Air France-KLM a publié un deuxième trimestre 2026 contrasté : le bénéfice net chute de 71%, à 190 millions d’euros, sous l’effet d’une facture carburant nettement plus lourde, mais le groupe franco-néerlandais a réussi à faire progresser ses recettes unitaires de 8,7% à taux de change constant.

Dans un environnement géopolitique toujours instable, la montée en gamme de l’offre, la vigueur du long-courrier et du cargo ont permis de compenser environ 85% de la hausse du prix du kérosène.

Bénéfice net en baisse, mais performance opérationnelle solide

Air France-KLM a vu son bénéfice net reculer à 190 millions d’euros au deuxième trimestre 2026, contre 649 millions un an plus tôt, selon son communiqué publié jeudi 30 juillet. Le résultat opérationnel ajusté ressort à 484 millions d’euros, en baisse de 251 millions d’euros sur un an, mais supérieur aux attentes du marché. Le chiffre d’affaires trimestriel atteint 9,3 milliards d’euros, en hausse de 9,9% sur un an. Le groupe a transporté 28,3 millions de passagers au cours du trimestre, soit une progression de 3,9%, avec un taux de remplissage resté quasi stable à 87,7%.

Le carburant, principal frein aux résultats

Le groupe explique que le contexte géopolitique a renchéri sa facture carburant de 804 millions d’euros par rapport au deuxième trimestre 2025, un impact qui a pesé directement sur la rentabilité. Air France-KLM indique néanmoins avoir compensé environ 85% de cette hausse grâce à l’augmentation des recettes, contre 60% initialement anticipés.

Comme l’a résumé Benjamin Smith, directeur général du groupe, dans le communiqué : « Comme anticipé, la forte hausse des prix du carburant a pesé sur nos résultats du deuxième trimestre. Grâce à notre agilité sur le plan tarifaire et à notre discipline en matière de coûts, nous avons pu compenser une grande partie de cet impact ». Cette stratégie tarifaire s’est traduite par une recette unitaire à taux de change constant en hausse de 8,7%, portée par le réseau Passage et le Cargo.

Le premium et le long-courrier tirent la recette

La dynamique commerciale a été particulièrement forte sur les classes Premium, notamment vers l’Asie et l’Amérique du Nord. Air France-KLM souligne aussi le bon comportement du Cargo, qui a bénéficié d’une demande soutenue. Cette montée en gamme, déjà visible depuis plusieurs trimestres, reste un levier essentiel du modèle du groupe, dans un contexte où les compagnies répercutent plus facilement leurs surcoûts sur les segments affaires et premium que sur l’éco.

La guerre au Moyen-Orient a entraîné des réductions de capacité, notamment sur des routes à forte exposition au trafic de correspondance via les hubs du Golfe, ce qui a pu soutenir les niveaux de yield sur certaines lignes d’Asie. Le groupe a ainsi davantage ajusté son réseau, y compris en Europe, où des baisses de fréquences sont attendues en fin d’année sur des marchés très concurrentiels.

Une capacité 2026 révisée à la baisse

Face à cet environnement volatil, Air France-KLM a resserré sa prévision de croissance de capacité pour 2026, désormais attendue entre 2% et 3%, contre 2% à 4% précédemment. Le groupe précise que la hausse de capacité devrait être moins dynamique en fin d’année, avec des ajustements sur certaines lignes européennes, notamment à Düsseldorf et Londres, selon les propos du directeur financier Steven Zaat rapportés lors de la présentation des résultats.

En revanche, les perspectives de coût unitaire restent inchangées, avec une hausse attendue comprise entre 0% et 2%, dont 0,5% liée à la premiumisation. Air France-KLM dit conserver une approche « agile » dans un contexte où l’évolution des prix de l’énergie et de la demande reste difficile à anticiper.

Un premier semestre dans le rouge

Sur les six premiers mois de l’année, le groupe affiche une perte nette de 61 millions d’euros, contre un bénéfice de 401 millions d’euros au premier semestre 2025. Le cash-flow d’exploitation ajusté récurrent atteint 928 millions d’euros sur le semestre, en hausse de 148 millions d’euros sur un an, tandis que la liquidité disponible s’élève à 10,32 milliards d’euros à fin juin.

Le ratio dette nette/EBITDA ajusté ressort à 1,6 fois, un niveau qui demeure compatible avec les objectifs du groupe. Air France-KLM met aussi en avant la poursuite du renouvellement de flotte, avec 38% d’avions de nouvelle génération, soit huit points de plus qu’un an auparavant.

Le défi des prochains mois

La baisse du bénéfice trimestriel illustre surtout la sensibilité du transport aérien aux variations du kérosène, même pour un groupe capable d’augmenter ses tarifs. Air France-KLM a d’ailleurs abaissé son estimation de facture carburant 2026 à 8,9 milliards de dollars, contre 9,3 milliards auparavant, tout en reconnaissant que cela représente encore environ 2 milliards de dollars de plus qu’en 2025.

Le groupe revendique toutefois une base commerciale solide et une demande toujours robuste sur le long-courrier premium. « Nous continuons néanmoins d’évoluer dans un environnement particulièrement volatil », a ajouté Benjamin Smith, estimant que l’adaptation du réseau restera « un facteur clé » de performance. À court terme, la question n’est donc pas tant celle d’une faiblesse de la demande que celle de la capacité du groupe à préserver ses marges dans une conjoncture énergétique encore imprévisible.

Bénéfices en chute de 71 % au deuxième trimestre 2026 : Air France-KLM résiste au choc pétrolier grâce aux tarifs et au premium 1 Air Journal

@ERaviation/Enzo Rodolosi