Confrontées à des fermetures d’espaces aériens sur plusieurs corridors du Golfe et à un risque de pénurie de carburant lié au blocage du détroit d’Ormuz, les compagnies européennes demandent à l’Union européenne de suspendre temporairement le marché du carbone pour l’aviation, d’alléger certaines taxes et d’organiser des achats groupés de kérosène à l’échelle des Vingt-Sept.
Alors que Bruxelles assure qu’« il n’existe aucune preuve de pénurie de carburant à l’heure actuelle », les aéroports et les transporteurs alertent sur un risque de « pénurie systémique » dans les prochaines semaines si le trafic maritime ne reprend pas dans le détroit d’Ormuz.
Un secteur pris en tenaille par la guerre en Iran
Depuis le déclenchement, le 28 février, de la guerre opposant les États‑Unis et Israël à l’Iran, le transport aérien en Europe subit une dégradation rapide de son environnement opérationnel. Sur le plan de la sécurité, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) a interdit aux compagnies européennes de survoler l’espace aérien de plusieurs pays du Golfe, parmi lesquels les Émirats arabes unis et le Qatar, au moins jusqu’au 24 avril. Ces fermetures entraînent des détours significatifs pour les vols vers l’Asie et l’Océanie, avec des temps de vol allongés, une consommation additionnelle de carburant et des coûts opérationnels en forte hausse.
Sur le plan énergétique, la fermeture partielle du détroit d’Ormuz – par où transite une part importante des flux de pétrole et de produits raffinés à destination de l’Europe – vient perturber l’approvisionnement en kérosène du continent. Les raffineries européennes doivent désormais compenser par des routes plus longues via la mer du Nord, les États‑Unis ou l’Afrique, ce qui renchérit les coûts et ne permet pas de combler complètement les volumes perdus. Dans un courrier adressé à la Commission, l’association des aéroports ACI Europe évoque ainsi le risque qu’une « pénurie systémique de kérosène devienne une réalité » si le transit par Ormuz n’est pas rétabli de manière stable d’ici trois semaines.
A4E réclame un « plan d’urgence » à Bruxelles
Face à cette situation, le lobby Airlines for Europe (A4E), qui regroupe notamment Lufthansa, Air France‑KLM, IAG, Ryanair ou easyJet, a soumis à la Commission un document détaillant une batterie de mesures d’urgence. L’organisation demande en premier lieu « une suspension temporaire du marché européen du carbone pour l’aviation » afin de soulager le coût unitaire par siège dans un contexte de forte tension sur les prix du carburant. Elle plaide également pour la « suppression de certaines taxes aériennes », jugées difficilement soutenables alors que le kérosène a franchi des niveaux de prix inédits en Europe du Nord‑Ouest.
Autre piste avancée : la mise en place d’achats conjoints de kérosène au niveau de l’UE, sur le modèle du mécanisme instauré en 2022 pour sécuriser les approvisionnements en gaz naturel après la réduction des livraisons russes. Si ce schéma n’a jamais été appliqué au pétrole ni au carburant aviation, A4E estime qu’il permettrait d’améliorer la visibilité sur les volumes disponibles et de renforcer le pouvoir de négociation des acheteurs européens face aux grands groupes pétroliers. L’association suggère aussi d’adapter l’obligation faite aux États membres de détenir 90 jours de réserves stratégiques de pétrole, en introduisant une exigence spécifique dédiée au kérosène, aujourd’hui absente des textes.
Kérosène : Bruxelles rassure, les aéroports s’alarment
La Commission européenne, qui doit présenter le 22 avril un paquet de mesures pour atténuer les conséquences de la guerre en Iran sur les marchés de l’énergie, se montre pour l’instant prudente. « Il n’existe aucune preuve de pénurie de carburant dans l’Union européenne à l’heure actuelle, mais des problèmes d’approvisionnement pourraient survenir dans un avenir proche », a déclaré une porte‑parole mardi à Bruxelles. Bruxelles assure que « les approvisionnements en pétrole brut vers les raffineries européennes restent stables » et qu’« il n’est pas nécessaire de procéder à des libérations supplémentaires de stocks pour le moment », tout en reconnaissant que le kérosène est désormais « la principale source de préoccupation ».
Cette tonalité contraste avec celle d’ACI Europe, qui, dans une lettre rendue publique début avril, évoque une possible « pénurie systémique de kérosène dans l’UE » si le passage par Ormuz ne reprend pas de manière significative d’ici la fin du mois. L’association, qui représente près de 600 aéroports, réclame un « suivi urgent de la disponibilité et de l’approvisionnement en carburant aviation » sur les six prochains mois, ainsi qu’une coordination renforcée entre autorités nationales, transporteurs et gestionnaires d’infrastructures. Dans plusieurs pays, des mesures préventives de rationnement, notamment pour certaines compagnies ou routes long‑courriers, sont déjà évoquées pour l’été si la tension persiste.
Slots, obligations environnementales et saison été en ligne de mire
Au‑delà de la question du carburant, les compagnies s’inquiètent des conséquences réglementaires des fermetures d’espace aérien sur la gestion de leurs créneaux. A4E demande à la Commission de confirmer que les annulations et réductions de fréquences directement liées au conflit et aux détours imposés seront considérées comme un cas de « non‑utilisation justifiée » des slots, afin d’éviter que les transporteurs ne soient pénalisés dans l’allocation future de créneaux. Cette demande intervient alors que les programmes d’été approchent et que les compagnies, pour beaucoup, avaient prévu de retrouver voire de dépasser leurs capacités de 2019.
La crise actuelle se greffe par ailleurs sur la montée en puissance des obligations environnementales européennes, notamment l’extension du système ETS à l’aviation intra‑européenne et l’entrée en vigueur, en 2026, d’un mandat minimum de carburant d’aviation durable (SAF) dans le mix des compagnies. Ce carburant de synthèse est « trois à cinq fois plus cher » que le kérosène conventionnel, ce qui, en temps normal, reste absorbable, mais devient un « multiplicateur de coûts » en pleine flambée des prix du carburant fossile. Pour plusieurs transporteurs, la combinaison détours aériens – pénurie potentielle – surcoûts réglementaires fait peser une menace directe sur la rentabilité de la saison été, voire sur la continuité de certaines liaisons long‑courriers.

Vincent a commenté :
16 avril 2026 - 15 h 53 min
15% max franchement! C’est couvert jusqu’à septembre! Belle arnaque comme d’habitude…