Le groupe kazakh Air Astana a vu ses revenus progresser de plus de 11% en 2025, mais les profits se sont effrités sous l’effet conjugué de la chute du Tenge et des défaillances moteurs Pratt & Whitney. Son emblématique patron britannique Peter Foster s’apprête à passer la main après vingt ans de mandat.
Le 13 mars 2026, Air Astana a présenté ses résultats annuels pour l’exercice 2025, les derniers avant le départ annoncé en avril de son directeur général, Peter Foster. Arrivé à la tête de la compagnie nationale kazakhe en 2005, ce vétéran de l’aviation britannique laissera derrière lui un groupe en pleine expansion régionale. C’est aux côtés d’Ibrahim Canliel, actuel directeur financier et futur CEO désigné, qu’il a commenté les performances financières du groupe Air Astana et de sa filiale à bas coûts FlyArystan. « La compagnie est dans une situation extrêmement saine », a assuré Peter Foster lors de la conférence dédiée aux investisseurs.
Des revenus en hausse, un bénéfice en chute libre
En 2025, le chiffre d’affaires consolidé a progressé de 11,4 %, porté par la reprise de la demande en Asie centrale et la hausse de la capacité. Mais cette croissance ne s’est pas traduite dans les marges : l’EBITDAR (résultat d’exploitation avant loyers et amortissements) est resté quasi stable à 321,2 millions de dollars (+0,8 %), tandis que le bénéfice net a plongé de 49,4 à 13,6 millions de dollars. Deux facteurs expliquent cette décrue. D’abord, la dépréciation du Tenge kazakh face au dollar (impact évalué à 18,4 millions de dollars) a amputé les résultats. Air Astana tire une part importante de ses revenus du marché domestique, ce qui la rend particulièrement vulnérable aux variations de change. Ensuite, la compagnie subit comme beaucoup d’autres un lourd contrecoup industriel : les pannes récurrentes des moteurs Pratt & Whitney PW1100G équipant ses Airbus A320neo.
Des moteurs clouant les avions au sol
Depuis 2023, les défauts de fabrication constatés sur certains composants essentiels de ces turboréacteurs ont entraîné des retraits massifs pour inspection. En 2025, Air Astana a dû retirer 22 moteurs de sa flotte, immobilisant jusqu’à 13 avions de la famille A320neo en haute saison, selon la compagnie. « Nous avons réussi à louer quelques moteurs de remplacement à court terme, mais cela n’a pas suffi à compenser pleinement les pertes de capacité », a expliqué Foster. Cette situation a ralenti la croissance du réseau et engendré des coûts supplémentaires en affrètements et en maintenance. Ces problèmes, qui affectent aussi Lufthansa, IndiGo, ou Qatar Airways, devraient se poursuivre jusqu’en 2026, selon Pratt & Whitney.
Une compagnie peu exposée aux fluctuations pétrolières
Autre facteur externe : la poursuite du conflit au Moyen-Orient, qui a perturbé une partie des plans d’expansion de la compagnie vers le Golfe. Air Astana, qui avait ouvert plusieurs liaisons vers Dubaï, Koweït et Mascate, a dû redéployer des capacités vers d’autres marchés. Mais la gêne des hubs régionaux a paradoxalement profité au transporteur kazakh. Situé à mi-chemin entre l’Europe et l’Asie, le hub d’Almaty a capté une partie du trafic de correspondance Est-Ouest cherchant à éviter la zone du Golfe. Selon le groupe, cette reconfiguration a dopé la fréquentation sur ses routes européennes et asiatiques, entraînant une hausse des recettes unitaires.
À la question des analystes financiers, Ibrahim Canliel a précisé que la compagnie restait peu exposée aux fluctuations des prix du pétrole, la majorité de son approvisionnement (plus de 70 %) étant effectuée localement au Kazakhstan, producteur d’hydrocarbures. L’EBITDAR reste ainsi à un niveau solide de 22,1 %, comparable aux marges des grandes compagnies régionales malgré les perturbations industrielles.
Pour le successeur désigné, le potentiel du marché kazakh demeure considérable. « La propension à voyager des Kazakhs a triplé depuis le lancement de FlyArystan il y a dix ans », a rappelé Canliel. Selon lui, le marché intérieur pourrait encore doubler de taille avant d’atteindre un rythme de croissance plus corrélé au PIB national.

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