Airbus étudierait la cession de sa branche spatiale aux États-Unis. L’opération, encore non confirmée officiellement, s’inscrirait dans la réorganisation des activités spatiales du groupe avant le rapprochement envisagé en Europe avec Thales et Leonardo, destiné à mieux rivaliser avec l’américain SpaceX et les acteurs chinois.

Selon des informations du Financial Times, reprises par l’AFP, le groupe européen sonderait des acquéreurs potentiels pour une activité comprenant notamment l’usine de satellites de Merritt Island, en Floride, ainsi que la gamme de petits satellites Arrow, destinés aux marchés commerciaux, institutionnels et de la sécurité nationale.

Aucun accord n’a été annoncé, ni aucun acquéreur identifié. Airbus n’avait pas commenté ces informations auprès de l’AFP. Il s’agit donc, à ce stade, d’une réflexion stratégique et non d’une cession actée.

Une usine liée à OneWeb
L’activité concernée est issue d’Airbus OneWeb Satellites (AOS), société créée en 2016 pour fabriquer les satellites de la première génération de la constellation de télécommunications en orbite basse OneWeb. En janvier 2024, Airbus avait pris le contrôle intégral d’AOS en rachetant à Eutelsat-OneWeb les 50% qu’il ne détenait pas encore dans la coentreprise.

L’usine de Merritt Island, installée à proximité du Kennedy Space Center, produit plus de 600 satellites de télécommunications pour la première génération de la constellation OneWeb. Cette activité américaine rapporterait plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d’affaires, selon le Financial Times.

Une alliance européenne en préparation
Ce possible retrait des Etats-Unis intervient dans un contexte bien plus large : Airbus, Thales et Leonardo ont signé, en octobre 2025, un protocole d’accord visant à regrouper l’essentiel de leurs activités spatiales au sein d’une nouvelle entreprise européenne.

La future entreprise réunirait des compétences allant de la fabrication de satellites aux systèmes et services spatiaux. Airbus y détiendrait 35% du capital, tandis que Thales et Leonardo en possédaient chacun 32,5%, avec une gouvernance conçue pour assurer un contrôle conjoint des trois groupes.

Les apports prévoient les activités Space Systems et Space Digital d’Airbus Defence and Space, la division spatiale de Leonardo — dont ses intérêts dans Telespazio et Thales Alenia Space — ainsi que les participations de Thales dans Thales Alenia Space, Telespazio et Thales SESO. Les activités de lancement ne font pas partie du périmètre du projet.

La nouvelle entité, dont le nom officiel n’a pas encore été communiqué, pourrait devenir opérationnelle en 2027, sous réserve du feu des autorités de concurrence européenne et des autres conditions de réalisation.

Répondre à SpaceX et Starlink
Ce rapprochement entre groupes européens vise à donner au Vieux Continent une critique de masse dans un secteur en profonde mutation. Les trois industriels européens souhaitent mieux répondre à la concurrence de SpaceX d’Elon Musk, qui combine aujourd’hui une capacité de lancement réutilisable et la constellation Starlink, ainsi qu’à la montée en puissance d’acteurs chinois dans les satellites et les services orbitaux.

Selon les estimations publiées lors de l’annonce du protocole d’accord, la future entreprise pourrait réunir environ 25 000 salariés et générer 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Son siège serait installé à Toulouse, où Airbus Defence and Space et les activités spatiales de Thales disposent déjà d’importantes implantations.

Le modèle envisagé rappelle celui de MBDA dans les missiles : un acteur européen intégré, détenu par plusieurs groupes industriels, afin de mutualiser les investissements, réduire les chevauchements et peser davantage face aux concurrents mondiaux.

Airbus face aux difficultés spatiales
Pour Airbus, l’enjeu est également financier et industriel. Le groupe a été confronté à des difficultés sur plusieurs programmes spatiaux, particulièrement dans les satellites de télécommunications. Son exercice 2024 avait été alourdi par 1,3 milliard d’euros de charges à la suite d’une revue technique approfondie des programmes spatiaux.

Une cession éventuelle de la branche américaine ne signifierait pas un retrait d’Airbus du spatial. Elle s’inscrirait au contraire dans une stratégie de recentrage : simplifier le périmètre américain tout en renforçant l’ambition d’un champion européen des satellites, des systèmes orbitaux et des services associés.

Airbus pourrait céder ses activités spatiales aux États-Unis pour se recentrer sur l'Europe 1 Air Journal

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