La compagnie régionale indienne FLY91 a signé une commande ferme de 40 ATR 72-600, valorisée à près d’un milliard de dollars au prix catalogue. Annoncé le 3 septembre, l’accord constitue la plus importante commande ferme reçue par ATR depuis près de dix ans et la plus grande jamais passée auprès de l’avionneur franco-italien par une compagnie régionale.
Basée à Goa, FLY91 entend transformer radicalement son échelle d’exploitation. La jeune compagnie, qui opère actuellement six ATR 72-600, prévoit de recevoir ses nouveaux appareils entre la fin de 2027 et 2032. Elle vise alors une flotte de plus de 60 avions, grâce notamment à la location de six à huit appareils supplémentaires avant le début des livraisons. Le montant annoncé correspond au prix catalogue : comme c’est l’usage dans l’industrie, le prix effectivement négocié n’a pas été communiqué.
FLY91 mise sur les villes indiennes de rang 2 et 3
Lancée commercialement en mars 2024 sous la raison sociale Just Udo Aviation Private Limited, FLY91 s’est construite sur un créneau précis : les liaisons directes entre les villes secondaires et tertiaires indiennes, souvent peu attractives pour les compagnies exploitant des monocouloirs de plus grande capacité. La compagnie assure près de 280 vols hebdomadaires et dessert douze villes, avec une treizième destination annoncée prochainement. Son réseau relie notamment Goa et Hyderabad à Pune, Sindhudurg, Solapur et Jalgaon dans le Maharashtra, Hubballi au Karnataka, Tirupati, Vijayawada et Rajahmundry en Andhra Pradesh, ainsi qu’Agatti, dans l’archipel des Lakshadweep.
« Cette commande de 40 appareils est le catalyseur de notre prochaine phase d’expansion », a déclaré Manoj Chacko, fondateur, directeur général et CEO de FLY91. « L’ATR 72-600 offre l’économie d’exploitation idéale pour notre réseau », a-t-il ajouté, selon les déclarations reprises par la presse indienne. L’ambition est considérable pour un transporteur âgé de moins de trois ans : l’intégration progressive de 40 avions neufs, combinée aux appareils loués, ferait passer FLY91 d’un opérateur de six appareils à une flotte dix fois plus importante au début de la prochaine décennie.
Un contrat stratégique pour ATR
Pour ATR, coentreprise détenue à parts égales par Airbus et Leonardo, l’annonce redonne une dimension industrielle à l’année 2026. Avec ce contrat, l’avionneur porte à 54 avions ses prises de commandes depuis le début de l’exercice, dépassant déjà les 50 commandes nettes enregistrées sur l’ensemble de 2025. ATR avait alors totalisé 60 commandes brutes et disposait d’un carnet supérieur à 160 appareils.
Le constructeur défend le turbopropulseur comme un outil adapté aux marchés régionaux : capacité généralement comprise entre 68 et 78 sièges selon l’aménagement, coûts d’exploitation contenus sur les étapes courtes et possibilité de desservir des aéroports aux infrastructures plus limitées. ATR affirme que l’ATR 72-600 émet jusqu’à 45% de CO2 en moins qu’un avion régional de capacité comparable à réaction ; cette donnée relève toutefois d’une comparaison établie par le constructeur.
« L’ATR 72-600 associe une économie, une efficacité et une fiabilité inégalées, permettant aux compagnies de proposer des tarifs accessibles tout en reliant des millions de passagers à de nouvelles opportunités », a déclaré Nathalie Tarnaud Laude, directrice générale d’ATR, dans une citation rapportée lors de l’annonce.
L’effet UDAN et le potentiel du marché intérieur
Cette commande s’inscrit dans le prolongement de la politique indienne de désenclavement aérien. Le programme gouvernemental Modified UDAN, nouvelle phase du dispositif de connectivité régionale, doit être mis en œuvre de l’exercice 2026-2027 à 2035-2036. Il prévoit notamment le développement de 100 aéroports à partir de pistes aujourd’hui non desservies et des mesures de soutien aux exploitants régionaux.
Au 15 juillet 2026, le programme UDAN avait déjà permis la mise en service de 679 liaisons reliant 95 aéroports, héliports et hydroaérodromes. Le ministre indien de l’Aviation civile, Kinjarapu Ram Mohan Naidu, a présenté l’investissement de FLY91 comme une contribution directe à l’intégration économique des villes de rang 2 et 3.
Le défi reste néanmoins financier et opérationnel. Manoj Chacko a indiqué que le financement de la commande n’était pas encore totalement finalisé : FLY91 discute avec des loueurs et des financeurs, tandis que les acomptes sont couverts sur ses ressources propres. La compagnie, qui a déjà levé environ 26,3 millions de dollars, cherche à réunir un montant équivalent supplémentaire.
Au-delà de la commande elle-même, FLY91 teste donc la viabilité d’un modèle très ambitieux : faire du turbopropulseur le vecteur d’une aviation intérieure moins concentrée sur Delhi, Mumbai, Bengaluru ou Hyderabad, et davantage tournée vers les territoires qui restent encore en marge de la croissance aérienne indienne.

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