Le conflit social qui touche Airbus en Espagne depuis le 25 août franchit un nouveau seuil. Le comité de grève, réunissant CGT, UGT et ÚTiL, envisage une action en justice contre l’avionneur, qu’il accuse d’avoir ouvert des « forums de négociation parallèles » avec des syndicats non grévistes. À la clé : un affrontement social susceptible de peser sur un maillon industriel important des programmes civils et militaires du groupe.
Une médiation close, une autre contestée
Le désaccord porte moins, désormais, sur le seul contenu de l’offre patronale que sur la méthode de négociation. Airbus a mis fin, le 1er septembre, à la médiation ouverte au sein du Service interconfédéral espagnol de médiation et d’arbitrage (SIMA) avec CGT, UGT et ÚTiL, faute d’accord sur une suspension préalable de la grève.
La direction souhaitait que le mouvement soit « suspendu ou mis en pause » avant de poursuivre les discussions. Les organisations à l’origine du conflit ont refusé cette condition. Airbus a alors choisi de continuer les échanges dans une seconde procédure de médiation, sollicitée après le référendum de la fin juillet et associant notamment CCOO, ATP et SIPA, des syndicats qui ne sont pas liés à l’actuel appel à la grève. Pour le comité de grève, cette seconde table ne constitue pas « un forum valide pour la négociation dans une situation de conflit collectif avec grève ». Les syndicats affirment étudier une plainte pour « ouverture de forums de négociation parallèles », en invoquant notamment des précédents jurisprudentiels espagnols dans les dossiers Coca-Cola et Alestis.
Le dialogue social au point mort
Une nouvelle réunion était programmée jeudi 3 septembre dans le cadre de cette seconde médiation du SIMA. Airbus assure vouloir parvenir à une sortie de crise et met en avant une dernière proposition comportant des « améliorations supplémentaires » et des clarifications demandées par les représentants des salariés.
Cette offre prévoit notamment une indexation des rémunérations sur l’inflation réelle, assortie d’un rattrapage du pouvoir d’achat de 7,6% sur cinq ans, jusqu’en 2030. L’avionneur dit également accepter le maintien du régime actuel de télétravail, soit jusqu’à 40% du temps de travail, du dispositif de congés — deux semaines imposées et deux semaines flexibles — ainsi que la suspension de l’indicateur Bradford utilisé dans la gestion de l’absentéisme.
Mais le 31 août, les salariés ont rejeté à 81,2% la suspension temporaire du mouvement demandée par la direction, selon les chiffres communiqués par les syndicats. La grève demeure donc illimitée, tandis qu’une manifestation est annoncée le 12 septembre entre le site de Getafe et le ministère espagnol de l’Industrie, à Madrid.
Un enjeu industriel au-delà de l’Espagne
Le conflit concerne environ 14 000 salariés d’Airbus Espagne, répartis entre Getafe, Illescas, Albacete, Cadix ainsi que les sites de San Pablo et Tablada, à Séville. Derrière le différend salarial et social se joue aussi la continuité d’une chaîne de production européenne fortement intégrée.
Les installations espagnoles fournissent des éléments de structure et des sous-ensembles destinés aux programmes commerciaux d’Airbus, dont les familles A320 et A350, ainsi qu’aux activités de défense. San Pablo, à Séville, demeure en particulier un site majeur pour l’assemblage final de l’A400M et du C295. Toute prolongation du mouvement est donc suivie avec attention à Toulouse et dans les autres maillons industriels européens, même si Airbus n’a pas signalé, à ce stade, d’incidence chiffrée sur son calendrier de livraisons.
Le timing est délicat pour le constructeur. Au premier semestre 2026, Airbus a livré 351 avions commerciaux, contre 306 un an plus tôt, et enregistré 821 commandes nettes. Ses revenus ont atteint 33,873 milliards d’euros et son bénéfice net 2,179 milliards, en hausse de 50,9% sur un an. Dans un contexte de montée en cadence et de contraintes déjà fortes dans la chaîne d’approvisionnement aéronautique, l’enlisement espagnol ajoute une pression sociale et industrielle dont le groupe cherchera difficilement à minimiser la portée.

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