Etihad Airways : bloquer la concurrence serait un crime

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Après avoir défendu sa position sur les subventions aux Etats-Unis avec Emirates Airlines et Qatar Airways, la compagnie aérienne Etihad Airways était hier à Londres pour contrer les accusations européennes. Pour son PDG James Hogan qui a au passage salué le silence de British Airways, « investir dans la réussite n’est pas un crime, mais bloquer la concurrence en serait un ».

Le discours du PDG de la compagnie nationales des Emirats arabes Unis le 26 mars 2015 à l’Aviation Club de Londres a fait l’objet d’un long communiqué. James Hogan a pris la parole une semaine après que les transporteurs européens et américains « ont à nouveau attaqué la croissance rapide d’Etihad Airways ces dix dernières années », déclarant que les régulateurs internationaux devraient reconnaître qu’« investir dans la réussite n’est pas un crime mais bloquer la concurrence en serait un ». « Les sombres nuages du protectionnisme planent sur l’Europe et les États-Unis, » a-t-il indiqué. « Cinq grands transporteurs essaient de tirer la couverture vers eux après des années pendant lesquelles ils ont fait à leur façon. Les personnes qui ont vraiment à y perdre si ces compagnies géantes remportent la bataille sont les millions de voyageurs bénéficiant du nouveau choix sur le marché mondial du voyage aérien ».

James Hogan a déclaré que l’actionnaire d’Etihad Airways, le gouvernement d’Abou Dhabi, avait choisi d’investir dans une nouvelle compagnie aérienne au moment où de nombreux facteurs combinés pouvaient offrir de grandes opportunités. « Il a vu les possibilités d’un nouvel ordre mondial en termes de commerce international, grâce à sa position géographique et à la technologie des avions modernes, ce qui signifiait que pour la première fois tout était à proximité de n’importe quel point dans le monde ». Le résultat : une compagnie aérienne qui s’est développée jusqu’à transporter 14,8 millions de passagers en 2014, sur un réseau qui atteint désormais 111 destinations. « Atteindre cette rapide croissance, dans une industrie avec des coûts d’entrée très élevés, a nécessité des investissements importants, » a ajouté James Hogan. « Etihad Airways a reçu des investissements de son actionnaire, le Gouvernement d’Abu Dhabi, sous la forme de capitaux propres et de prêts d’actionnaire. Nous avons toujours été clairs à ce sujet. L’actionnaire savait que ces montants seraient importants. Après tout, il était question de la création d’une compagnie aérienne nationale en 2003, plusieurs décennies après la plupart des gouvernements. Il a investi dans un secteur à forte intensité de capital, qui exige d’importants investissements dans les éléments évidents que sont les appareils et les moteurs, mais qui exige également de lourds investissements dans les éléments moins évidents : le personnel, la formation, la technologie, la construction d’un siège social – chaque chose a été créée à partir de rien ». Pour avoir une chance de succès, Etihad Airways a dû atteindre une taille et une échelle « qui pourraient rivaliser avec les réseaux des compagnies aériennes qui non seulement opéraient depuis des années, mais qui avaient également bénéficié de décennies d’investissements gouvernementaux et de soutien en termes d’infrastructure. Pour devenir un concurrent sérieux dans le transport aérien long-courrier, il y a un coût d’entrée très, très élevé. Notre actionnaire a défini des paramètres clairs pour cet investissement. La compagnie aérienne devait atteindre la rentabilité en une décennie. Et à long terme, nous devions offrir un rendement. Parce que nous avons rempli ces conditions, parce que nous avons grandi plus rapidement et avec plus de succès que nos objectifs initiaux, notre actionnaire a investi davantage. Il a investi dans la réussite. Tout comme n’importe quel autre investisseur rationnel. Notre actionnaire est peut-être national mais quand il s’agit de l’argent, il est très, très rationnel ».

