Dans un rapport qui rendu public ce lundi, la Cour des comptes étrille la gestion des ressources humaines de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), financée par les compagnies aériennes.
Retards en forte hausse, temps de travail des contrôleurs nettement inférieur aux standards du secteur, protocole social coûteux mais peu efficace, service minimum affaibli en cas de grève : les magistrats financiers dressent un diagnostic sévère et recommandent de durcir le pilotage social, voire de transformer le statut du contrôle aérien français.
Retards en hausse et pression européenne
Selon la Cour des comptes, la capacité de la DGAC « à écouler le trafic aérien sans retards ou annulations de vols s’est dégradée depuis la fin de la période Covid », alors même que le trafic est revenu à son niveau d’avant‑crise. L’été dernier, un record de retards a été enregistré, avec plus de 3 minutes 30 secondes de retard moyen par vol attribuables au contrôle aérien, plaçant la France parmi les « mauvais élèves » du ciel européen.
Eurocontrol avait déjà identifié l’espace aérien géré par la DSNA (Direction des services de la navigation aérienne), la branche opérationnelle de la DGAC, comme l’un des « points chauds » du continent, avec plus de 3 minutes de retard « en route » par vol, une performance inférieure à la moyenne européenne et encore éloignée de 2019. « Les retards et les annulations des vols commerciaux sont en hausse, classant la France parmi les moins bons opérateurs de navigation aérienne d’Europe », constate la Cour des comptes, qui évoque un « problème européen » et un « risque de sanctions pour la France ».
Temps de travail, salaires et fin des « clairances »
La Cour a passé au crible l’organisation du travail des 3 800 contrôleurs aériens, qui exercent jusqu’à 59 ans, et relève un volume annuel de travail d’environ 1 420 heures, contre 1 607 heures en moyenne pour les autres salariés du secteur. Cet écart correspond, selon le rapport, à un rythme équivalent à « trois jours de travail par semaine », incluant les pauses réglementaires et des récupérations parfois accordées de façon jugée peu transparente.
Les magistrats saluent la quasi‑disparition des « clairances », ces autorisations informelles et illégales qui permettaient à des contrôleurs de quitter plus tôt leur poste lorsque la charge de trafic était jugée faible. Ils se félicitent également du déploiement de badgeuses biométriques dans les tours et centres de contrôle, déjà en place à 80% des sites et appelées à atteindre 100% d’ici fin d’année, afin de tracer précisément la présence et le temps de travail, notamment après l’incident grave de Bordeaux‑Mérignac où l’absence de personnels prévus en tour avait été mise en cause.
Un protocole social plus flexible… mais très coûteux
Au cœur des critiques figure le protocole social 2023‑2027, signé en 2024, qui introduit des contreparties de productivité et de flexibilité en échange d’une revalorisation salariale substantielle. La DGAC s’est engagée sur un coût global de 95 millions d’euros d’ici 2027, soit +7,2% de masse salariale en trois ans, dont 77% au bénéfice des contrôleurs, qui ne représentent qu’un tiers des effectifs.
Les rémunérations des contrôleurs auraient ainsi augmenté en moyenne d’environ 16%, soit près de 1 500 euros brut par mois supplémentaires, selon le rapport. Mais si la nouvelle organisation du travail apporte davantage de flexibilité sur le papier, la Cour estime qu’elle « reste encore très rigide par rapport à l’évolution du trafic aérien et continue, en période de pointe, d’imposer des restrictions de trafic pour ajuster le trafic aux effectifs présents ».
Grèves, service minimum et « conflictualité » sociale
Le rapport insiste sur la « conflictualité » traditionnelle du contrôle aérien français, caractérisée par un nombre élevé de jours de grève malgré un dialogue social jugé « structuré ». « En 2025, son niveau a été supérieur à la moyenne de ces dernières années malgré la mise en œuvre d’un nouveau protocole social en mai 2024 », déplore la Cour, rappelant l’impact des mouvements sociaux sur le trafic, avec jusqu’à 50% de vols annulés dans le Sud‑Est et 25% dans les aéroports parisiens lors de certains préavis.
