Avec 60 avions commerciaux livrés en mars 2026, soit 11 de moins qu’en mars 2025, Airbus signe un début d’année plus timide que prévu alors même que le groupe vise un nouveau record de 870 livraisons en 2026. La montée en cadence de la famille A320neo, colonne vertébrale du portefeuille, reste freinée par les tensions de la chaîne d’approvisionnement, tandis que les commandes continuent de gonfler un carnet déjà historique.

En mars 2026, Airbus a livré 60 avions commerciaux, contre 71 un an plus tôt, soit un recul de 11 appareils sur un mois pourtant traditionnellement porteur. Selon les données publiées, ces livraisons ont été effectuées au bénéfice de 38 clients, portant le total du premier trimestre 2026 à 114 appareils remis à 46 compagnies et loueurs. Ces 114 livraisons sur le premier trimestre représentent 18 unités de moins qu’au premier trimestre 2025, confirmant un démarrage d’année en retrait. Sur un an, le constructeur a donc perdu une partie de l’élan acquis à la faveur du « sprint » de fin 2025, lorsque les usines avaient tourné à plein régime pour sécuriser l’objectif annuel.

A321neo et A320neo en première ligne mais en baisse

Les chiffres détaillés montrent que Airbus reste massivement tiré par ses monocouloirs, même si leur production pâtit encore de contraintes. En mars 2026, le total de 60 appareils se décompose ainsi : 48 monocouloirs, dont 24 A321neo, 17 A320neo et 8 A220 ainsi que 12 gros-porteurs, incluant 3 A330-900, 6 A350-900 et 2 A350-1000. L’A321neo reste le pilier de la gamme, concentrant la plus large part des livraisons. Mais c’est aussi sur ce modèle que le ralentissement est le plus visible : sur le premier trimestre 2026, les livraisons d’A321neo sont en retrait de 10 unités par rapport à 2025, tandis que celles de l’A320neo reculent de 11 appareils sur la même période.

Un premier trimestre en deçà du rythme de 2025

Sur les trois premiers mois de l’année, Airbus totalise 114 livraisons, contre 132 environ un an plus tôt. La trajectoire 2026 apparaît à ce stade inférieure à celle de 2025, alors même que l’avionneur européen a affiché des ambitions nettement revues à la hausse. En janvier 2026, le groupe n’avait livré que 19 avions, un « creux » saisonnier accentué par les séquelles des tensions industrielles de 2025. En février, la courbe remonte avec 35 appareils remis à 21 clients, mais ce volume reste inférieur de cinq unités au mois de février 2025. Avec les 60 livraisons de mars, le rythme s’améliore mais ne comble pas le retard accumulé au premier trimestre.

Pour mémoire, Airbus avait livré 793 avions commerciaux en 2025, en hausse de 4% par rapport à 2024 mais encore en deçà de son pic de 2019 (863 appareils). Le groupe prévoit désormais de dépasser ce record, visant 870 livraisons en 2026.

Des commandes en plein boom : 331 avions en un mois

Ce début d’année contrasté ne signifie pas un affaiblissement de la demande, bien au contraire. Les chiffres de mars 2026 montrent un véritable boom des commandes. Selon les données publiées, Airbus a enregistré 331 commandes brutes en mars 2026, un volume exceptionnel pour un seul mois. Le carnet de commandes est ainsi passé d’environ 25 587 appareils fin février à 25 908 fin mars, soit un gain net de 321 avions en un mois.

Cette dynamique est portée en premier lieu par le A321neo, qui enregistre à lui seul un gain net de 206 avions en mars. Des commandes majeures ont été passées notamment par China Eastern Airlines (83 appareils), Delta Air Lines (34 monocouloirs, en plus de gros-porteurs) et NAS Aviation Services. L’A320neo contribue également à la hausse, avec une progression nette de 54 appareils, soutenue par des commandes de China Eastern, Juneyao Air ou encore NAS Aviation Services.

Du côté des gros-porteurs, la demande reste plus concentrée mais demeure solide : Delta Air Lines a commandé 16 A330-900 et 15 A350-900, tandis qu’Atlas Air a ajouté 20 A350F cargo à son portefeuille. Certaines lignes subissent toutefois des ajustements : 10 A220-100 attribués à Odyssey Airlines ont été retirés du carnet, auxquels s’ajoutent quelques réductions marginales sur des A320neo (deux unités chez BOC Aviation) et des clients non dévoilés.

Montée en cadence contrariée : moteurs et supply chain sous pression

Si la demande ne manque pas, c’est bien la capacité industrielle qui conditionne le rythme de livraisons. Airbus vise une montée à 75 appareils par mois pour la famille A320 à l’horizon 2027, ce qui constituerait un record historique pour l’aviation civile.

Pour y parvenir, le constructeur a ouvert de nouvelles lignes d’assemblage final (FAL) et converti notamment une partie des installations de l’A380 à Toulouse pour produire des A321neo, avec un site présenté comme « usine vitrine » en matière de rapidité et de durabilité. Cette stratégie doit soutenir la montée en cadence de la version la plus demandée de la gamme, le A321neo, devenu le véritable best-seller d’Airbus sur le moyen-courrier.  Mais la montée en puissance reste freinée par les moteurs et certains sous-traitants. Ainsi, les difficultés de Pratt & Whitney sur certains moteurs de monocouloirs devraient « perdurer en 2026 et peut-être en 2027 », a reconnu le directeur général Guillaume Faury.

Avec 870 livraisons visées en 2026, Airbus s’est fixé un objectif supérieur à son meilleur niveau historique (863 appareils livrés en 2019). Les premiers chiffres de l’année, avec 114 avions livrés au premier trimestre, impliquent cependant une accélération très marquée à partir du deuxième trimestre pour rester dans la course.

Airbus : 60 avions livrés en mars, un début d’année en dessous de 2025 1 Air Journal

@ERaviation/Enzo Rodolosi