Après plus de six mois d’interruption, Turkish Airlines prévoit de reprendre sa liaison entre Istanbul et La Havane le 25 octobre 2026. La compagnie turque programmera trois rotations hebdomadaires en Boeing 787-9, alors que la disponibilité du Jet A-1 demeure une contrainte opérationnelle majeure à l’aéroport José-Martí.
Turkish Airlines remet Cuba sur sa carte long-courrier. La compagnie nationale turque prévoit de relancer, à compter du 25 octobre, ses vols entre son hub d’Istanbul Airport et La Havane, suspendus depuis la fin mars dans le contexte de pénurie de carburant aéronautique sur l’île et de baisse de la demande touristique. Le transporteur prévoit trois fréquences par semaine, les mercredi, vendredi et dimanche, opérées en Boeing 787-9 Dreamliner. Les deux sens sont déposés comme des vols sans escale au moins jusqu’au 5 mars 2027..
Istanbul–La Havane en Boeing 787-9
La reprise constitue un retour stratégique sur un marché caribéen devenu particulièrement difficile pour les opérateurs long-courriers. La distance et le profil de mission imposent une gestion fine des réserves de carburant : l’impossibilité, ou l’incertitude, de faire le plein à destination transforme immédiatement l’exploitation d’une liaison intercontinentale en équation économique et opérationnelle plus coûteuse.
Le Boeing 787-9, appareil de nouvelle génération et pilier de la flotte long-courrier de Turkish Airlines, doit assurer une durée de trajet d’environ treize heures. Le programme relancera également les possibilités de correspondances via Istanbul, notamment depuis la Russie. Le système de réservation de Turkish Airlines propose déjà des itinéraires Moscou-Vnoukovo–La Havane via Istanbul ; ch-aviation relève qu’aucune liaison directe Russie–Cuba ne semble alors assurée, après les arrêts d’Aeroflot, Rossiya et Nordwind dans le contexte de crise énergétique cubaine. Cette dimension de correspondance est importante : l’aéroport d’Istanbul permet à Turkish Airlines de capter des flux venant d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie centrale et de Russie, là où une simple ligne point-à-point aurait une portée commerciale plus limitée.
Une pénurie de Jet A-1 toujours présente
La décision de Turkish Airlines ne signifie pas que la crise de l’avitaillement est terminée. Un NOTAM publié le 30 juillet signalait encore l’indisponibilité du Jet A-1 à La Havane au moins jusqu’au 1er septembre. La situation avait pris une ampleur exceptionnelle en février. Les autorités cubaines avaient averti les compagnies et les équipages que le carburant aéronautique ne serait plus disponible dans neuf aéroports, dont La Havane, du 10 février au 11 mars.
Pour les liaisons long-courriers, l’absence de ravitaillement à destination ne se résume pas à une simple contrainte logistique. Elle oblige soit à emporter davantage de carburant au départ — au prix d’une charge marchande réduite ou de marges opérationnelles plus serrées — soit à programmer une escale technique sur le trajet retour. Cette dernière solution augmente le temps de voyage, les coûts de navigation et de manutention, tout en fragilisant la ponctualité.
La crise cubaine s’inscrit dans une dégradation plus large de l’approvisionnement énergétique de l’île, avec des tensions résultant de difficultés d’accès aux sources pétrolières vénézuéliennes et mexicaines, dans un contexte de pression américaine accrue sur les pays fournissant du pétrole à Cuba. Les pénuries de carburant se doublent de coupures électriques, de difficultés dans les transports terrestres et de tensions sur l’accès à l’eau, aux denrées alimentaires et aux médicaments.
Air France, Iberia et Air Europa : des choix divergents
La connectivité européenne de Cuba s’est fortement réduite en 2026. Air France avait d’abord tenté de préserver son Paris-CDG–La Havane avec une escale technique aux Bahamas au retour, avant d’annoncer la suspension de la ligne à partir du 29 mars, initialement jusqu’au 15 juin. La compagnie avait expliqué à l’AFP : « En raison de la pénurie de carburant sur l’île de Cuba et de son impact sur les activités économiques et touristiques, les vols de la compagnie entre Paris-Charles-de-Gaulle et La Havane seront temporairement suspendus. »
À ce stade, aucune reprise d’Air France vers Cuba n’est confirmée. Pour les voyageurs français, la relance de Turkish Airlines rouvre donc une option de correspondance via Istanbul, mais ne restaure pas une liaison directe entre la France et La Havane. Iberia, de son côté, a interrompu Madrid–La Havane en juin. La compagnie espagnole ne prévoit pas de retour avant juin 2027, selon les informations publiées le 19 août. Air Europa fait exception sur le marché espagnol : elle a maintenu ses trois fréquences hebdomadaires Madrid–La Havane, mais avec une escale technique pour le retour. Initialement effectuée à Saint-Domingue, celle-ci a été transférée à Punta Cana, en République dominicaine, à partir du 13 juin. La compagnie précise que cette escale est destinée au seul ravitaillement, faute de carburant disponible à José-Martí.
Ainsi, le retour de Turkish Airlines porterait à deux le nombre de compagnies européennes assurant encore une desserte régulière de La Havane, mais avec deux modèles d’exploitation différents : vol théoriquement sans escale dans le programme pour Turkish Airlines, arrêt technique hors de Cuba pour Air Europa.
Les compagnies américaines moins exposées
Les compagnies américaines ont globalement mieux résisté à la crise, moins parce qu’elles y échappaient que grâce à la faible distance séparant la Floride de Cuba. Delta Air Lines maintenait un aller-retour quotidien Miami–La Havane, Southwest une rotation quotidienne Tampa–La Havane, tandis qu’American Airlines poursuivait environ dix allers-retours quotidiens au départ de Miami. Le mécanisme est simple : ces vols régionaux peuvent emporter au départ de Floride le carburant nécessaire pour repartir de Cuba sans dépendre d’un plein à La Havane.

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