Pour la quatrième année consécutive, TAP Air Portugal boucle son exercice dans le vert, avec un bénéfice net de 4,1 millions d’euros en 2025, contre 53,7 millions un an plus tôt. Cette chute de plus de 90 % tient toutefois presque entièrement à un ajustement d’impôt sur les sociétés lié à la baisse progressive du taux d’IRC au Portugal, sans remettre en cause la trajectoire de redressement entamée après la renationalisation et le plan de restructuration imposé par Bruxelles.
Un bénéfice symbolique, écrasé par un effet fiscal
TAP a publié le 9 avril 2026 un résultat net de 4,1 millions d’euros pour l’exercice 2025, soit une baisse d’environ 92 % par rapport aux 53,7 millions engrangés en 2024. La compagnie explique cette contre-performance apparente par un ajustement de 42 millions d’euros lié à la réévaluation de ses actifs d’impôts différés, conséquence de la réduction progressive du taux d’IRC décidée par le Parlement portugais.
En neutralisant cet élément exceptionnel, le bénéfice net récurrent aurait atteint environ 46 millions d’euros, souligne TAP, ce qui traduit une rentabilité opérationnelle plus robuste que ne le laisse croire le chiffre publié. « En 2025, TAP a présenté des résultats solides, soutenus par une demande résiliente sur l’ensemble du réseau et par une contribution significative de l’activité maintenance », a déclaré le directeur général Luís Rodrigues dans le communiqué de résultats.
Recettes en légère hausse, pression sur les revenus unitaires
Sur l’ensemble de l’exercice, le chiffre d’affaires d’exploitation s’établit à environ 4,3 milliards d’euros, en progression de 1,2 % par rapport à 2024, avec une dynamique contrastée selon les segments. L’activité de maintenance ressort comme l’un des principaux relais de croissance, avec des revenus en hausse de 10,7 %, tandis que les recettes passagers ne progressent que de 0,8 %.
Le trafic reste, lui, bien orienté : TAP a transporté 16,7 millions de passagers en 2025, soit une augmentation de 3,4 % sur un an, et a amélioré son coefficient de remplissage à 84,2 %, en hausse de 1,9 point. La capacité (ASK) a crû de 3,1 % et les revenus passagers‑kilomètres (RPK) de 5,5 %, mais cette montée en puissance s’est accompagnée d’une érosion du revenu unitaire : le PRASK recule de 2,3 % à 6,96 centimes, sous l’effet d’une concurrence renforcée sur les marchés clés et de conditions de demande plus faibles en Amérique du Nord.
Coûts en hausse, marges encore au rendez‑vous
Face à une inflation persistante des charges, TAP parvient à préserver ses marges, notamment grâce à la baisse de la facture carburant. Les coûts d’exploitation récurrents progressent de 3,6 % pour atteindre 4,07 milliards d’euros, tirés par une hausse de 7,9 % des coûts de personnel, de 6,7 % des charges de trafic et de 10,8 % des dotations aux amortissements.
Cette inflation a été partiellement compensée par une diminution de 5,4 % des coûts de carburant, permettant de contenir la hausse du CASK récurrent à 0,5 %, à 7,36 centimes sur l’ensemble de l’année. TAP affiche ainsi un EBITDA récurrent de 742,9 millions d’euros, soit une marge de 17,2 %, et un EBIT récurrent de 243,4 millions d’euros, correspondant à une marge de 5,6 %. Le groupe rappelle toutefois que le premier trimestre 2025 a été « particulièrement difficile », confirmant la dépendance du modèle aux pics de saisonnalité estivale, comme l’ont déjà montré les solides performances du deuxième et du troisième trimestre 2025.
Liquidité renforcée et plan de restructuration bouclé
Au 31 décembre 2025, TAP disposait d’une trésorerie et équivalents de trésorerie de 765,3 millions d’euros, soit 113,7 millions de plus qu’un an plus tôt, et affichait un ratio dette nette/EBITDA de 2,6 fois. Cette amélioration du profil de liquidité intervient alors que la compagnie sort formellement du plan de restructuration approuvé par la Commission européenne en 2021, condition à l’aide publique d’environ 3,2 milliards d’euros versée pour éviter sa faillite au plus fort de la crise sanitaire.
Bruxelles a confirmé que TAP avait mis en œuvre dans les délais les principales mesures opérationnelles prévues, restaurant ainsi sa viabilité financière à long terme. La Commission a toutefois accordé un délai supplémentaire jusqu’au 30 juin 2026 pour la cession de la filiale de restauration Cateringpor et de l’unité d’assistance au sol SPdH, TAP s’engageant en contrepartie à restituer 24,99 millions d’euros à l’État portugais.
Cap sur l’Atlantique et montée en puissance de Porto
Soutenue par une demande jugée « résiliente » et par le dynamisme de la maintenance, TAP entend accélérer en 2026 sur ses axes de développement stratégiques, en premier lieu le long‑courrier vers l’Amérique. La compagnie prévoit d’ajouter deux nouvelles destinations au Brésil, portant son réseau brésilien à 15 lignes, dont 10 seraient opérées en exclusivité par TAP, confirmant le rôle de Lisbonne comme hub privilégié entre l’Europe et l’Amérique du Sud.
Parallèlement, les opérations à Porto doivent être renforcées avec l’ouverture de nouvelles lignes et le développement d’un pôle de maintenance à l’aéroport de la ville, afin de mieux équilibrer le réseau portugais et de capter une clientèle régionale en croissance. La direction estime que la demande restera robuste en 2026 et anticipe une amélioration des coefficients de remplissage et des revenus unitaires, malgré la hausse prévue de la capacité, les fluctuations du coût du carburant devant être partiellement compensées par une politique tarifaire « alignée sur les tendances du marché ».
Une privatisation sous haute surveillance
Ces résultats interviennent dans un moment charnière pour l’actionnariat de TAP. La clôture du plan de restructuration européen ouvre la voie à une privatisation partielle : le gouvernement portugais, qui a relancé le processus en 2025, prévoit de céder jusqu’à 44,9 % du capital à un investisseur stratégique, tandis que 5 % supplémentaires seraient réservés aux salariés. Seules Air France‑KLM et Lufthansa restent en lice après le retrait d’IAG.

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