La pénurie de kérosène en Russie contraint les compagnies aériennes à revoir leurs programmes de vols, en particulier sur le réseau régional. Entre flambée des prix, ruptures d’approvisionnement et raffineries perturbées, le secteur aérien fait face à une crise logistique et économique d’ampleur.
Des compagnies contraintes d’adapter leurs programmes
Le transport aérien russe traverse une nouvelle zone de turbulences. La compagnie régionale Azimuth Airlines a confirmé avoir commencé à ajuster ses programmes de vols dans plusieurs régions, en raison de difficultés d’approvisionnement en carburant. Dans une lettre adressée à l’Association des compagnies aériennes russes, le transporteur évoque une situation « critique » sur le marché domestique du kérosène. Un fournisseur majeur a en effet annoncé une réduction d’environ un tiers de ses volumes livrés, perturbant l’ensemble de la chaîne logistique.
Ces tensions interviennent dans un contexte déjà fragilisé par les sanctions internationales et les contraintes pesant sur le secteur aérien russe depuis 2022, notamment en matière d’accès aux pièces détachées et à la maintenance.
Flambée des prix et pression sur les coûts
La crise se traduit par une envolée spectaculaire des prix. À l’aéroport de Makhatchkala, dans le Caucase, le prix de la tonne de kérosène a bondi de 64% pour atteindre environ 157 000 roubles (près de 1 700 euros hors TVA), selon Azimuth Airlines. Une hausse difficilement absorbable pour les compagnies, dont les billets estivaux sont souvent vendus plusieurs mois à l’avance. « Les processus opérationnels et la planification financière sont fortement sous pression », souligne la compagnie.
Au-delà du coût, la disponibilité physique du carburant constitue un défi majeur. Certaines compagnies doivent envisager des ravitaillements dans d’autres régions, voire des escales techniques supplémentaires, ce qui alourdit encore les coûts d’exploitation et complexifie la gestion des rotations.
Des raffineries fragilisées
À l’origine de cette crise, les difficultés structurelles du secteur énergétique russe. Plusieurs raffineries et dépôts pétroliers ont subi ces derniers mois des pannes techniques, des opérations de maintenance prolongées, voire des incidents ayant entraîné des arrêts temporaires. Selon des données issues de l’industrie pétrolière, la production de kérosène et de diesel a reculé d’environ 10% en avril puis en mai 2026. Certaines installations stratégiques, notamment dans la région de Moscou, ont été partiellement mises à l’arrêt.
Plusieurs sources convergent pour attribuer les pénuries de carburant en Russie – essences, diesel et kérosène – à la campagne de frappes ukrainiennes contre les raffineries et dépôts pétroliers russes. Ces perturbations affectent directement l’aviation, particulièrement dépendante d’une logistique fluide. Le recours à des approvisionnements depuis la Sibérie, via le rail, ne permet pas de compenser rapidement les pénuries dans la partie européenne de la Russie et dans le Caucase.
L’État intervient, sans garantie immédiate
Face à la dégradation de la situation, le gouvernement russe a instauré début juin une interdiction d’exporter du kérosène, en vigueur jusqu’au 30 novembre. L’objectif est de réserver les volumes disponibles au marché intérieur et de contenir la hausse des prix. Cette mesure souligne l’importance stratégique du transport aérien dans un pays aux distances considérables, où les alternatives ferroviaires restent limitées pour certains flux, notamment régionaux.
Pour autant, les experts restent prudents quant à l’efficacité à court terme de cette décision. Tant que les capacités de raffinage ne seront pas pleinement rétablies, l’offre restera contrainte. Par ailleurs, la limitation des exportations pourrait peser sur les revenus des compagnies pétrolières, au risque de freiner les investissements nécessaires à la remise en état des infrastructures.

Aucun commentaire !