air-journal_Etihad Airways A380 new look1James Hogan a également contesté les accusations des compagnies aériennes contre Etihad Airways : « Certains transporteurs qui nous attaquent, affirment qu’ils perdent des parts de marché. Nous avons commencé une analyse sur cette question et bien que l’étude détaillée prendra un certain temps, je peux déjà vous dire que nos études initiales suggèrent que ces allégations sont vraies. Nous l’admettons! Mais cette soi-disant perte a généré des milliers de nouveaux passagers pour ces compagnies aériennes en difficulté, grâce à notre stimulation du marché. Elles perçoivent une plus petite part, il est vrai. Mais c’est une part d’un plus grand gâteau. Et ce plus grand gâteau est la preuve que plus de gens peuvent voyager – davantage de consommateurs peuvent bénéficier d’un choix concurrentiel ». Le PDG a souligné que British Airways ne s’était pas joint aux autres transporteurs traditionnels (aux premiers rangs desquels Air France-KLM et Lufthansa NDLR) pour attaquer Etihad Airways. « Il y a une compagnie aérienne globale qui ne s’est pas plainte de la nouvelle concurrence des transporteurs du Golfe – et c’est votre compagnie aérienne, British Airways », a-t-il dit ; « British Airways est une entreprise qui s’est forgée pendant des décennies de concurrence féroce sur son marché intérieur, à travers l’Europe et dans le monde. Willie Walsh ne se plaint pas lorsqu’il voit un nouveau concurrent entrer sur le marché, il combat simplement ! ».

James Hogan a conclu en disant que c’était un débat sur la concurrence. « En fin de compte, la concurrence est ce que désire le marché. C’est certainement ce que veut le client. Les gens veulent avoir le choix quand ils voyagent. Ce choix signifie qu’ils savent que tout s’améliore constamment. C’est la même chose que vous soyez à Abou Dhabi, à Londres, Manchester ou Edimbourg. C’est certainement ce que veut l’économie en général. Les routes aériennes stimulent le commerce et le tourisme. Le commerce et le tourisme stimulent la croissance économique. Chaque route aérienne vaut plusieurs dizaines ou centaines de millions de livres sterling d’impact économique. Nous savons que c’est vrai à l’aéroport d’Abu Dhabi, tel que l’analyse économique détaillée l’a démontré. Mais c’est également vrai dans chaque destination vers laquelle nous volons, c’est la raison pour laquelle Manchester était si désireuse d’encourager notre deuxième vol quotidien. C’est la raison pour laquelle Edimbourg se réjouit que nous commencions nos vols quotidiens directs cette année. C’est la raison pour laquelle Heathrow se réjouit que nous lui apportions notre Airbus A380, sur chacun de nos trois vols quotidiens d’ici la fin de cette année. Et ce devrait être ce que les compagnies aériennes veulent. Dans presque tous les cas, la concurrence augmente la taille du marché. Peut-être que nous remportons tous une plus petite part, mais si le gâteau est plus gros, alors tout le monde profite ».

http://www.air-journal.fr/2015-03-27-etihad-airways-bloquer-la-concurrence-serait-un-crime-5141687.html

Commentaire(s)

  1. airbid
    Publié le 27 mars 2015

    …oui mais voilà ..comment faire grossir le gâteau?
    La réponse ne viendra sûrement pas des Émirats.
    « la concurrence augmente la taille du marché » voila un nouveau concept qui arrive quand tous les autres n’ont pas tenu leurs promesses. C’est la demande qui stimule le marché, l’offre ne fait que s’aligner. L’économie n’est pas une science exacte , on le voit tous les jours et c’est démontré ci dessus.

    • Alain45
      Publié le 27 mars 2015

      La gâteau grossit tout simplement en augmentant les offres !
      Personnellement j’allais en Asie une fois par an.
      Grâce aux offres, à la baisse du prix des billets et aux services, je suis passé à 2 par an…et même certaines années 3 fois/an. Pour ma part j’ai certaines années donc fait tripler le gâteau de volume ! Reste à multiplier mon cas par les milliers d’autres voyageurs dans le même cas !
      D’autre part, des gens qui ne voyageaient pas ou très peu avant, profitent de ces prix bas et partent dans des destinations lointaines.
      Sur l’année, la moyenne de remplissage des vols des compagnies comme Emirates, Qatar ou Etihad est excellente !

    • Vous croyez à ce que vous dites?
      Prenez l’exemple chez nous des télécoms. Si F.T était le seul opérateur dans notre pays, à combien croyez-vous devrions nous payer l’ensemble des forfaits mobile et internet, et y aurait-il autant de forfaits mobils tels que nous les connaissons? NON!
      Le détenteur d’un monopole fait ce qu’il veut sans se soucier du service et de savoir s’il peut en donner plus pour le même prix.

      C’est la baisse des prix qui fait mécaniquement augmenter la demande, la qualité de service et donc la concurrence y contribue.
      Penser l’inverse n’est qu’une façon de protéger son business, ce que je peux comprendre.

