofondatrice et actionnaire de SkyNRG depuis 2009, revendique un rôle déterminant dans la maturation de ce projet, annoncé dès 2019 mais qui n’aboutit que maintenant à un « closing » financier complet, après sept années de développement et de procédures. La compagnie néerlandaise s’est engagée sur un contrat d’achat à long terme portant sur 75 000 tonnes de SAF par an, soit environ 2% de sa consommation totale de carburant, faisant d’elle le principal client de l’usine de Delfzijl.

« Nous sommes fiers de notre partenariat avec SkyNRG, où, en tant que co‑fondatrice et investisseur, nous avons posé les bases de la première usine dédiée au SAF aux Pays‑Bas », déclare Marjan Rintel, directrice générale de KLM. « Nous nous sommes engagés à acheter 75 000 tonnes de SAF par an, soit environ 2% de notre consommation totale de carburant. Avec cette usine, nous franchissons une étape concrète pour accélérer la production de SAF aux Pays‑Bas et conforter notre position de leader international dans ce domaine. »

Le SAF, levier clé de décarbonation mais encore coûteux

Pour KLM, le SAF est, avec le renouvellement de flotte et l’optimisation des opérations, l’un des leviers les plus efficaces pour réduire les émissions de dioxyde de carbone par passager‑kilomètre. Si ce carburant émet une quantité de CO₂ comparable au kérosène lors de la combustion en vol, son empreinte carbone « du puits à l’aile » est réduite d’au moins 65%, en tenant compte de l’ensemble du cycle de vie, depuis la production de la matière première jusqu’à l’utilisation à bord.

Ce gain environnemental a toutefois un prix : les carburants SAF restent nettement plus chers que le kérosène fossile et les projets industriels peinent à atteindre une taille critique sans visibilité sur les volumes d’achat et les incitations publiques. La décision de KLM de sécuriser des volumes importants sur plusieurs années a été un facteur clé pour conclure le financement de Delfzijl, en donnant aux investisseurs une garantie de débouchés à long terme.

Une ambition nationale de 14% de SAF en 2030

Les Pays‑Bas se sont fixé, avec leur secteur aérien, un objectif de 14% de mélange de SAF dans le carburant aviation d’ici 2030, au‑delà des mandats de mélange européens prévus par le règlement ReFuelEU Aviation qui imposent une montée en puissance progressive du SAF sur le continent. La feuille de route SAF néerlandaise, établie notamment par Deloitte, recense une série d’initiatives industrielles mais souligne que les décisions d’investissement et le développement des capacités restent en retard sur les ambitions affichées.

Pour Marjan Rintel, le projet de Delfzijl illustre à la fois ce qu’il est possible de faire et le chemin qui reste à parcourir. « Obtenir les permis nécessaires et finaliser le financement de l’usine a été un processus long et difficile », souligne‑t‑elle. « Cela montre la nécessité d’un gouvernement actif qui investit et coopère avec le secteur, afin que nous puissions atteindre collectivement l’ambition nationale d’un taux de 14% de SAF en 2030. »

Un appel à un fonds SAF national financé par la taxe aérienne

Au‑delà de cette première usine, KLM insiste sur la nécessité d’accélérer le déploiement du SAF pour en faire baisser les coûts et le rendre disponible à grande échelle. La compagnie salue le fait que le nouvel accord de coalition aux Pays‑Bas mette l’accent sur les carburants alternatifs pour l’aviation et les mécanismes de soutien à la production de SAF, tout en appelant l’État à aller plus loin via la création d’un fonds national dédié, comme le recommande le rapport Wennink « The Route to Future Prosperity ».

KLM milite pour que ce fonds soit alimenté par le produit de la taxe néerlandaise sur les passagers aériens, aujourd’hui versé au budget général sans affectation spécifique à la décarbonation du secteur. L’idée serait de reproduire, pour l’aviation, l’effet d’entraînement qu’ont eu les soutiens publics aux énergies éolienne et solaire, en réduisant le surcoût du SAF pour les compagnies et, in fine, pour les passagers.

Une opinion publique favorable à l’usage vert de la taxe

Les arguments de KLM s’appuient sur des sondages d’opinion réalisés par l’institut Markteffect. Une enquête récente montre que 87% des Néerlandais interrogés estiment que les recettes de la taxe sur les billets d’avion devraient être utilisées pour rendre le transport aérien plus propre, par exemple en finançant la montée en puissance du SAF. Cette même étude indique qu’une majorité de voyageurs envisagent de plus en plus de partir d’aéroports voisins en Belgique ou en Allemagne si la taxation néerlandaise devait encore augmenter, ce qui fragiliserait la connectivité de Schiphol et le rôle de hub du pays. Pour KLM, « ce n’est qu’en travaillant ensemble que le gouvernement et l’industrie pourront vraiment accélérer la transition durable de l’aviation et garantir une disponibilité suffisante, à un coût abordable, de SAF pour l’ensemble du secteur ».

Une vitrine européenne pour l’aviation durable

Pour SkyNRG, l’entrée en construction de DSL‑01 marque également une évolution stratégique : l’entreprise passe du rôle de fournisseur et distributeur de SAF à celui d’exploitant de ses propres capacités de production. « Le partenariat avec KLM a été au cœur de ce projet. Ce que nous réalisons ici montre que les compagnies aériennes et l’industrie peuvent assumer ensemble la responsabilité de rendre l’aviation plus durable », souligne Maarten van Dijk, directeur général de SkyNRG. « Avec le démarrage de la construction, nous démontrons que les investissements dans le SAF peuvent se concrétiser en Europe. »

À terme, Delfzijl doit devenir l’un des principaux sites SAF d’Europe du Nord, s’ajoutant à d’autres projets de biocarburants et d’e‑carburants sur le continent pour répondre à la nouvelle demande générée par les mandats de mélange. Pour KLM, qui revendique déjà un taux de SAF supérieur aux exigences réglementaires européennes, cette usine est appelée à jouer un rôle central dans le respect de ses propres objectifs climatiques et des obligations à venir.

KLM lance la première usine de carburant d’aviation durable des Pays‑Bas à Delfzijl  1 Air Journal

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