Porté par une hausse de la demande en Asie et en Afrique, le premier groupe de transport aérien européen a réduit sa perte opérationnelle de 15 % au premier trimestre 2026, à 612 millions d’euros, tout en prévenant que la crise au Moyen-Orient et la flambée des prix du kérosène pèseront lourdement sur ses comptes cette année. Lufthansa mise sur une saison estivale « forte » et sur un durcissement de sa discipline de coûts pour absorber un surcoût carburant estimé à 1,7 milliard d’euros.
Un premier trimestre encore dans le rouge, mais en amélioration
De janvier à mars, le groupe Lufthansa a dégagé un chiffre d’affaires de 8,75 milliards d’euros, en hausse d’environ 8 % par rapport aux 8,13 milliards enregistrés un an plus tôt. Dans le même temps, la perte opérationnelle (Ebit ajusté) a été réduite à 612 millions d’euros, soit une amélioration de 110 millions sur un an, ce qui ramène le recul à environ 15 %. La perte nette ressort à 665 millions d’euros, contre 885 millions un an plus tôt.
Le groupe a transporté 25,1 millions de passagers sur le trimestre, via ses différentes compagnies – Lufthansa, Swiss, Austrian Airlines, Eurowings, Discover, Air Dolomiti, Brussels Airlines et, désormais, ITA Airways. Dans un communiqué, le directeur général Carsten Spohr souligne : « Au premier trimestre, nous avons significativement amélioré nos résultats financiers par rapport à l’année précédente. Nous réalisons ce que nous nous étions fixé et tenons nos engagements », tout en rappelant que « la crise en cours au Moyen-Orient, conjuguée à la hausse des coûts du carburant et aux contraintes opérationnelles, représente un défi immense pour le monde dans son ensemble, pour le transport aérien mondial et pour notre entreprise ».
Le Moyen-Orient bouleverse les flux et la facture carburant
La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont fait bondir les cours du kérosène, renchérissant brutalement la facture des compagnies européennes. Lufthansa anticipe pour 2026 un surcoût carburant d’environ 1,7 milliard d’euros, portant sa dépense totale de kérosène à près de 8,9 milliards d’euros. La direction indique que le groupe reste protégé par sa stratégie de couverture (« hedging »), qui lui permet d’amortir une partie du choc sur les prix à court terme, mais prévient qu’une « disponibilité potentiellement réduite plus tard dans l’année constitue un facteur de risque supplémentaire ».
Dans le même temps, la crise géopolitique modifie les routes du trafic long-courrier. « Dans le contexte de la crise au Moyen-Orient, les voyageurs se détournent de plus en plus des aéroports de la région du Golfe au profit des hubs du groupe Lufthansa », qui regroupe la marque principale et d’autres compagnies comme Swiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines, ITA Airways ou Eurowings, souligne le groupe. Cette réorientation bénéficie aux plateformes de Francfort, Munich, Zurich, Vienne ou Bruxelles, qui récupèrent une partie du trafic habituellement drainé par les grands hubs du Golfe sur les axes Europe–Asie et Europe–Afrique.
Des performances contrastées entre compagnies du groupe
Derrière le chiffre consolidé se cachent des trajectoires très différentes selon les transporteurs. SWISS apparaît comme le bon élève : la compagnie zurichoise est la seule du périmètre à afficher un Ebit ajusté positif, à 39 millions d’euros sur le trimestre. Les autres transporteurs restent dans le rouge, ce qui est habituel pour un premier trimestre marqué par une faible demande affaires et loisirs, Pâques tombant cette année en avril. Brussels Airlines enregistre une perte opérationnelle ajustée de 55 millions d’euros, Austrian Airlines de 112 millions, Eurowings de 215 millions et Lufthansa de 443 millions, ce dernier restant le principal point faible de l’ensemble.
L’intégration d’ITA Airways, consolidée à hauteur de la participation de 41 % détenue par Lufthansa, pèse également sur les comptes. Selon la presse italienne, la compagnie aurait affiché un Ebit ajusté négatif de 112,2 millions d’euros sur le trimestre, contre –17,1 millions un an plus tôt, une dégradation largement imputée à des « effets de change négatifs liés à l’évaluation des passifs de leasing » pour –53,7 millions, selon les calculs du Corriere della Sera. En 2025, ITA, déjà sous pilotage de Lufthansa, était parvenue à dégager pour la première fois un bénéfice annuel, illustrant le caractère conjoncturel du retournement actuel.
Fret et maintenance restent des piliers de stabilité
Si les compagnies de passagers restent déficitaires en début d’exercice, les autres divisions du groupe poursuivent leurs bonnes performances. Lufthansa Cargo, qui avait profité de la désorganisation des chaînes logistiques post‑pandémie, continue de jouer un rôle d’amortisseur pour les résultats, avec un Ebit ajusté de 83 millions d’euros au premier trimestre, malgré un environnement de fret aérien normalisé. La division maintenance, Lufthansa Technik, demeure pour sa part l’un des moteurs de rentabilité du groupe, avec un Ebit ajusté de 196 millions d’euros.
Ces activités, moins sensibles aux aléas saisonniers du trafic passagers, offrent à Lufthansa un socle de revenus plus résilient dans un contexte de forte volatilité géopolitique et énergétique. Elles contribuent aussi à la génération de cash nécessaire pour financer les investissements de flotte, alors que le groupe poursuit le renouvellement de ses avions long‑courriers et monocouloirs afin de réduire sa consommation de carburant et ses émissions.
Une discipline de coûts renforcée, jusqu’à la fermeture de CityLine
Pour faire face au choc pétrolier et aux tensions sur ses coûts, Lufthansa a lancé un tour de vis sur ses capacités et son organisation. Dès le printemps, le groupe a annoncé la fermeture de sa filiale régionale Lufthansa CityLine, dont les 27 appareils sont progressivement retirés du programme de vols, et une réduction de l’offre sur le réseau court et moyen‑courrier, à hauteur d’environ 20 000 vols supprimés d’ici l’automne. Selon des informations publiées, cette rationalisation se traduit par une baisse d’environ 1 % des sièges‑kilomètres offerts sur la saison été, ainsi que par la suspension de certaines routes régionales au départ de Francfort et Munich, partiellement compensée via des contrats en wet‑lease auprès de compagnies partenaires.
Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large d’« accélération de la mise en œuvre de la stratégie », annoncée mi‑avril par le groupe. Outre la fermeture de CityLine, Lufthansa prévoit la retraite anticipée de plusieurs gros‑porteurs de l’ancienne génération, notamment les derniers A340‑600 et certains 747‑400, et une réduction supplémentaire de la flotte de la marque Lufthansa de cinq appareils sur le programme hivernal 2026‑2027. L’objectif est de concentrer la croissance sur les entités les plus rentables, d’améliorer le coefficient de remplissage des lignes conservées et de dégager des économies de carburant et de maintenance.
Objectifs annuels maintenus, pari sur une saison estivale « forte »
Malgré ce contexte chahuté, Lufthansa maintient pour l’heure ses objectifs pour l’exercice 2026. Le groupe continue de viser un Ebit ajusté annuel « significativement supérieur » à celui de 2025, porté par une « saison estivale forte » grâce à la robustesse de la demande mondiale. Les réservations pour l’été progressent, en particulier vers l’Asie et l’Afrique, où le groupe renforce son offre pour capter le report de trafic lié à la crise au Moyen-Orient.

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