Ryanair transporte davantage de voyageurs, mais gagne moins. Le groupe irlandais a annoncé, lundi 2 novembre, un bénéfice net semestriel de 2,15 milliards d’euros, en recul de 15%, pénalisé par la baisse des tarifs et l’envolée du carburant non couvert. Face à une facture de kérosène qui pourrait encore s’alourdir de 2 milliards d’euros l’an prochain, la low-cost examine toutes ses dépenses, jusqu’à envisager un gel temporaire des salaires.
Résultats Ryanair : davantage de passagers, des billets moins chers
Les avions restent bien remplis, mais la rentabilité s’effrite. Entre avril et septembre 2026, premier semestre de son exercice décalé 2026-2027, Ryanair a transporté 125,8 millions de passagers, soit 6% de plus qu’un an auparavant. Le coefficient de remplissage est resté stable à 95%. Le tarif moyen a toutefois reculé de 4%, à 55,70 euros, tandis que la recette totale par passager diminuait de 3%.
Le chiffre d’affaires a ainsi progressé de seulement 3%, à 10,08 milliards d’euros. Les recettes annexes — bagages, choix du siège et autres services payants — ont augmenté de 6%, à 3,08 milliards d’euros, suivant la hausse du trafic. Les dépenses d’exploitation ont, elles, bondi de 10%, à 7,69 milliards d’euros, avec des coûts unitaires en hausse de 5%. Outre le carburant, le groupe mentionne la fin des compensations versées par ses fournisseurs après la livraison de son dernier Boeing 737-8200 au printemps.
Sur le seul trimestre de juillet à septembre, qui concentre une part essentielle des bénéfices estivaux, le résultat net atteint 1,61 milliard d’euros, en baisse de 6%.
Carburant : une protection solide jusqu’en mars 2027
Le groupe bénéficie encore d’un important bouclier : 80% de ses besoins en kérosène sont couverts à environ 67 dollars le baril jusqu’à fin mars 2027. Ces contrats permettent de fixer à l’avance une grande partie du coût du carburant. En revanche, le prix des 20% non couverts a doublé, pour atteindre environ 130 dollars le baril, selon Ryanair.
Le risque se déplace désormais vers l’exercice suivant, d’avril 2027 à mars 2028. À ce stade, seulement 25% des besoins sont couverts, à un prix moyen de 95 dollars le baril. Sur la base des cours à terme actuels, Ryanair estime que sa facture annuelle pourrait augmenter d’environ 2 milliards d’euros. Cette estimation reste donc dépendante de l’évolution du marché.
« À moins d’une résolution rapide du conflit au Moyen-Orient, nous prévoyons que les prix du kérosène resteront élevés bien au-delà du début de 2027 », avertit Michael O’Leary dans le communiqué. Le dirigeant anticipe une hausse sensible des tarifs sur le court-courrier européen, mais juge qu’elle ne suffirait pas à absorber entièrement ce surcoût.
Salaires, équipages et aéroports : toutes les dépenses réexaminées
Pour amortir le choc, Ryanair ouvre une revue de ses coûts dans l’ensemble de ses compagnies. Le groupe cible les négociations avec les aéroports, les accords salariaux arrivant à échéance, les ratios d’effectifs navigants et un recours accru à l’intelligence artificielle dans les opérations et les fonctions support.
Les accords sociaux concernés « pourraient nécessiter des gels temporaires des salaires », indique Michael O’Leary dans le communiqué. Il s’agit à ce stade d’une possibilité, et non d’une mesure générale annoncée comme acquise. Le groupe ne détaille pas les modalités d’une éventuelle réduction des ratios d’équipage. Cette recherche d’économies n’empêche pas les distributions aux actionnaires. Après avoir achevé un programme de rachats d’actions de 750 millions d’euros en septembre, Ryanair annonce une nouvelle enveloppe de 800 millions à partir de février 2027, ainsi qu’un acompte sur dividende de 0,273 euro par action. Sa trésorerie brute atteignait 2,6 milliards d’euros au 30 septembre.
Programme de vols : croissance ralentie avant l’arrivée des MAX 10
La prudence se traduit aussi dans l’offre. Comme annoncé en septembre, Ryanair a ramené son objectif annuel de 216 à 214 millions de passagers, soit une progression attendue de 3%. Entre novembre et mars, le trafic devrait rester globalement stable sur un an, afin de limiter l’exposition au carburant non couvert. Pour l’été 2027, le groupe prévoit cependant 126 lignes supplémentaires et une nouvelle base à Rimini. Il entend privilégier les marchés où taxes et redevances diminuent, citant notamment l’Albanie, l’Italie, le Maroc, la Slovaquie et la Suède, au détriment de l’Autriche, de l’Allemagne et des aéroports régionaux espagnols qu’il juge plus coûteux.
Le renouvellement de la flotte doit soutenir cette stratégie. Ryanair prévoit de recevoir ses 16 premiers Boeing 737 MAX 10 au printemps 2027 et vise plus de 220 millions de passagers durant l’exercice suivant. Dans son communiqué, le groupe fait état d’une certification américaine obtenue et attend celle de l’Agence européenne de la sécurité aérienne avant la fin de l’année : son calendrier reste donc lié à cette étape européenne et aux livraisons de Boeing.
Malgré une demande jugée solide et des tarifs légèrement orientés à la hausse pour le trimestre d’octobre à décembre, Ryanair ne fournit pas de prévision de bénéfice annuel. Les réservations plus tardives réduisent sa visibilité, tandis que le carburant, les conflits et les perturbations du contrôle aérien restent autant de facteurs d’incertitude.

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