Partiellement détenu par l’État allemand depuis son sauvetage pendant la pandémie, le tour-opérateur aérien Condor entame une nouvelle phase de sa transformation : son principal actionnaire, le fonds Attestor, a lancé une revue stratégique et le gouvernement prépare la cession de sa participation.
Dans ce contexte, le PDG Peter Gerber estime qu’un rapprochement avec un grand groupe international est quasi inévitable et cite explicitement des compagnies du Golfe comme candidats possibles, sur fond de consolidation accélérée du transport aérien européen.
Vers la fin de la présence de l’État au capital
Condor est aujourd’hui détenue à 51% par le gestionnaire d’actifs européen Attestor, entré au capital en 2021 dans le cadre de la restructuration post‑Thomas Cook, et à 49% par SG Luftfahrtgesellschaft, structure représentant le gouvernement fédéral allemand et le Land de Hesse. Cette configuration est le résultat du montage de sauvetage mis en place après la faillite de Thomas Cook puis la crise du Covid‑19, avec des prêts garantis par l’État et une prise de participation considérée dès l’origine comme transitoire par Berlin.
Selon des déclarations du PDG Peter Gerber, Attestor a engagé une revue des « options stratégiques » pour Condor, allant jusqu’à envisager une cession partielle, et a mandaté Barclays pour accompagner ce processus. L’objectif affiché est de rembourser l’ensemble des aides publiques, notamment le financement KfW, d’ici fin 2026, ce qui ouvrirait ensuite la voie au rachat par Attestor de la participation publique ou à l’entrée d’un nouveau partenaire industriel ou financier.
« Condor se branchera sans doute sur un grand conglomérat »
Dans un entretien au magazine Stern repris par la presse allemande, Peter Gerber ne cache plus que l’indépendance de Condor a vocation à prendre fin. « Bien sûr, il n’est pas nécessaire d’être prophète pour dire que Condor se branchera probablement sur un grand conglomérat », déclare le dirigeant, évoquant la dynamique générale de consolidation à l’œuvre en Europe et au‑delà.
Gerber insiste sur le profil des éventuels partenaires : « Ce sont aussi des acteurs puissants qui, après leurs expériences avec les États‑Unis pendant la guerre Iran‑Irak, souhaitent peut‑être devenir moins dépendants de leur marché domestique et pourraient aussi être ouverts à des partenaires dans d’autres régions. » Il souligne ainsi la recherche, par certains groupes du Golfe, d’un ancrage plus fort sur des marchés jugés plus stables que leur environnement géopolitique immédiat.
Emirates, Etihad, Qatar… et Turkish Airlines dans le champ de vision
Sans désigner de favori, Peter Gerber cite nommément Emirates, Etihad et Qatar Airways comme compagnies susceptibles de s’intéresser à Condor, et mentionne également Turkish Airlines comme ayant « un fort intérêt pour la croissance en Europe ». Deux des “Gulf Three” disposent déjà de participations significatives dans d’autres compagnies : Etihad détient notamment 51% d’Air Arabia Abu Dhabi, tandis que Qatar Airways est actionnaire de groupes tels qu’IAG, Virgin Australia ou Latam.
En revanche, Lufthansa – ancien partenaire historique de Condor et leader du marché allemand – est exclue du champ des acheteurs potentiels en raison des contraintes de concurrence. Un rapprochement avec Condor renforcerait trop le groupe sur le marché allemand et européen des loisirs, ce que les autorités de concurrence allemandes et européennes ont déjà signalé.
Une compagnie loisirs profondément transformée après la pandémie
Condor sort de l’une des périodes les plus turbulentes de son histoire, marquée par la faillite de Thomas Cook en 2019 puis l’effondrement du trafic international pendant la crise sanitaire. Comme de nombreuses compagnies européennes, elle a bénéficié de lourds soutiens publics pour assurer sa survie, sous forme de prêts garantis et de réorganisation capitalistique.
Depuis, la compagnie a engagé une transformation profonde de son modèle et de son outil industriel. Sur le long‑courrier, elle a modernisé sa flotte autour de l’Airbus A330‑900neo, remplaçant progressivement ses anciens Boeing 767, avec un produit cabine recentré sur le loisir premium, la classe affaires et une économie densifiée. Sur le marché allemand des loisirs, Condor a consolidé sa position avec de nouvelles routes – notamment vers Londres‑Gatwick – et une identité visuelle très marquée, sa livrée à rayures colorées étant devenue une favorite des spotters.

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