Air Antilles, déjà à l’arrêt depuis début décembre, vient d’être placée en redressement judiciaire avec une période d’observation de six mois, sur fond de graves difficultés de trésorerie et de blocage de son certificat de transporteur aérien par la DGAC. L’avenir de cette petite compagnie régionale, essentielle aux liaisons entre les îles françaises des Antilles, apparaît désormais très incertain pour les voyageurs comme pour les salariés.
Le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a décidé lundi de placer la compagnie Air Antilles en redressement judiciaire, avec une période d’observation de six mois, en raison d’une « trésorerie particulièrement dégradée », selon le jugement consulté par l’AFP. La juridiction a fixé provisoirement la date de cessation des paiements au 9 décembre 2025, soit au moment où les avions ont été cloués au sol sur décision de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).
Les juges estiment que la compagnie se trouve « hors d’état de faire face à un passif exigible avec son actif disponible » et qu’elle connaît une « situation de trésorerie particulièrement dégradée », de nature à compromettre le règlement des salaires de décembre 2025. Le tribunal souligne toutefois qu’« en dépit des difficultés évoquées, une perspective de redressement existe », ouvrant la voie à une recherche active de solutions financières et industrielles.
Une cessation des paiements actée en janvier
La chute d’Air Antilles s’est accélérée début décembre 2025, lorsque la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a suspendu le Certificat de Transporteur Aérien (CTA) le 8 décembre, suivi de la suspension de la Licence de Transport Aérien (LTA) le lendemain. Selon la DGAC, ces mesures ont été prises suite à un audit révélant des « défaillances très significatives » dans les processus de sécurité de la compagnie. Depuis, la flotte d’ATR d’Air Antilles est clouée au sol, privant la compagnie de toute source de revenus et stoppant net les discussions avancées avec de potentiels investisseurs. Majoritairement détenue par la Collectivité de Saint-Martin, Air Antilles a déclaré sa cessation des paiements le 16 janvier 2026, à l’initiative de son président du conseil d’administration, également président de la Collectivité, Louis Mussington. Ce dernier avait alors reconnu que « la caisse est vide » et que la compagnie n’avait « pas les moyens financiers de faire face à [ses] charges ».
Le tribunal a désigné la SELARL AJAssociés en qualité d’administrateur judiciaire « pour assister le débiteur dans tous les actes concernant la gestion », et la SCP BR Associés comme mandataire judiciaire, chargée notamment de la représentation des créanciers. Les prochaines semaines seront décisives pour identifier d’éventuels investisseurs ou partenaires capables de sécuriser l’exploitation et l’emploi dans un contexte de confiance fragilisée autour de la sécurité et du modèle économique de la compagnie.
La compagnie, relancée après la liquidation du groupe CAIRE en 2023, opérait sous la forme d’une société d’économie mixte locale (SEML) détenue à 60% par la Collectivité de Saint-Martin et à 40% par le groupe Edeis. Le 6 octobre 2025, le conseil territorial de Saint-Martin avait voté un nouvel appui financier de 3 millions d’euros à Air Antilles, présenté comme un « geste fort et décisif » pour consolider la compagnie et maintenir une offre de transport abordable et compétitive dans l’archipel. Cette injection portait à plus de 16 millions d’euros l’effort consenti par la Collectivité en deux ans pour maintenir la SEML à flot.
Un maillon clé des liaisons interîles
Air Antilles exploite un réseau exclusivement régional, reliant les îles françaises de Saint-Barthélemy, Saint-Martin, la Guadeloupe et la Martinique, avec une flotte composée d’ATR 72, d’un ATR 42 et d’un Twin Otter de 19 sièges. Relancée en 2024 après une précédente procédure de redressement, la « nouvelle » Air Antilles avait progressivement redéployé toutes ses liaisons aux Antilles et renforcé sa flotte pour la haute saison touristique 2024–2025.
En 2025, la compagnie a transporté plus de 121 000 passagers pour un chiffre d’affaires d’environ 18 millions d’euros, selon les chiffres communiqués lors de la demande de redressement judiciaire. Elle constitue un acteur important de la connectivité régionale, notamment pour l’aéroport de Saint-Barthélemy où l’arrêt de ses opérations a contribué à un repli du trafic en décembre, après une année par ailleurs très dynamique.
Quelles conséquences pour les voyageurs ?
L’immobilisation prolongée de la flotte oblige les passagers à se reporter sur d’autres opérateurs régionaux, comme Winair, St Barth Commuter ou Tradewind, déjà très sollicités en haute saison. L’offre globale reste soutenue sur le marché caribéen, mais la disparition temporaire d’Air Antilles réduit la fréquence de certaines liaisons et peut entraîner des hausses de tarifs sur les créneaux les plus demandés.
Pour les semaines à venir, les voyageurs ayant des billets Air Antilles sont invités à se rapprocher de la compagnie ou de leur agence de voyages, le temps que l’administrateur judiciaire clarifie les possibilités de report, de remboursement ou, dans le pire des cas, d’annulation définitive. L’enjeu, pour les autorités locales comme pour les professionnels du tourisme, sera de préserver la continuité du service aérien entre les îles françaises des Antilles, dans un contexte où la sécurité aérienne reste, plus que jamais, la priorité affichée de la DGAC.

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