L’avionneur public russe UAC et Hindustan Aeronautics Limited (HAL) ont franchi une nouvelle étape dans leur rapprochement en signant un accord de coentreprise pour la production sous licence du SJ‑100 en Inde, à l’occasion du salon Wings India 2026 à Hyderabad. Ce projet vise à faire du biréacteur régional russe un outil de la connectivité intérieure indienne, mais il soulève de nombreuses interrogations industrielles, commerciales et géopolitiques.
L’accord a été signé à Hyderabad par Vadim Badekha, directeur général de United Aircraft Corporation (UAC), et D.K. Sunil, président de HAL, en présence de responsables russes et indiens. Le document encadre la production sous licence du SJ‑100 en Inde et prépare un futur contrat-cadre plus détaillé. Selon les premiers éléments communiqués, HAL devra « accompagner le processus de certification et de validation du certificat de type du Superjet en Inde » et bénéficiera d’une licence pour « la production et la vente du SJ‑100, y compris des ensembles, pièces et composants nécessaires à la réparation et à la maintenance ». UAC apportera un soutien technique, en ingénierie et en aménagement industriel pour adapter les installations de HAL à un programme d’aviation civile.
Pour HAL, historiquement centré sur l’aéronautique de défense, ce partenariat marque une incursion ambitieuse dans l’aviation commerciale. Les autorités indiennes présentent de leur côté le programme comme un levier potentiel pour la connectivité régionale, en cohérence avec l’initiative Aatmanirbhar Bharat (l’Inde autosuffisante) et le schéma UDAN, qui subventionne l’ouverture de liaisons vers des aéroports secondaires ou peu desservis. Dans l’hypothèse où le calendrier industriel serait tenu, le SJ‑100 pourrait se positionner sur des liaisons court‑courrier intérieures de 70 à 120 sièges, segment où le marché indien reste encore loin d’être saturé.
Incertitudes de certification, viabilité commerciale et concurrence frontale
Le SJ-100 est une version modernisée du Superjet 100, initialement lancé avec une forte dépendance aux industriels occidentaux. Avant 2022, le programme reposait notamment sur le moteur franco-russe SaM146, développé par Safran et NPO Saturn. Mais la guerre en Ukraine et les sanctions européennes ont contraint Moscou à accélérer le développement du nouveau moteur national PD-8.
Malgré l’annonce de Hyderabad, le programme SJ‑100 demeure en phase de certification en Russie et a déjà connu plusieurs retards, sans véritable cadence de production en série stabilisée, ce qui laisse planer un doute sur l’attractivité de l’appareil auprès de compagnies privées indiennes soumises à des contraintes de coûts et de fiabilité très strictes. Le défi est aussi opérationnel : HAL n’a pas d’expérience dans la production de jets commerciaux certifiés pour le transport de passagers, ni dans la gestion d’un réseau global de soutien et de pièces de rechange.
Le projet russo‑indien intervient alors que la veille du salon, Embraer et Adani Defence & Aerospace ont confirmé un protocole d’accord pour développer une future ligne d’assemblage (FAL) en Inde. Les deux projets se positionnent sur le même terrain : contribuer à la montée en puissance d’une filière indienne de transport régional, adossée aux programmes RTA et UDAN. « Avec des initiatives comme UDAN transformant la connectivité entre villes de rang 2 et 3, la nécessité d’un écosystème aérien régional indigène est devenue critique », résume un responsable d’Adani, qui voit dans cette alliance un « avantage de premier entrant » pour capter la croissance du marché.
Dans l’immédiat, l’accord UAC–HAL reste essentiellement un cadre : les volumes, les modalités de transfert de technologie, le calendrier de certification locale et la constitution d’un réseau de MRO restent à préciser.

GVA1112 a commenté :
30 janvier 2026 - 8 h 52 min
Superjet,
Embrarer,
Airbus,
Boeing,
Comac,
Dassault,
.. toutes les ambitions du monde aéronautique se tournent vers l’Inde. Ce pays va être l’épicentre de l’industrie aéronautique.