Un Boeing 787-8 d’Air India, immobilisé depuis le signalement d’un possible défaut sur un sélecteur de carburant moteur, a été déclaré conforme par le régulateur indien, qui n’a relevé aucune anomalie sur le dispositif incriminé après inspection. Cette conclusion intervient alors que l’Inde enquête toujours sur le crash meurtrier d’un Dreamliner du même type près d’Ahmedabad (vol AI171), où le rôle de ces mêmes interrupteurs de carburant est au cœur des investigations.

L’incident concerne un Boeing 787-8 Dreamliner d’Air India qui assurait un vol entre Londres-Heathrow et Bengaluru lorsque l’équipage a constaté un comportement anormal du sélecteur de carburant d’un moteur lors des procédures de mise en route. Selon le rapport transmis au régulateur indien, le sélecteur, censé rester verrouillé en position « run » pour alimenter le moteur, ne « restait pas fermement enclenché » dès qu’une légère pression verticale était exercée, et avait tendance à revenir vers la position « cut-off », qui coupe l’arrivée de carburant.

À la troisième tentative, le sélecteur est resté stable en position « run » et le vol Londres–Bengaluru s’est déroulé « sans incident », l’équipage surveillant de près les paramètres moteur et systèmes pendant la traversée. Par mesure de précaution, l’appareil a été retiré du service à l’issue du vol, Air India indiquant avoir immédiatement informé la Direction générale de l’aviation civile (DGCA) et saisi Boeing pour des vérifications « en priorité » des inquiétudes exprimées par le commandant de bord.

La DGCA conclut à l’absence de défaut mécanique

Dans un communiqué publié mardi, la DGCA explique avoir assisté à une série d’essais effectués sur l’avion concerné ainsi que sur un autre 787-8 de la flotte d’Air India, en appliquant la procédure d’utilisation recommandée par Boeing pour ces sélecteurs de carburant. « Lorsque les sélecteurs sont actionnés conformément à la procédure du constructeur, ils se sont révélés satisfaisants », souligne le régulateur, restant en position « run » au lieu de basculer sur « cut-off » et assurant ainsi normalement l’alimentation en carburant des moteurs.

La DGCA ajoute toutefois qu’une manipulation incorrecte de ce dispositif peut le faire « passer facilement de run à cut-off », ce qui, en exploitation, équivaut à une coupure quasi instantanée de la poussée du moteur concerné. L’autorité a demandé à Air India de diffuser à l’ensemble de ses équipages la procédure opérationnelle détaillée de Boeing relative à ces sélecteurs afin de rappeler les gestes exacts attendus et de réduire encore le risque d’erreur de manipulation en ligne.

Air India et Boeing se veulent rassurants

Dans sa communication, la compagnie indienne rappelle qu’elle a déjà procédé à des contrôles sur l’ensemble de ses Dreamliner après un précédent avis du régulateur, sans avoir relevé de dysfonctionnement sur le mécanisme de verrouillage des sélecteurs de carburant. « Air India avait vérifié les sélecteurs de carburant sur tous les Boeing 787 de sa flotte à la suite d’une directive de la DGCA et n’avait trouvé aucun problème », a réaffirmé la compagnie, ajoutant qu’« à Air India, la sécurité des passagers et des équipages reste la priorité absolue ».

Boeing, de son côté, indique soutenir Air India dans « l’examen de cette question », en mettant à disposition ses équipes d’ingénieurs et de support technique pour analyser les données de l’événement et les résultats des essais au sol. Le constructeur rappelle aussi que la conception des sélecteurs de carburant, incluant leur système de verrouillage, répond aux exigences de certification internationales et fait l’objet d’une surveillance de navigabilité continue, en lien avec les régulateurs.

Un composant au centre d’un crash meurtrier

Si la mise au sol de ce Dreamliner a suscité autant d’attention, c’est parce qu’elle survient dans le contexte très sensible du crash d’un 787-8 d’Air India survenu en juin dernier peu après son décollage d’Ahmedabad à destination de Londres, qui a fait 260 morts. Moins d’une minute après le départ, l’appareil s’était écrasé à proximité de l’aéroport.

Selon le rapport préliminaire de l’Aircraft Accident Investigation Bureau (AAIB) publié en juillet, les enregistreurs de vol indiquent que les deux sélecteurs de carburant moteur sont passés de la position « run » à « cut-off » dans la seconde ayant suivi le décollage, entraînant l’arrêt quasi simultané des moteurs. Le document précise qu’aucune conclusion n’est encore tirée quant à la cause de ce basculement – action de l’équipage, défaut mécanique ou autre facteur – et que l’enquête se poursuit, un rapport final étant attendu dans les prochains mois.

Les autorités partagées entre prudence et confiance

À la suite de ce rapport préliminaire, la DGCA avait ordonné une campagne de vérification des sélecteurs de carburant dans les cockpits des Boeing 787 et 737 opérant en Inde, incluant la flotte d’Air India, sans que des défauts systémiques de verrouillage ne soient mis en évidence. En parallèle, l’Autorité américaine de l’aviation civile (FAA) a publié un avis de navigabilité continue précisant qu’elle considérait les sélecteurs de carburant installés sur les avions Boeing, y compris le 787 Dreamliner, comme sûrs et ne justifiant pas, à ce stade, l’émission d’une directive de navigabilité contraignante.

La FAA rappelle toutefois un bulletin de 2018 portant sur le « risque potentiel de désactivation du mécanisme de verrouillage » lorsque celui-ci est mal réglé, tout en estimant que la configuration en service ne constitue pas une « condition dangereuse » dès lors que les contrôles recommandés sont effectués. Cette position souligne une ligne de crête délicate pour les autorités : maintenir la confiance dans la flotte existante tout en restant extrêmement vigilantes face à un composant dont un mauvais positionnement peut conduire à une perte de puissance immédiate.

Pour Air India, l’affaire illustre la pression accrue autour de la sécurité de sa flotte long-courrier, à l’heure où la compagnie, désormais contrôlée par le groupe Tata, investit massivement dans le renouvellement de ses appareils et l’extension de son réseau international. La compagnie affirme coopérer pleinement avec l’AAIB et la DGCA et martèle que chaque signalement technique sérieux, même unique et non reproduit comme dans le cas du 787 Londres–Bengaluru, conduit à l’immobilisation préventive de l’avion concerné et à une revue approfondie.

Air India exploite une flotte significative de Boeing 787-8 sur ses liaisons internationales moyen et long-courrier, dont les routes entre l’Inde et l’Europe ou le Royaume-Uni.

Sélecteur de carburant d’un 787 d’Air India : le régulateur ne trouve aucun défaut 1 Air Journal

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