Le commandant de bord du vol 1282 d’Alaska Airlines a déposé plainte contre Boeing, l’accusant de l’avoir transformé en « bouc émissaire » après la perte d’une « porte-bouchon » du Boeing 737 MAX-9 survenu début 2024. Cette action en justice intervient alors que Boeing fait déjà face à plusieurs plaintes de passagers et de personnels navigants commerciaux (PNC) liés à cet accident.

Selon la plainte déposée fin décembre 2025 devant une juridiction de l’État de Washington, le commandant de bord du vol 1282 réclame 10 millions de dollars de dommages et intérêts à Boeing. Il affirme que l’avionneur l’a présenté, en interne et dans certains échanges avec les autorités, comme ayant commis des erreurs de jugement, alors que l’enquête a mis en lumière des problèmes de fabrication indépendants de ses actions en vol.

Le pilote soutient que cette mise en cause a profondément affecté sa santé mentale et sa carrière, le faisant passer de « héros » salué pour l’atterrissage d’urgence réussi à responsable implicite d’un incident industriel. Il explique également que, pendant de longs mois, il a privilégié sa coopération avec les enquêteurs du NTSB (National Transportation Safety Board) avant de se résoudre à attaquer Boeing, une fois publiés les rapports pointant les manquements de l’avionneur et après avoir constaté, selon lui, l’absence de rectification de l’image donnée de son rôle.

Pourquoi la plainte n’arrive que maintenant ?
Le timing de la plainte s’explique en partie par la chronologie de l’enquête technique et des autres procédures judiciaires. Le NTSB ayant progressivement confirmé que l’origine de l’accident tenait à l’absence de boulons sur la porte-bouchon et à des déficiences de contrôle qualité chez Boeing, le pilote estime disposer désormais d’une base factuelle solide pour contester toute responsabilité qui lui serait imputée.

Par ailleurs, l’essor des actions engagées par les passagers et les membres d’équipage du vol 1282 a mis en évidence l’ampleur des dommages psychologiques causés par l’événement, confortant la décision du commandant de bord de réclamer, lui aussi, réparation. Ses avocats soulignent qu’il a d’abord tenté de régler la situation en interne et par le dialogue avec son employeur et les autorités avant de « n’avoir d’autre choix » que de saisir la justice.

Plaintes du personnel de cabine et de passagers
En 2025, quatre personnels navigants commerciaux (PNC) du vol 1282 ont assigné Boeing devant la cour supérieure du comté de King, dénonçant la « négligence » de l’avionneur dans la fabrication et l’inspection du 737 MAX-9 impliqué. « Cette négligence a provoqué des dommages physiques et mentaux qui ont profondément bouleversé ma vie personnelle et professionnelle », a déclaré l’une des plaignantes, tandis que leur avocate les a qualifiés de « héroïques » pour avoir assuré la sécurité des passagers « tout en craignant pour leur vie ».

Des passagers ont également déposé des recours pour négligence et produit défectueux, affirmant que le 737 MAX 9 livré à Alaska Airlines était « déraisonnablement dangereux » et que la compagnie avait continué à faire voler l’appareil malgré des alertes de pressurisation répétées dans les semaines précédant l’incident. Ces actions réclament des indemnités pour stress post-traumatique, peur de voler, pertes économiques et autres préjudices.

Pour rappel, le 5 janvier 2024, le vol Alaska Airlines 1282 reliant Portland à Ontario (Californie) a perdu en plein vol une « porte-bouchon », un panneau obturant une issue de secours inutilisée sur un 737 MAX-9 . À environ 16 000 pieds, le panneau s’est détaché, provoquant une dépressurisation brutale, arrachant des parties de sièges et un t-shirt d’un passager, et forçant un retour d’urgence à Portland avec 171 passagers et 6 membres d’équipage à bord, tous finalement indemnes. Les investigations du NTSB ont ensuite mis en cause des défaillances dans le processus de production de Boeing, révélant l’absence de quatre boulons essentiels pour maintenir la « porte-bouchon » en place. L’accident, et non un simple incident selon le NTSB, a entraîné l’immobilisation temporaire de la flotte mondiale de 737 MAX-9 pour inspection, accentuant la pression réglementaire et médiatique sur l’avionneur américain.

Porte-bouchon arrachée sur un 737 MAX-9 : le commandant de bord poursuit Boeing et dénonce son rôle de « bouc émissaire » 1 Air Journal

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