Alors que la guerre au Moyen-Orient renchérit brutalement le prix du kérosène, certaines compagnies répercutent la facture sur les voyageurs. La low cost espagnole Volotea va plus loin : sous couvert d’une « Fair Travel Promise », elle s’autorise à ajuster le prix de billets déjà payés, à la hausse comme à la baisse, en fonction des cours du carburant relevés sept jours avant le départ.

Un mécanisme présenté comme « équitable » par la compagnie, mais jugé très probablement contraire au droit européen par plusieurs juristes et associations de défense des passagers.

Une « promesse de voyage équitable » qui change le prix après l’achat

Depuis la mi‑mars, Volotea a déployé un nouveau dispositif tarifaire baptisé « Fair Travel Promise » sur une partie de ses vols. Concrètement, le prix payé lors de la réservation n’est plus totalement figé : il peut être réajusté jusqu’à sept jours avant le départ, en fonction de la variation du coût du carburant par rapport à une valeur de référence interne à la compagnie. « La compagnie ajuste le prix des billets en fonction des cours du marché du carburant relevés sept jours avant le départ à partir de sources publiques », explique Volotea, qui affirme vouloir éviter des «suppléments carburant » appliqués de manière arbitraire. Dans ce cadre, un complément pouvant aller jusqu’à 14 euros par passager et par vol peut être réclamé si le prix du kérosène dépasse le seuil fixé, à l’inverse une baisse des cours est théoriquement répercutée sous forme de remboursement partiel.

Selon la compagnie, 97 % des clients concernés auraient confirmé leur voyage depuis la mise en place de ce mécanisme, signe, à ses yeux, que le marché accepte cette flexibilité tarifaire. Volotea met en avant «une approche innovante fondée sur la flexibilité, l’équité, la liberté de choix et la transparence », insistant sur le fait que l’information est fournie lors de la réservation et que les passagers peuvent renoncer au voyage en cas de désaccord avec le supplément demandé.

Flambée du kérosène et pression sur les modèles low cost

La décision intervient dans un contexte de hausse marquée des prix du pétrole et du kérosène, alimentée par le conflit qui s’enlise au Moyen‑Orient depuis la fin février. Les compagnies, en particulier low cost, voient leurs coûts unitaires grimper rapidement, alors même que leurs modèles reposent sur des marges faibles et des tarifs d’appel agressifs.

Pour préserver leur rentabilité, plusieurs transporteurs ont déjà ajusté leurs programmes ou leurs prix, avec des annulations de vols et des hausses ciblées de tarifs chez Transavia, Ryanair ou Volotea, notamment sur des liaisons où la concurrence est limitée. Comme le constatait récemment un professionnel interrogé par nos confrères de TourMag, «les tarifs augmentent énormément sur Volotea » sur certains axes insulaires, malgré la présence de concurrents comme Air Corsica ou Air France sur d’autres aéroports.

Ce contexte explique la tentation de mécanismes de «surcharge carburant » variables, qui fonctionnent un peu comme des clauses d’indexation sur le prix du baril et que le secteur touristique connaît déjà bien pour les voyages à forfait. Mais leur transposition aux billets d’avion vendus seuls – le «vol sec » – reste juridiquement encadrée, voire interdite, dans l’Union européenne.

Un dispositif potentiellement contraire au règlement 1008/2008

C’est précisément ce point que soulignent les associations de défense des passagers, à commencer par Flightright, qui estime que le supplément imaginé par Volotea contrevient au règlement européen n° 1008/2008. Ce texte, qui fixe les règles communes pour l’exploitation des services aériens dans l’UE, impose notamment que le prix final soit clairement indiqué dès le début du processus de réservation et qu’il soit «définitivement fixé dès l’achat sans possibilité de modification ultérieure » pour les billets secs.

« La hausse actuelle des prix du kérosène ne justifie pas, en l’état, une augmentation rétroactive du prix des billets pour les passagers. Le droit français est très clair : une fois le contrat conclu, son prix ne peut pas être modifié unilatéralement », rappelait déjà Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright, à propos de situations similaires. Dans le cas d’un simple billet d’avion, les suppléments ne peuvent être introduits après coup que dans des hypothèses bien précises, comme l’instauration ou la hausse d’une taxe gouvernementale ou aéroportuaire explicitement prévue dans les conditions générales de vente.

Les juristes interrogés par plusieurs médias spécialisés parlent ainsi d’une clause «très probablement contraire au droit européen de la consommation », au motif que le prix des billets est censé intégrer l’ensemble des coûts liés au transport, y compris le carburant, au moment de la conclusion du contrat. La Cour de justice de l’UE a d’ailleurs rappelé, dans sa jurisprudence sur le règlement 1008/2008, que les «tarifs aériens » couvrent les prix à payer pour le transport de passagers et les conditions d’application de ces prix, laissant peu de place à des révisions unilatérales non prévues par la loi.

Billet sec, forfait touristique et précédent Transavia

La frontière entre ce que Volotea tente de mettre en place et ce que le droit autorise tient en grande partie au type de produit vendu. Pour un voyage à forfait combinant transport et hébergement, la directive européenne voyages à forfait permet, sous conditions, une révision du prix jusqu’à 20 jours avant le départ lorsque certains coûts, dont le carburant, augmentent, à condition que cette possibilité figure dans le contrat et que la hausse soit justifiée.

En revanche, «dans le cas d’un achat de billet d’avion seul (“vol sec”), sans autre prestation, la compagnie ne peut pas réclamer un “supplément carburant”. Une fois la réservation réglée, elle est sécurisée », insiste Flightright dans une analyse relayée par la presse. Les seules exceptions admises concernent des hausses de taxes ou redevances imposées par les pouvoirs publics et expressément mentionnées dans les conditions générales, comme l’a fait Transavia en 2025 en répercutant la hausse de la taxe de solidarité sur environ 800 000 voyageurs déjà munis de leur billet.

Volotea défend toutefois une approche hybride, en arguant que sa « Fair Travel Promise » prévoit aussi une baisse de prix lorsque le baril recule et qu’elle s’applique de manière transparente à l’ensemble des clients sur un vol donné. Reste que, pour le passager, la promesse d’un prix total connu et garanti au moment de l’achat – devenue un standard du transport aérien européen – se trouve remise en cause.

Une affaire appelée à faire jurisprudence

Face aux interrogations, plusieurs recours ont déjà été engagés contre Volotea en Espagne et en Italie, deux de ses principaux marchés. Ces procédures doivent permettre de dire si un transporteur aérien peut légalement indexer le prix d’un billet déjà vendu sur l’évolution du coût du carburant, même en prévoyant des ajustements à la baisse.

Volotea fait payer un supplément carburant sur des billets déjà achetés : une pratique dans le viseur du droit européen  1 Air Journal

@Volotea