Le ministre des Transports Philippe Tabarot reconnaît que le contrôle aérien français n’est « pas à la hauteur », tout en promettant une réforme « en profondeur » après un rapport sévère du Sénat sur les retards et l’organisation des services. Il met en avant une amélioration récente des performances, mais admet que la France reste en queue de peloton européen en matière de ponctualité et de modernisation technique.

Un rapport du Sénat très critique
La commission des Finances du Sénat pointe une situation jugée « préoccupante » pour le contrôle aérien français. Selon ses calculs, la France a cumulé 6,6 millions de minutes de retards de vols en 2025, entraînant une perte estimée à 800 millions d’euros pour les compagnies aériennes, sans compter les désagréments pour les passagers. Les sénateurs soulignent que la France est « la moins performante » en Europe sur ce segment, alors qu’elle gère l’un des espaces aériens les plus fréquentés du continent.

Le rapport met notamment en cause une « allocation trop rigide » des effectifs de contrôleurs, qui tient insuffisamment compte des variations du trafic aérien dans la journée, la semaine et l’année. Il insiste aussi sur « l’obsolescence de l’architecture technique » et sur des projets de modernisation difficiles à mener à bien, malgré des investissements importants.

Tabarot admet des failles mais défend une réforme
En réaction, Philippe Tabarot assume publiquement les critiques et reconnaît que le système n’est pas au niveau attendu. « On en parle souvent (…), du contrôle aérien qui doit se moderniser, qui doit améliorer ses performances au bénéfice de l’ensemble du système aérien », a-t-il déclaré devant le congrès de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam). Le ministre se range ainsi, au moins en partie, derrière le diagnostic du Sénat, en admettant que les retards pénalisent à la fois les compagnies aériennes et les passagers.

Philippe Tabarot assure toutefois qu’une correction est engagée. « J’ai engagé une vraie réforme en profondeur avec nos équipes, notamment avec les recrutements, une plus grande flexibilité pour renforcer les équipes en période de fort trafic, et puis une transformation de l’organisation du travail. Ce n’est pas une mince affaire », a-t-il expliqué. Le ministre promet de revoir l’utilisation des effectifs pour mieux absorber les pics de trafic et fluidifier le ciel français.

Des progrès revendiqués sur les retards
Selon le ministre, la situation commence à évoluer dans le bon sens. « La situation s’améliore », a-t-il assuré, en se fondant sur les données des cinq premiers mois de l’année : « les retards ont chuté de 35% après l’année horribilis de l’an dernier, alors même que le trafic poursuit sa croissance ».

Le ministre a aussi souligné le niveau de trafic contrôlé en 2026. En juin, la France a battu son record mensuel de trafic aérien contrôlé, habituellement atteint plutôt en juillet ou août, ce qui témoignerait d’une montée en puissance des capacités. Pour illustrer la pression sur les contrôleurs aériens, il a rappelé que « le nombre de vols arrivant et partant de France a diminué depuis 2019 », alors que « le nombre de survols a augmenté de 15% » entre 2019 et 2025.

Un secteur aérien très pénalisé
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le rapport sénatorial comme d’autres études spécialisées rappellent l’impact concret de ces dysfonctionnements sur les compagnies aériennes et leurs clients. Les 6,6 millions de minutes de retard en 2025 se traduisent par des coûts directs pour les transporteurs – carburant supplémentaire, repositionnement des équipages, compensations éventuelles – et par des perturbations de chaîne pour les passagers.

L’Association du transport aérien international (IATA) rappelle de son côté que les retards de vols dus au contrôle du trafic aérien ont plus que doublé en Europe sur la dernière décennie, en ciblant notamment la France et l’Allemagne pour leurs pénuries de personnel et limites de capacité. Dans ce contexte, la faible performance française apparaît comme l’un des maillons faibles d’un système déjà fragilisé par la croissance du trafic et les contraintes opérationnelles.

Des chantiers structurels à mener
Les critiques du Sénat rejoignent celles formulées depuis plusieurs années par les compagnies aériennes et les organisations professionnelles du secteur. Elles convergent sur la nécessité d’accélérer la modernisation des outils techniques et de revisiter en profondeur l’organisation du travail des aiguilleurs du ciel français.

Philippe Tabarot a affirmé que la réforme engagée doit répondre à ces enjeux de long terme. Le ministre a insisté sur le fait que les changements programmés – recruter, rendre les plannings plus flexibles, transformer l’organisation – ne peuvent produire leurs effets qu’à moyen terme et nécessitent un dialogue avec les équipes. Il a souligné sa détermination à améliorer « les performances au bénéfice de l’ensemble du système aérien », en se référant explicitement aux conclusions des sénateurs.

Contrôle aérien français, pire d’Europe : le ministre des Transports reconnaît des failles et promet une réforme 1 Air Journal

@AJ