La publication ce matin de résultats en recul par Airbus a immédiatement déclenché une réaction du ministre de l’Economie, qui se dit prêt à aider « totalement » et si besoin « massivement » l’avionneur européen aux prises avec les effets de la pandémie de Covid-19. Et la compagnie aérienne Air France est encouragée à acquérir de nouveaux avions chez lui.

Un chiffre d’affaires en baisse de 15% au premier trimestre dû entre autres aux 60 avions non livrés, une perte nette de 491 millions d’euros : les mauvais résultats financiers révélés ce matin par Airbus, accompagnés par de nouvelles mesures de chômage partiel, n’ont pas laissé Bruno Le Maire indifférent. Il a déclaré sur LCI que la France est prête à aider Airbus face à la crise : « il va de soi que nous soutiendrons totalement et s’il le faut massivement Airbus le moment venu ». Le ministre a souligné au passage que le soutien annoncé pour la compagnie aérienne Air France (à hauteur de 7 milliards d’euros pour elle et le groupe Air France-KLM) est « déjà une forme de soutien à l’avionneur européen ». 

Un « certain nombre d’engagements » ont été pris par la compagnie nationale française en contrepartie de l’aide d’Etat, a insisté le ministre : « il va de soi que derrière, il y a aussi les achats d’Airbus et la filière aéronautique française. Si nous soutenons Air France, c’est aussi et je ne le cache pas pour soutenir Airbus ». Il faut donc qu’Air France « continue à être un bon client d’Airbus qui est aujourd’hui aussi en difficulté ». Le carnet de commandes de la compagnie aérienne compte actuellement 60 A220-300 et 34 A350-900 supplémentaires (deux des quatre livrés sont en service en ce moment), ainsi qu’un dernier Boeing 787-9 Dreamliner (aucune décision n’a été prise quant à sa livraison cette année).

Un message qui sera sûrement reçu avec satisfaction par Airbus, qui chercherait à tout prix à éviter d’avoir recours à des aides d’Etat – vu les ingérences gouvernementales qui ont marqué son histoire. Sa trésorerie devrait lui permettre de tenir jusqu’à la fin de l’année, en l’état actuel de la crise. Mais comme l’annonçait son président Guillaume Faury dans une lettre aux 135.000 salariés, le constructeur « perd de l’argent à une vitesse inédite ». Et alors que la production des avions commerciaux est déjà ralentie d’un tiers pour « deux ou trois mois », le temps de réévaluer la demande, elle « ne reflète pas le pire des scénarios » ; un ralentissement plus ample est déjà à l’étude. Eviter de demander de l’argent à la France ou à l’Allemagne risque donc d’être compliqué.

On remarquera que le soutien aux achats d’avions est déjà en cours en Asie : Singapore Airlines a annoncé vouloir mettre de côté plus d’un tiers des 8,8 milliards de dollars singapouriens qu’elle va prévoit de lever, à partir de l’émission de capitaux propres et d’obligations convertibles (dans le cadre d’une aide d’Etat), pour acheter de nouveaux appareils. « La justification de ces achats reste valable même dans le scénario actuel, étant donné que cela permettrait à SIA de procéder à l’acquisition d’avions de nouvelle génération, à la fois pour remplacer la flotte existante et pour la croissance, car ces avions de nouvelle génération offrent une expérience de voyage améliorée à nos clients, mais également une meilleure efficacité opérationnelle et des émissions plus faibles », explique un communiqué aux autorités boursières. Singapore Airlines devrait selon Flightglobal recevoir d’ici la fin de l’année 18 nouveaux appareils, dont sept de la famille A320neo (pour Vistara en Inde) et cinq A350-900 (sur les 19 supplémentaires attendus), mais aussi quatre Boeing 737 MAX 8 (pour SilkAir) et neuf 787 Dreamliner.

La France prête à aider « totalement » Airbus 1 Air Journal

@Airbus