Dans un long entretien accordé à Airlineratings, le président de la compagnie aérienne Emirates Airlines Tim Clark revient entre autres sur l’utilisation des Airbus A380 pour le transport de fret durant la pandémie de Covid-19 – un secteur dont les revenus ont déjà dépassé ceux de l’année dernière.

S’il faudra attendre le 30 décembre pour en savoir (peut-être) plus sur la nouvelle classe Premium, installée dans le 117eme superjumbo livré mercredi dernier mais toujours pas officiellement présentée, le dirigeant de la compagnie émiratie basée à l’aéroport de Dubaï revient sur son utilisation, particulièrement en tant qu’avion-cargo. Une tâche pour laquelle il n’est visiblement pas fait, même si Emirates Airlines envisage de supprimer des sièges sur certains exemplaires (comme annoncé en novembre par SkyCargo).

 

Mais selon Tim Clark, le problème est que les opérations de fret aérien « sont hautement automatisées ». Alors que lors du chargement de fret en cabine, « vous devez avoir toute une ligne d’hommes, ils doivent malmener les caisses sur les marches et dans la cabine. Il faut environ 20 à 30 personnes qui montent et descendent les escaliers, prennent les cartons, et ces personnes doivent être sécurisées et attachées, c’est une entreprise assez lourde ». Il souligne que durant ce genre d’opérations, « les délais de rotation des avions ont déjà doublé » quelque soit l’avion utilisé.

L’A380 n’est pas pour autant inutile, aux côtés des onze Boeing 777F (et de la capacité ventrale des 160 autres Triple Sept en service, y compris ceux dont une partie des sièges a été retirée en cabine). Tim Clark évoque par exemple une « cargaison très intéressante », du caoutchouc à transporter de Thaïlande à Atlanta : « un constructeur automobile faisait fabriquer des pneus en Thaïlande, mais comme il avait fermé ses usines, il avait besoin du caoutchouc juste à temps pour des fins d’inventaire aux États-Unis et ne pouvait pas l’envoyer par bateau ». Emirates Airlines peut mettre 30 à 40 tonnes de fret dans le ventre d’un A380, et les demandes « très bizarres » de fret sur-mesure sont aussi très lucratives : « ils paient le prix fort, et cela valait la peine pour nous d’opérer un A380 sur toute cette distance ». Le 777 est en revanche plus approprié quand il s’agit de gros volumes et faibles poids comme pour le transport d’équipement sanitaire, souligne le dirigeant, permettant alors le chargement en cabine.

Les revenus du fret ont en tout cas « crevé le plafond », assure le président d’Emirates Airlines : ils ont déjà dépassé ceux de 2019 quand toute la flotte était opérationnelle, et « à un moment environ 80% de nos revenus étaient du fret ». Même si le nombre de passagers commence à repartir à la hausse, c’est l’activité cargo « qui nous fait avancer », souligne Tim Clark, représentant environ 60% des revenus « contre environ 10% l’année dernière ». Les rendements pour le fret et les passagers sont « beaucoup plus élevés », les coûts de carburant étant inférieurs ; « le résultat net de la flotte 777 est positif », le plus gros problème d’Emirates Airlines restant le coût des A380 : « la dette doit être remboursée. Nous devons payer les mensualités d’intérêts », conclut le président, même s’il pense qu’après avoir licencié beaucoup de pilotes « mais pas tous », ils vont « bientôt revenir ».

Emirates Airlines : Tim Clark, l’A380 et le fret 1 Air Journal

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Emirates Airlines : Tim Clark, l’A380 et le fret 2 Air Journal

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