Air India a cloué au sol l’un de ses Boeing 787-8 Dreamliner après le signalement d’un possible défaut sur un sélecteur de carburant moteur, à l’issue d’un vol entre Londres-Heathrow et Bengaluru. L’épisode ravive en Inde les interrogations autour de ce composant critique, déjà évoqué dans une catastrophe aérienne survenue en 2025.
Le Boeing 787-8 immatriculé VT-ANX assurait le vol AI132 entre Londres-Heathrow et Bengaluru le 2 février 2026. L’appareil a décollé de Londres en soirée et a atterri sans incident majeur en fin de matinée en Inde, avec tous les passagers débarquant normalement. Ce n’est qu’après l’arrivée que les pilotes ont signalé un comportement anormal du sélecteur de contrôle de carburant du moteur gauche.
Selon plusieurs sources, le problème serait survenu dès la phase de mise en route des moteurs, avant le départ d’Heathrow. Lors de deux tentatives, le sélecteur n’aurait pas réussi à rester verrouillé en position « RUN » et serait revenu vers la position « CUTOFF », qui coupe l’alimentation en carburant. Il n’est resté en position normale qu’à la troisième tentative, après un retard d’environ 35 minutes au départ.
Un risque théorique de coupure moteur en vol
Les sélecteurs de contrôle de carburant permettent de commander l’arrivée de kérosène vers les moteurs et sont conçus pour rester fermement dans la position sélectionnée. Un retour intempestif vers la position « CUTOFF » peut entraîner l’arrêt d’un moteur si l’avion est déjà au roulage ou en vol. Dans le cas du vol AI132, l’anomalie s’est produite au sol et le trajet s’est déroulé sans événement particulier, mais des associations de sécurité estiment que ce type de dysfonctionnement « pourrait, dans certaines conditions, conduire à un arrêt non commandé du moteur en vol ».
La Safety Matters Foundation, un observatoire indépendant, a demandé une enquête « transparente » sur l’incident, soulignant qu’il correspond à un scénario déjà identifié par les autorités américaines. En 2018, la Federal Aviation Administration (FAA) avait publié une alerte de sécurité signalant que certains sélecteurs de carburant installés sur des Boeing 787 pouvaient ne pas se verrouiller correctement en position « RUN », avec un risque accru de coupure involontaire de moteur.
Réaction d’Air India, de Boeing et du régulateur
Air India a confirmé qu’un pilote avait signalé « un possible défaut sur le sélecteur de contrôle de carburant d’un Boeing 787-8 ». « Après réception de ces premières informations, nous avons immobilisé l’appareil concerné et impliquons le constructeur pour examiner en priorité les préoccupations du pilote », a indiqué la compagnie, qui assure avoir informé la Direction générale de l’aviation civile (DGCA) indienne. La compagnie a rappelé avoir déjà procédé à des vérifications des sélecteurs de carburant sur l’ensemble de ses Boeing 787 et 737, sur instruction de la DGCA, « sans qu’aucun défaut n’ait été relevé ».
Le régulateur indien a ouvert un examen technique et a demandé des informations détaillées à Air India. L’enquête devra déterminer si l’anomalie relève d’une défaillance mécanique du sélecteur, d’un problème de verrouillage ou de facteurs opérationnels lors de la mise en route. Boeing, de son côté, a indiqué rester en contact avec la compagnie et apporter son soutien aux investigations techniques.
Un précédent dramatique en toile de fond
L’affaire prend un relief particulier en Inde en raison du crash du vol AI171 Ahmedabad–Londres Gatwick, survenu en juin 2025, qui impliquait également un 787-8 d’Air India. Dans son rapport préliminaire, le Bureau indien d’enquêtes sur les accidents (AAIB) a indiqué que l’alimentation en carburant des deux moteurs avait été coupée à une seconde d’intervalle peu après le décollage, provoquant une perte de poussée et l’accident qui a coûté la vie à 260 personnes. L’enquête a notamment relevé des mouvements des sélecteurs de carburant entre les positions « RUN » et « CUTOFF », au cœur des discussions sur les causes techniques et humaines du drame.
Dans ce contexte, tout incident touchant les sélecteurs de carburant sur des Dreamliner d’Air India est scruté de près par les autorités, les associations de victimes et les passagers. Plusieurs organisations de sécurité appellent le régulateur à publier rapidement des conclusions intermédiaires et, le cas échéant, à renforcer les consignes de contrôle sur ces composants critiques.
Air India exploite une flotte significative de Boeing 787-8 sur ses liaisons internationales moyen et long-courrier, dont les routes entre l’Inde et l’Europe ou le Royaume-Uni. Pour l’heure, aucun programme de suspension plus large n’a été annoncé, la compagnie rappelant qu’aucune anomalie n’avait été détectée lors des précédentes inspections de flotte.

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