Le directeur général d’Air France-KLM, Ben Smith, se félicite que Bruxelles prépare un assouplissement de ses règles de concurrence en matière de fusions des entreprises, y voyant l’occasion de faire émerger de véritables « champions européens » du ciel. Le dirigeant y voit aussi la possibilité de concrétiser plus facilement son ambition d’intégrer de nouvelles compagnies aériennes au sein du groupe franco-néerlandais.
La Commission européenne étudie en ce moment le plus important assouplissement de ses règles en matière de fusions d’entreprises depuis les années 2000, selon un projet révélé par le Financial Times. L’objectif affiché est de mieux prendre en compte des critères comme l’innovation, la résilience et la capacité à affronter à armes égales les géants américains et chinois.
Interrogé sur ce projet par La Tribune Dimanche, Ben Smith accueille favorablement cette inflexion. « Nous avons besoin de champions européens », insiste le dirigeant, en soulignant que les compagnies aériennes du Vieux Continent « ne peuvent pas rester fragmentées face à des groupes beaucoup plus puissants aux États‑Unis ou au Moyen‑Orient ». Pour lui, un cadre plus favorable aux rapprochements permettrait d’atteindre une taille critique et de mieux amortir les investissements colossaux liés au renouvellement des flottes et à la transition énergétique.
Air France‑KLM en quête de consolidation
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité de la stratégie d’Air France‑KLM, qui affiche depuis plusieurs années sa volonté de jouer un rôle moteur dans la consolidation du ciel européen. En début d’année, Ben Smith déclarait déjà vouloir « intégrer une, voire deux nouvelles compagnies au groupe Air France‑KLM » au cours de l’année 2026, en ciblant des transporteurs régionaux ou des acteurs en difficulté. Le groupe aérien franco-néerlandais a déposé une offre non contraignante pour une participation minoritaire dans TAP Air Portugal, en réponse à l’appel à manifestations lancé par Lisbonne. Dans ce dossier, il fait face à Lufthansa Group qui souhaite également prendre le contrôle de la compagnie portugaise.
Déjà engagé dans une montée au capital de la compagnie scandinave SAS et dans des partenariats renforcés avec plusieurs compagnies européennes, Air France-KLM voit dans la future réforme européenne un cadre plus souple pour ce type d’opérations. « Nous avons montré que nous savions mener des intégrations de manière pragmatique, dans le respect des règles de concurrence », fait valoir Ben Smith, qui se dit prêt à saisir « les opportunités qui renforceront nos réseaux sans mettre en péril notre discipline financière ».
Des règles jugées trop strictes jusqu’ici
Les compagnies européennes dénoncent de longue date un déséquilibre entre, d’un côté, des règles de concurrence jugées très strictes dans l’UE, et, de l’autre, des concurrents étrangers bénéficiant d’un marché domestique plus large ou de soutiens publics importants. Ben Smith a plusieurs fois critiqué ce qu’il considère comme une « sur‑régulation » du transport aérien européen, qu’il s’agisse de la fiscalité, des exigences environnementales ou du contrôle des aides d’État et des fusions.
« Les compagnies européennes font face à un désavantage compétitif significatif, largement dû au fait que l’Europe ne se préoccupe pas assez des distorsions de marché », expliquait‑il récemment, en appelant à « un cadre plus cohérent » pour permettre au secteur de rester compétitif. Dans ce contexte, le projet de réforme de Bruxelles est perçu comme un tournant, même si ses modalités concrètes restent à préciser.
Un contexte de forte pression concurrentielle
La question des fusions et acquisitions se pose alors que le transport aérien européen est sous pression, pris en étau entre les grandes majors américaines, les compagnies du Golfe et la montée en puissance de nouveaux acteurs en Asie. Air France‑KLM doit aussi composer avec la concurrence agressive des low‑cost sur le court et moyen‑courrier, qui complique la remontée durable des marges.
Pour Ben Smith, la consolidation n’est pas une fin en soi mais un levier pour sécuriser l’avenir du groupe. « Il ne s’agit pas de grossir pour grossir, mais de nous donner les moyens d’investir dans des avions plus sobres, dans nos produits et dans nos hubs, tout en restant compétitifs », résume‑t‑il dans l’entretien accordé à La Tribune Dimanche. À ses yeux, un assouplissement des règles européennes sur les fusions pourrait contribuer à rééquilibrer le jeu face aux grandes alliances mondiales et aux transporteurs soutenus par des États puissants.

@Eliot Blondet/Air France
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