  2. un plus de 3000 h de vol - 27 mars 2015 à 14 h 02 min
    un plus de 3000 h de vol
    Publié le 27 mars 2015

    « Dans presque tous les cas la concurrence augmente la taille du marché » vous dites…..vrai mais à moyen et surtout long terme , et aussi à condition que les surcapacités générées brutalement à court terme soient proportionnées ( et ce n’est pas le cas par exemple entre l’Europe et l’Asie, via le Golfe ) et ne mettent en difficulté l’ensemble des opérateurs avec des coefficients de remplissage en chute libre …..conduisant à des tarifs bradés ,
    (y compris pour les compagnies du golfe elles même…!!) …et des conséquences redoutables allant jusqu’à la disparition de certaines , avant un rééquilibrage à terme plus ou moins long entre « offre et demande »

  3. Publié le 27 mars 2015

    « un crime » ? De la décence dans les propos please Mr. CEO

  4. Vincent
    Publié le 27 mars 2015

    James HOGAN s’enfonce encore un peu plus dans ses contradictions.

    Cela étant, qui brade aux pays du Golfe des créneaux pour faire voler des avions trop souvent vides ? Les mêmes pays qui fabriquent des BOEING et des AIRBUS.

    Il faut savoir ce que l’on veut : assassiner nos compagnies occidentales avec une concurrence déloyale, ou cesser de vendre des BOEING et des AIBUS aux compagnies du Golfe grâce à des montages financiers scabreux ? La question est là, et pas ailleurs !

  5. Publié le 27 mars 2015

    James Hogan a tout à fait raison en citant British AW, active sur un pays similaire à la France par la taille de sa population et par l’hyper centralisation de ses opérations sur un hub majeur, notamment.

    Une compagnie qui doit lutter avec une concurrence hyper affûtée, qu’il s’agisse de long-courrier basé à Londres (Virgin Atlantic), de tous les concurrents étrangers (quel que soit le continent dont on parle, la concurrence est y bien plus forte qu’à Paris), d’aucune chasse gardée (British AW n’a pas de territoire quasi exclusif tel que l’Afrique ou le marché domestique) et bien entendu de nombre incalculable de low-cost, qu’elles soient anglaises ou étrangères.

    Et pourtant, British AW réalise du profit, n’est jamais en grêve et ne se plaint jamais de concurrence soi-disant déloyale.

    Le gâteau s’agrandit, sinon comment expliquer que des compagnies comme Cathay Pacific ou Singapore Airlines ont porté leur fréquences a 4-5x par jour sur Londres, et ce malgré la très forte présence des MEB3 (Emirates vole 8x par jour à Londres, quasiment tout en A380, Qatar AW a 6 vols, Etihad 3).

    C’est peut-être du côté de la Perfide Albion qu’il faudrait aller s’inspirer..

    • Vincent
      Publié le 27 mars 2015

      Tout n’est pas faux dans ce que vous dites, RONAN, il est vrai que BA est une excellente compagnie disposant d’un personnel de grande qualité.

      Ceci étant, BA profite de l’immense marché du Commonwealth (53 Etats, excusez du peu), autrement plus rentable que les DOM-TOM français !

      Enfin, le Qatar détient 10 % du capital d’IAG (holding du groupe BA) : ils ne vont tout de même cracher dans la soupe !

  6. MAB
    Publié le 27 mars 2015

    @Un plus de 3000 heures de vol :
    « les surcapacités générées brutalement à court terme soient proportionnées ( et ce n’est pas le cas par exemple entre l’Europe et l’Asie, via le Golfe ) et ne mettent en difficulté l’ensemble des opérateurs avec des coefficients de remplissage en chute libre …..conduisant à des tarifs bradés
    (y compris pour les compagnies du golfe elles même…!!) »

    Les coefficient de remplissage des cies du golfs chutent… des preuves ? j’aimerai bien avoir des chiffres ? s’ils vous plait, veuillez répondre à ce message car à la plupart que je poste on ne me répond pas.

    @Vincent : « pour faire voler des avions trop souvent vides » Avez-vous déjà voyagé avec eux ? connaissez-vous leur taux d’occupation ? Des preuves ? je ne pense pas, parce que vous répétez toujours la même chose même si on vous répond, vous affirmez toujours des choses sans argumenter/donner des preuves. J’espère que vous me répondrez et que ce ne soit pas le cas cette fois-ci.

  7. MAB
    Publié le 27 mars 2015

    @Vincent : « Enfin, le Qatar détient 10 % du capital d’IAG (holding du groupe BA) : ils ne vont tout de même cracher dans la soupe ! »
    Je suis d’accord avec vous, il ne vont pas cracher dans la soupe, BA et Qatar sont partenaires (oneworld…).
    (cependant, je tiens à préciser qu’on parle ici des paroles de Etihad, non du qatar…)

  8. C’est drôle la frustration.

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