Le Boeing 787-9 de Vietnam Airlines qui devait relier Munich à Hanoï le 15 août 2026 n’a quitté le sol qu’après avoir dépassé l’extrémité de la piste. Dans son rapport d’étape, le bureau allemand d’enquête aéronautique relève plusieurs activations des freins pendant la course au décollage, sans en avoir encore établi la cause. Les 287 personnes à bord sont sorties indemnes, mais l’appareil a été lourdement endommagé.

Un décollage prolongé au-delà de la piste

Le vol VN34 transportait 271 passagers et 16 membres d’équipage. Au départ de Munich, son Boeing 787-9 s’est élancé sur la piste 26L, longue de 4 000 mètres. Trois secondes après l’activation du mode de décollage, les enregistreurs ont relevé un mouvement des deux pédales de frein du siège gauche, occupé par le pilote qui conduisait l’avion. D’autres actions sur les pédales et activations du système de freinage ont été enregistrées au cours de la course.

Les données montrent notamment une vitesse restée proche de 168 nœuds pendant environ 18 secondes. Les commandes de freinage ont atteint, à leur maximum enregistré, environ 27% à gauche et 17% à droite. Peu avant la rotation, le copilote a augmenté manuellement la poussée des moteurs. L’avion a cabré à 163 nœuds, alors que la vitesse de rotation calculée pour ce départ était de 175 nœuds.

Le 787 a franchi l’extrémité de la piste, puis la bande dégagée de 60 mètres qui la prolonge. Ses traces de roues se terminaient dans l’herbe, à quelque 240 mètres au-delà du seuil de la piste opposée 08R : c’est depuis cette zone qu’il a pris son envol. Le train principal et l’arrière du fuselage ont heurté des éléments du balisage lumineux ; vingt feux ont été endommagés. Le fuselage a subi d’importants dégâts lors du contact de la queue avec le sol.

Autre donnée inhabituelle concernant la séquence de décollage : la vitesse de décision V1, fixée à 169 nœuds, n’a été atteinte qu’une fois l’appareil déjà en l’air, à environ 3,4 mètres de hauteur. Le système automatique de protection contre le décrochage a ensuite commandé l’extension complète des becs de bord d’attaque.

Retour à Munich après un délestage de carburant

L’équipage a renoncé à poursuivre vers Hanoï et demandé à revenir à Munich. Entre 14 h 22 et 15 h 07, heure locale, il a largué 62 tonnes de carburant. Deux passages avec le train sorti ont permis au personnel au sol d’observer celui-ci avant l’atterrissage sur la piste 26R, à 15 h 56, soit environ deux heures après le décollage.

Quatre pneus du train principal gauche ont été trouvés endommagés. De la fumée s’est dégagée près de ce train, mais les pompiers n’y ont constaté aucun incendie. Les passagers ont quitté l’avion par des escaliers mobiles, sans blessé signalé. Vietnam Airlines indique avoir organisé la poursuite de leur voyage sur ses vols ou ceux d’autres compagnies, avec hébergement et assistance dans l’intervalle.

Des conversations du cockpit perdues

Les enquêteurs disposent des données de vol, mais pas de l’enregistrement sonore du décollage. Les deux enregistreurs de voix du cockpit ne conservaient chacun que les deux dernières heures : à l’arrêt de l’appareil après son retour, les échanges de la phase critique avaient été écrasés. Les paramètres de vol permettent de reconstituer les mouvements des commandes et le comportement de l’avion, pas les conversations de l’équipage à cet instant.

Ce cas illustre l’intérêt des enregistreurs de voix de plus longue durée, sans préjuger de ce qu’auraient apporté les échanges manquants. Dans l’Union européenne, les avions de plus de 27 tonnes dont le premier certificat individuel de navigabilité a été délivré à partir du 1er janvier 2022 doivent pouvoir conserver au moins 25 heures d’audio. Le 787 concerné a été construit en 2016 ; ses enregistreurs avaient une capacité de deux heures.

L’enquête du BFU reste ouverte. Le bureau allemand a saisi les unités de commande du freinage et les contrôleurs des actionneurs électriques afin de les examiner. Son rapport établit que les freins ont été activés pendant le décollage, mais ne détermine pas encore pourquoi ces activations se sont produites.

Enquête sur le « tail strike » du 787 de Vietnam Airlines : les freins activés pendant la course au décollage 2 Air Journal

@capture Facebook/compte Klaus Ecker