À quelques jours de la fin de la période de transition de l’Entry/Exit System (EES), les aéroports et compagnies aériennes européens tirent à nouveau la sonnette d’alarme. Ils observent déjà des files d’attente pouvant atteindre deux heures aux contrôles frontières en aéroport et redoutent une aggravation avec l’enregistrement biométrique obligatoire de tous les voyageurs non‑Schengen, alors que s’ouvre le pic de trafic de Pâques.
Dans un communiqué commun publié le 30 mars 2026 à Bruxelles, ACI Europe, qui représente les aéroports, et Airlines for Europe (A4E), la principale association de compagnies du continent, alertent sur les « risques croissants de perturbations » liés à la montée en puissance de l’EES pendant les congés de Pâques. « Les passagers entrant dans l’espace Schengen risquent d’attendre encore plus longtemps aux contrôles frontières pendant Pâques, en raison des difficultés opérationnelles persistantes autour du déploiement de l’EES », préviennent Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, et Ourania Georgoutsakou, directrice générale d’A4E.
Attentes jusqu’à deux heures… voire plus
Depuis le passage au seuil de 50% d’enregistrement obligatoire des ressortissants de pays tiers le 10 mars, les données remontées par les aéroports montrent une détérioration continue des temps d’attente aux postes de contrôle en aérogare. Les files atteignent désormais régulièrement « jusqu’à deux heures aux heures de pointe », certains aéroports rapportant même des délais supérieurs. Ces difficultés surviennent malgré le recours, par les autorités de frontière, à la suspension partielle voire totale des procédures EES sur de nombreux aéroports lors des pics de trafic – une flexibilité jugée « essentielle » par les acteurs du secteur pour limiter les files et préserver la continuité opérationnelle.
Un système obligatoire à partir du 31 mars
L’inquiétude monte à l’approche des prochaines échéances : au 31 mars, tous les ressortissants de pays tiers franchissant une frontière extérieure de Schengen devront être enregistrés dans le système, puis la période de transition doit s’achever le 9 avril. À partir de cette date, les États membres ne pourront plus suspendre complètement l’EES pour faire face à la pression opérationnelle, ce qui privera les aéroports d’un filet de sécurité précieux lors des pointes de trafic.
Dans un précédent échange avec la presse, la Commission européenne a confirmé le maintien de l’objectif d’un EES pleinement opérationnel au 9 avril 2026, tout en laissant la possibilité de suspensions partielles temporaires pour gérer les congestions estivales. Les acteurs aériens jugent toutefois ces marges de flexibilité insuffisantes au regard des problèmes observés sur le terrain.
ACI Europe et A4E réclament une flexibilité prolongée
Face à ce calendrier, les dirigeants d’ACI Europe et d’A4E réitèrent leur appel à la Commission européenne et aux États membres pour prolonger le dispositif de suspension partielle ou totale de l’EES durant l’ensemble de la saison été 2026. « Nous réitérons notre appel à la Commission européenne et aux États membres pour étendre la possibilité de suspendre totalement ou partiellement l’EES – lorsque cela est nécessaire sur le plan opérationnel – durant toute la saison estivale 2026 », plaident-ils. « Cette flexibilité s’est révélée vitale pour éviter des perturbations opérationnelles catastrophiques pendant le déploiement progressif du système. Si les problèmes techniques et opérationnels de l’EES ne sont pas résolus, cette flexibilité doit rester disponible lors de futurs pics de voyage, comme l’hiver 2026‑2027. »
En février, ACI Europe, A4E et l’IATA avaient déjà mis en garde contre un « été 2026 des files de quatre heures » si aucune mesure d’assouplissement n’était décidée, évoquant des risques de congestion systémique aux frontières aériennes.
Des fragilités structurelles non résolues
Malgré un dialogue continu avec les autorités européennes et nationales, les difficultés de fond identifiées de longue date demeurent largement irrésolues. Les aéroports évoquent notamment :
- des pénuries chroniques et structurelles d’agents de police aux frontières ;
- des problèmes techniques et de maintenance répétés sur les bornes libre‑service de capture biométrique (self‑service kiosks) ;
- une utilisation encore limitée des sas automatisés (ABC gates) pour les flux concernés ;
- des interrogations persistantes sur la fiabilité du système informatique central de l’EES, avec des pannes et ralentissements signalés lors des pics de trafic.
La situation est d’autant plus délicate que l’application de pré‑enregistrement EES, développée au niveau européen pour permettre aux voyageurs d’anticiper une partie de la procédure, reste très peu déployée par les États membres : seuls la Suède et, plus récemment, le Portugal l’utilisent pour l’instant.
Une pression inédite sur les frontières aériennes
Dans ce contexte, aéroports et compagnies ne se disent pas seulement préoccupés par la haute saison estivale, mais aussi par les toutes prochaines semaines. La combinaison d’une obligation de saisie biométrique à 100% des franchissements et d’une flexibilité opérationnelle réduite promet de mettre les services de contrôle aux frontières sous une tension inédite.
Les organisations sectorielles indiquent s’attendre à une hausse des temps d’attente pour les passagers non‑Schengen dès Pâques, à mesure que l’enregistrement EES devient systématique. Elles exhortent la Commission et les États à maintenir la possibilité de suspendre totalement les procédures EES, estimant que la seule suspension partielle ne suffira pas à éviter des retards excessifs.
Un objectif de sécurité largement partagé
Les aéroports et les compagnies aériennes réaffirment leur soutien aux objectifs de l’EES, conçu pour renforcer la gestion des frontières extérieures de Schengen et améliorer la sécurité, notamment en suivant plus précisément les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers.
Mais elles insistent sur la nécessité de concilier ces impératifs avec la réalité opérationnelle des hubs européens. Selon les premières analyses d’ACI Europe, la montée en puissance progressive de la capture biométrique a d’ores et déjà augmenté de près de 70% les temps de traitement à certains postes frontières, avec des attentes pouvant atteindre trois heures dans les aéroports les plus sollicités, en particulier en France, en Allemagne, en Grèce, en Islande, en Italie, au Portugal et en Espagne.

Pas si cool a commenté :
31 mars 2026 - 8 h 47 min
A vouloir tout contrôler, on y perd notre latin.
Le système n’est pas prêt, encore trop vite conçu et pas suffisamment testé. On veut tout accélérer à tord
Dommage pour ceux qui en font les frais.
Jules a commenté :
31 mars 2026 - 10 h 59 min
Les aéroports ont eu des mois pour s’adapter, c’est à dire d’embaucher des personnels de sécurité, de développer des sas sécurisés, débugger les installations mais comme d’habitude, ils attendent le dernier moment et bien sûr il y a des problèmes …
Ca fait longtemps que nos aéroports sont perméables et ce système a pour but de filtrer comme cela se fait aux USA avec l’ESTA depuis 2009 !
Le seul bémol est d’avoir choisi la date finale en plein les vacances de Pâques …
julien31 a commenté :
31 mars 2026 - 11 h 04 min
par les frontières terrestres aucun controle ! et là ça passe rapidement