Les magistrats pointent notamment l’abaissement, depuis 2025, du niveau de service minimum en cas de grève, qui réduit le nombre de vols assurés pendant les mouvements sociaux. Ils recommandent de « réajuster » ce service minimum pour garantir au moins 65% du trafic prévu, comme les années antérieures, et de protéger spécifiquement les périodes de grands départs, enjeu social et économique majeur pour les compagnies.
Vague de départs et piste d’un changement de statut
La DGAC fait face à un « défi majeur » de renouvellement de ses effectifs opérationnels : contrôleurs aériens, ingénieurs électroniciens et techniciens représentent 66% des 10 320 agents, et 30% d’entre eux partiront à la retraite dans les dix ans. La Cour souligne que, sans gestion prévisionnelle des emplois et des compétences plus rigoureuse, cette vague de départs risque d’aggraver encore les retards et la capacité à écouler un trafic appelé à rester élevé en Europe.
Face à l’endettement de la DGAC, au retard de modernisation des équipements et aux dérives constatées sur le coût du protocole en 2025‑2026, les magistrats préconisent un plan d’action strict pour éviter une hausse des redevances ou de la dette. Ils jugent enfin « souhaitable » d’étudier la transformation du statut de la DGAC ou, à tout le moins, de sa direction en charge du contrôle aérien, en établissement public, en veillant aux enjeux de souveraineté, de sûreté et de sécurité aérienne.

beurk a commenté :
6 juillet 2026 - 15 h 51 min
Un système à bout de souffle, verrouillé par des syndicats corporatistes surpuissants, qui paralysent toute tentative de réforme et transforment chaque évolution nécessaire en parcours d’obstacles. Leur ligne directrice semble limpide : en faire le moins possible tout en obtenant le maximum, assorti d’avantages hors norme — le tout sous le paravent commode et largement galvaudé de la « sécurité ».
Une sécurité dont on découvre, au fil des crises, qu’elle n’est manifestement pas la priorité absolue de ceux qui s’en réclament le plus bruyamment. On assiste plutôt au fonctionnement d’un entre-soi quasi hermétique, que trente années d’inaction — ou d’impuissance — politique n’ont ni su, ni vraiment voulu remettre en cause.
Pendant ce temps, le déclassement de la France s’accélère. Et les quinze dernières années n’auront fait qu’aggraver ce constat, au point de ressembler, de plus en plus, à une longue dérive politique…
déplorable a commenté :
6 juillet 2026 - 19 h 36 min
Votre commentaire est déplorable et on sent bien que votre expertise sur le sujet s’arrête à ce que vous voyiez dans la presse.
Je fais partie de ce monde depuis plus de 10 ans et n’en vous déplaise, sa réalité est bien plus complexe que ce qu’avance et recommande la Cour des Comptes, qui au mieux est alarmiste dans ses conclusions hâtives et au pire fait preuve d’une belle hypocrisie voir patauge dans le fallacieux. Quand j’entends dire que si “un membre de l’équipe [de contrôle] est malade, toute l’équipe tombe”, j’en tombe moi-même de ma chaise.
Quels sont les avantages hors normes dont nous bénéficions ? Du repos entre nos vacations de contrôle qui nous permet de supporter un rythme en 3×8 fatiguant au possible et arriver un tant soit peut frais au travail ? Un bon salaire vu le niveau de responsabilité ? Je vous rappelle au passage que la France est le pays le plus survolé d’Europe et qu’un contrôleur aérien français, à trafic équivalent, gagne 1.5 fois moins que la moyenne européenne, et pas comme le dit encore une fois la Cour des Comptes, “10 000 euros par mois”. Argent du salaire qui de plus, n’est même pas issu des impôts des français puisqu’il est issu d’un budget annexe largement bénéficiaire depuis quelques années maintenant.
