La compagnie australienne Qantas affronte une envolée sans précédent de sa facture de carburant, contrainte d’anticiper jusqu’à 800 millions de dollars australiens de coûts supplémentaires au second semestre 2026 en raison de la flambée du kérosène liée aux tensions au Moyen-Orient. La compagnie australienne prévient que cette hausse, qui s’ajoute à un marché du carburant « extrêmement volatil », pourrait se répercuter sur ses tarifs et peser durablement sur l’économie du transport aérien.

La direction de Qantas a averti que la hausse rapide des prix du kérosène pourrait faire grimper ses coûts de près de 800 millions de dollars australiens (environ 570 millions de dollars américains) au cours du second semestre 2026. Le groupe estime désormais que sa facture de carburant sur cette période atteindra entre 3,1 et 3,3 milliards de dollars australiens, contre 2,5 milliards lors de ses précédentes prévisions, soit une révision majeure de ses hypothèses de coût d’exploitation.

La compagnie australienne, qui a exploité 363 appareils en 2025 et transporté 55,9 millions de passagers pour un chiffre d’affaires de 23,82 milliards de dollars australiens et un bénéfice net de 1,6 milliard, voit ainsi l’un de ses principaux postes de dépense repartir à la hausse après la crise sanitaire. Le carburant représente traditionnellement entre 20% et 30% des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne, ce qui donne la mesure de l’impact d’un tel choc sur son compte de résultat.

Guerre au Moyen-Orient et tension sur l’approvisionnement

Pour Qantas, la dégradation de la facture carburant s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement défavorable. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont entraîné un doublement des prix du kérosène depuis la fin février 2026, alors même que l’évolution du brut restait moins spectaculaire. Le baril de kérosène, estimé autour de 88 dollars en début d’année, dépasse désormais 200 dollars dans certaines régions, un niveau jugé très difficile à absorber par les transporteurs.

Qantas souligne que les prix demeurent « extrêmement volatils » et que l’incertitude sur les chaînes d’approvisionnement en carburant reste élevée. « Nous suivons de près la situation compte tenu de l’incertitude persistante qui règne sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en carburant », a indiqué le groupe dans un communiqué, en précisant que ses approvisionnements étaient assurés pour une bonne partie du mois de mai.

Des hausses de tarifs déjà engagées

Face à la remontée brutale de sa facture carburant, Qantas a déjà commencé à ajuster son levier prix. Mi-mars, la compagnie a annoncé une hausse de ses tarifs pour intégrer « les augmentations importantes du prix du kérosène », rejoignant ainsi un mouvement plus large dans le secteur. D’autres transporteurs, notamment en Europe et en Asie, ont actionné des surcharges carburant spécifiques, voire relevé le prix facial des billets sur le moyen et le long-courrier.

Le directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA), Willie Walsh, estime désormais « inévitable » une hausse généralisée des prix des billets d’avion face à la flambée du carburant. Selon plusieurs compagnies citées par la presse spécialisée, la progression des tarifs pourrait atteindre entre 10% et 15% en moyenne, même si l’ampleur exacte dépendra des stratégies de couverture et des marchés concernés.

Un retour à la normale qui prendra des mois

Au-delà du cas Qantas, l’ensemble de la chaîne aérienne s’inquiète des tensions persistantes sur l’approvisionnement en kérosène. Willie Walsh a prévenu début avril que le retour à une situation normale pour le carburant aviation et une décrue des prix des hydrocarbures prendra « plusieurs mois », même en cas de réouverture durable du détroit d’Ormuz. La Commission européenne a également été alertée par les aéroports du Vieux Continent, qui redoutent une « pénurie systémique » de kérosène si le trafic maritime n’est pas rétabli de manière stable dans cette zone stratégique par où transite environ 20% du pétrole, du kérosène et du gaz utilisés dans le monde.

Dans ce contexte, les mécanismes de couverture, longtemps présentés comme un amortisseur, montrent leurs limites. Certaines compagnies, notamment européennes, ont couvert une large partie de leurs besoins pour le premier semestre 2026, mais se retrouvent plus exposées à partir de l’été, ce qui laisse présager une montée en puissance des surcharges et des ajustements de programme de vols. Pour les transporteurs, l’enjeu est désormais de préserver des marges déjà faibles – de l’ordre de 4% en moyenne selon l’IATA – sans casser une demande passagers encore solide mais sensible au prix.

Kérosène en hausse : Qantas revoit sa facture carburant à la hausse et prévient ses passagers 1 Air Journal

@Sydney Airport