La flambée des cours du pétrole et du kérosène provoquée par l’escalade du conflit au Moyen-Orient va se traduire par des tarifs aériens plus élevés pour les voyageurs du monde entier. C’est le constat sans appel dressé par l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente 370 compagnies aériennes assurant 85 % du trafic mondial.

Depuis l’attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février 2026 et les frappes sur les infrastructures pétrolières du Golfe, le prix du baril de kérosène a plus que doublé, passant de 88 à 216 dollars. Les compagnies aériennes, qui avaient budgété 26 % de leurs dépenses d’exploitation pour le carburant sur la base d’un baril à 88 dollars, se retrouvent face à une facture imprévue. Avec des marges moyennes limitées à 4 %, elles ne peuvent tout simplement pas absorber ces hausses. 

« Il s’agit d’un problème d’approvisionnement plus grave que tout ce que nous avons connu jusqu’à présent », a déclaré Willie Walsh, directeur général de l’IATA, lors d’une conférence organisée par l’Association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace (AJPAE). « Il ne faut pas être un génie pour déduire que les coûts supplémentaires auxquels les compagnies vont devoir faire face, si la situation persiste, seront bien supérieurs à ce qu’elles peuvent absorber. Donc il est inévitable que les prix des billets d’avion augmentent », a-t-il ajouté.

Aucune compagnie aérienne ne sort gagnante
Les compagnies aériennes évitent désormais l’espace aérien iranien et une partie du Golfe pour des raisons de sécurité. Résultat : des routes de contournement qui allongent la durée des vols, augmentent la consommation de carburant et désorganisent les plannings. Les dessertes vers l’Asie sont particulièrement touchées, avec un risque réel de pénurie de kérosène dans certains aéroports asiatiques. Les compagnies aériennes ont déjà commencé à mettre en place des plans d’urgence. Certaines limitent les capacités et annulent des liaisons pour préserver leurs stocks de kérosène. Près de 600 appareils seraient actuellement cloués au sol.

Air France-KLM élabore des scénarios de réduction de vols vers certaines destinations asiatiques. « L’Asie du Sud-Est est beaucoup plus dépendante du carburant acheminé via le Golfe que l’Europe. Nous pouvons nous approvisionner en carburant en Europe, mais lorsque nous atterrissons dans une ville d’Asie du Sud-Est, nous ne pourrons pas faire repartir l’avion… Sans carburant, impossible de voler », a déclaré Ben Smith, directeur général d’Air France-KLM, au Financial Times.

« Il n’y a pas de gagnants dans cette situation. Tout le monde va en ressentir l’impact », a insisté Willie Walsh. Contrairement à certaines crises passées où certaines compagnies pouvaient tirer profit des difficultés de leurs concurrentes, cette fois-ci tout le secteur est perdant. Le kérosène produit au Moyen-Orient alimente aussi bien l’Amérique du Nord que l’Asie, perturbant les chaînes d’approvisionnement globales. Les transporteurs du Golfe, européens, américains et asiatiques subissent les mêmes hausses de coûts sans aucun avantage concurrentiel.

Les long-courriers plus impactés que les low cost
Si l’ensemble du secteur souffre de la hausse du kérosène et des perturbations opérationnelles, les effets ne sont pas uniformes. Les compagnies aérienne ayant un large réseau long-courrier, particulièrement celles dépendantes des routes vers l’Asie via le Golfe, comme Air France-KLM ou Lufthansa, subissent de plein fouet la hausse du kérosène. En revanche, les low-cost européennes comme Ryanair, qui se concentrent sur des vols court et moyen-courriers intra-européens, sont moins impactées : les voyageurs qui renoncent aux destinations au Moyen-Orient ou aux longs trajets transcontinentaux se rabattent sur des vacances en Europe (Portugal, Espagne, sud de la France, Italie, Grèce).

Michael O’Leary, PDG de Ryanair, a ainsi noté un « regain d’intérêt massif pour l’Europe » pendant les vacances de Pâques et début avril. La low cost irlandaise bénéficie également d’une couverture carburant à 80 % jusqu’en mars 2027 (62% pour Air France-KLM en 2026), limitant l’impact immédiat. 

Des plans d’urgence et une demande qui reste solide
Face au risque de pénurie, les fournisseurs de carburant ne donnent plus de garanties au-delà de quelques semaines. Malgré tout, la demande sous-jacente pour les voyages demeure robuste. Les voyageurs pourraient simplement « partir moins longtemps », comme après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, a estimé le patron de l’IATA, Willie Walsh.

Les compagnies européennes ont déjà commencé à répercuter une partie de la hausse sur les long-courriers (+50 euros par billet chez Air France). Pour les passagers, cela signifie des billets d’avion plus chers dans les mois à venir, avec une possible surcharge carburant généralisée. L’IATA reste toutefois confiante : si la stabilité revient dans la région, le secteur pourrait retrouver son rythme normal d’ici huit à dix semaines. En attendant, la prudence est de mise pour tous les voyageurs qui prévoient des vols long-courriers.

Hausse « inévitable » des prix des billets d’avion : aucune compagnie aérienne ne profite de la crise au Moyen-Orient 1 Air Journal

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