Je me passerai de commenter votre outrecuidance de dire que la sécurité n’est pas au cœur de nos préoccupations quotidiennes car en France on adore tirer sur l’ambulance quand elle a pneu crevée. Vous voyez un événement (même sans cause du contrôle aérien parfois) passer dans les médias et, ça y est, c’est l’opprobre pour toute la profession. Alors première chose je suis certain que quand vous mangez une mauvaise baguette, vous ne dites pas que tous les boulangers font du pain de merde et j’espère aussi que vous réalisez quand même que, tous les jours, il y a plusieurs milliers de vols qui survolent le territoire sans aucun problème de sécurité, mais bien sûr personne n’en parle parce que c’est censé être la normalité. Je vous assure que non, car avoir une sécurité aussi élevée dans notre pays c’est un travail de fond qui a débuté il y a bien des années et qui se construit quotidiennement dans chaque action du contrôle et ses réformes. Puisqu’apparement vous avez la mémoire sélective, je vous annonce que la syndicat majoritaire des contrôleurs aériens a accompagné, oui oui accompagné et pas “paralysé” la mise en place de la badgeuse biométrique (dernière grosse réforme en date).
Si vous avez des griefs à porter, porter les contre des politiques et managers qui au fil des années ont laissé pourrir la situation du contrôle aérien en France car imcapables de recruter au niveau du trafic à venir et des départs à la retraite (s’il vous plaît, quelle boîte digne de ce nom ne sait même pas remplacer des départs à la retraite prévus depuis des décennies ?), et incapable de moderniser ses systèmes alors que ses voisins européens ont déjà une, voir deux générations d’avance dans ce domaine. Maintenant c’est facile pour eux de dire, regardez ça marche pas, c’est un scandale, faut sortir ça de l’état pour que ça marche mieux. Scoop pour vous, vu la forme annoncée par la Cour des Comptes, ça serait encore le budget de l’Etat qui décidera du nombre de contrôleurs aériens à former par an et de toute façon ça ne fera pas disparaître les syndicats. Donc finalement ça changera rien au problème.
Le contrôle aérien était le meilleur d’Europe dans les années 2000 avec des contrôleurs qui bénéficiaient de largesses qui vous auraient fait bondir de votre siège et moi aussi d’ailleurs avec 25 ans d’écart (si si, ça vous choquera, même les contrôleurs aériens d’aujourd’hui trouvent qu’il y avait beaucoup d’abus dans le passé), seules différences majeures, ils étaient bien plus nombreux qu’aujourd’hui et avaient toute la partie opérationnelle en main qui c’est lentement mais sûrement déplacer vers des administratifs qui n’ont pas du tout, mais du tout, les mêmes priorités que les contrôleurs.
nickel a commenté :
7 juillet 2026 - 0 h 44 min
Passé l’indignation de façade, vos arguments peinent surtout à exister. Ils confirment, presque malgré vous, qu’il ne faudrait surtout pas effleurer une petite caste dont les privilèges datent d’un autre âge.
Rassurez-vous, nul besoin de réforme courageuse : le temps — et quelques décennies tout au plus — se chargera du travail. Ces « professionnels » persuadés d’échapper aux règles communes verront leur statut s’éroder, non pas sous l’effet d’un sursaut politique, mais d’une réalité bien plus implacable : l’automatisation.
Les réformes qui n’ont jamais été menées s’imposeront d’elles-mêmes, portées par une technologie contre laquelle les postures indignées ne pèsent pas bien lourd. L’IA, elle, n’a ni corporatisme à défendre ni privilèges à préserver. Elle avancera, méthodiquement.
En définitive, ce ne sera ni un débat ni une négociation qui mettra fin à ce système, mais une simple évolution inévitable. Et le plus ironique dans tout cela, c’est que ce basculement est déjà en marche.
Louis a commenté :
6 juillet 2026 - 19 h 41 min
Il est temps de remplacer tout ce petit monde par une IA !!!