Les nouveaux contrôles biométriques Entry/Exit System (EES) provoquent depuis le printemps de longues files d’attente aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE), allant jusqu’à cinq heures de file d’attente dans certains aéroports pendant les périodes de pointe. Sous pression, Bruxelles reconnaît désormais que « beaucoup reste à faire » pour résorber le chaos, alors que le secteur du transport aérien réclame plus de souplesse, voire une suspension temporaire du dispositif pendant l’été.
Un système conçu pour moderniser les frontières
L’EES remplace progressivement les tampons manuels par un enregistrement numérique des entrées et sorties des ressortissants non européens dans l’espace Schengen. Le système collecte les données du document de voyage ainsi que des informations biométriques (empreintes digitales, image faciale) lors du premier passage, puis les réutilise à chaque franchissement de frontière. Devenu pleinement opérationnel le 10 avril 2026, après un déploiement progressif commencé à l’automne 2025, il s’applique aux frontières aériennes, terrestres et maritimes de l’UE.
L’UE reconnaît des « problèmes » et temporise
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, admet désormais qu’il y a « encore beaucoup à faire » pour mettre fin aux problèmes liés aux nouveaux contrôles automatisés. Des responsables européens et de Frontex reconnaissent que le système pourrait mettre jusqu’à deux ans à se stabiliser pleinement, période qualifiée de « très douloureuse » par les professionnels du voyage. Bruxelles souligne toutefois que l’EES vise à renforcer la sécurité et le suivi des séjours de courte durée, en rappelant que plus de 40 000 personnes ont déjà été refusées à la frontière, dont plus de 1 000 considérées comme présentant un risque pour la sécurité.
Files d’attente record dans les aéroports
Depuis la mise en service complète du système EES, les temps d’attente aux contrôles frontières ont fortement augmenté dans de nombreux hubs européens, où les passagers peuvent patienter jusqu’à cinq heures en période de pointe. Dans une lettre adressée à la Commission, deux associations représentant les aéroports et les compagnies aériennes, ACI Europe et Airlines for Europe, évoquent des « files d’attente aux frontières pouvant désormais atteindre jusqu’à 5 heures aux heures de pointe », avec des passagers contraints de patienter « à l’extérieur des terminaux et sur des aires de stationnement ». Ces goulots d’étranglement se traduisent par des embarquements retardés, des correspondances manquées et des avions qui décollent à moitié vides alors que les voyageurs sont encore coincés au contrôle des passeports.
Causes techniques et organisationnelles des retards
La collecte et l’enrôlement biométriques sont au cœur des difficultés de démarrage du dispositif, notamment la prise d’empreintes digitales des voyageurs non européens lors de leur première entrée. En France, le syndicat des policiers aux frontières estime que cet enrôlement initial prend en moyenne deux minutes par voyageur, soit environ six fois plus que le tampon manuel qu’il remplace. À cela s’ajoutent des approches nationales très différentes, un déploiement tardif des bornes biométriques et un manque de personnels formés, qui compliquent la montée en charge du système dans les grands aéroports touristiques.
Pression « insoutenable » sur le secteur aérien
Les aéroports européens et les compagnies aériennes jugent la situation « catastrophique » et dénoncent une « pression insoutenable » sur leurs opérations à l’approche des vacances d’été. Selon ACI Europe et Airlines for Europe, les files d’attente constatées depuis la phase de transition montrent déjà une détérioration du flux passagers, avec des temps pouvant atteindre deux heures voire davantage avant même le pic estival. L’Association internationale du transport aérien (IATA) prévient de son côté que les temps d’attente pourraient monter jusqu’à six heures dans les aéroports les plus fréquentés si aucune mesure d’assouplissement n’est prise.
Appels à la suspension ou à l’assouplissement
Face à l’ampleur des perturbations, les organisations représentatives des aéroports et des compagnies aériennes européennes demandent à la Commission plus de souplesse dans l’application du dispositif. ACI Europe et Airlines for Europe plaident notamment pour la possibilité de suspendre ou alléger les enregistrements EES pendant les pics de trafic afin d’éviter des embouteillages massifs aux frontières. Dans certains pays, des voix politiques s’élèvent également contre ce qu’elles considèrent comme un outil de « surveillance de masse » disproportionné, critiquant la conservation à long terme des données biométriques des voyageurs.
Conséquences pour les voyageurs et recommandations
Pour les passagers non européens, les nouvelles procédures se traduisent par des formalités plus longues, des marges de correspondance réduites et un risque accru de vols manqués en cas de temps de transit trop courts. Les organisations professionnelles recommandent aux voyageurs de prévoir une marge supplémentaire de 30 à 45 minutes pour les contrôles, voire davantage en haute saison, et d’anticiper le premier contrôle EES comme une étape à part entière du voyage. Dans les principaux hubs touristiques d’Espagne, du Portugal, de France ou d’Italie, les autorités locales s’attendent à des tensions durables tant que le système n’aura pas atteint sa vitesse de croisière.

@AJ/DR
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