Air Antilles ne volera plus. Le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a prononcé, lundi 27 avril, la liquidation judiciaire de la compagnie régionale avec cessation immédiate d’activité, faute d’offre de reprise jugée suffisante et crédible, mettant un terme à une tentative de relance entamée à l’été 2024 mais plombée par des défaillances de sécurité, un passif supérieur à 56 millions d’euros et des pertes d’exploitation persistantes.

Air Antilles liquidée : fin de partie dans les Antilles françaises

Clouée au sol depuis décembre 2025 après le retrait de son certificat de transport aérien par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), Air Antilles était en redressement judiciaire depuis le 2 février 2026. Le tribunal « convertit la procédure de redressement judiciaire de la SAEM Air Antilles en procédure de liquidation judiciaire » et « ordonne la cessation immédiate de l’activité », selon la décision citée par l’AFP.

Au cours de la période d’observation, l’administrateur a estimé « l’impossibilité de présenter un plan de redressement par voie de continuation, compte tenu de l’importance du passif évalué à plus de 56 millions d’euros et au regard des pertes d’exploitation persistantes », souligne le jugement. Ce passif et l’absence de revenus depuis l’interdiction de vols ont scellé le sort de la compagnie, qui emploie 116 salariés.

Une compagnie déjà fragilisée par la liquidation de Caire

La disparition d’Air Antilles intervient moins de deux ans après la liquidation judiciaire de son ancienne maison mère, le groupe Caire, en août 2023. À l’époque, le tribunal avait prononcé la liquidation avec poursuite provisoire d’activité, avant de permettre la relance de l’exploitation via une nouvelle structure soutenue par la Collectivité de Saint‑Martin.

Relancée en juin 2024, Air Antilles avait vu la Collectivité de Saint‑Martin devenir actionnaire majoritaire au nom de la continuité territoriale, mobilisant environ 20 millions d’euros pour tenter de sauver le transport inter‑îles dans la région. Cette nouvelle incarnation de la compagnie s’appuyait sur une flotte d’ATR destinée à desservir les lignes régionales entre la Guadeloupe, la Martinique, Saint‑Martin et Saint‑Barthélemy, un maillage essentiel à l’économie et au quotidien des habitants.

L’interdiction de vols de la DGAC comme tournant décisif

La trajectoire déjà fragile d’Air Antilles a basculé en décembre 2025 lorsque la DGAC a décidé de retirer son certificat de transport aérien, entraînant l’arrêt immédiat de tous les vols. L’autorité avait alors évoqué des « défaillances très significatives » dans les processus de sécurité, de nature à empêcher « d’assurer la sécurité de ses passagers », selon un communiqué transmis à l’AFP.

Depuis, la flotte d’ATR est restée clouée au sol, privant la compagnie de toute source de revenus alors même que la haute saison touristique caribéenne battait son plein. Le président du conseil d’administration, Louis Mussington – également président de la Collectivité de Saint‑Martin – avait reconnu dès janvier la gravité de la situation : « La caisse est vide. Nous n’avons pas les moyens financiers de faire face à nos charges ». En 2025, Air Antilles avait pourtant transporté plus de 121 000 passagers pour un chiffre d’affaires d’environ 18 millions d’euros, un volume insuffisant pour absorber le choc d’un arrêt brutal des opérations.

Des offres de reprise jugées insuffisantes

Dans son jugement, le tribunal indique qu’il « rejette l’ensemble des offres de cession présentées », jugeant qu’aucun projet ne présentait les garanties nécessaires pour assurer la pérennité de l’entreprise et la sauvegarde de l’emploi. La proposition la plus structurée émanait du consortium guadeloupéen Pewen, piloté par l’entrepreneur Pierre Sainte‑Luce, via un projet baptisé Air Kalinago.

Cette offre, seule à porter sur l’ensemble de l’activité, ne prévoyait toutefois la reprise que de 13 salariés sur 116, voire 14 après un engagement pris à l’audience, un niveau jugé « incontestablement insuffisant » au regard de l’objectif légal de maintien de l’emploi. Une autre offre ne visait qu’un seul aéronef sans reprise de personnel, et a également été écartée. La juridiction a refusé de privilégier ce qui aurait ressemblé à une vente à la découpe, jugeant une telle solution contraire à l’intérêt général et à la sauvegarde de l’emploi.

116 salariés au chômage, « la clôture d’un chapitre éprouvant »

Pour les équipes, la décision met fin à plusieurs mois d’incertitude, au prix d’une disparition pure et simple de l’entreprise. « C’est un grand soulagement », a réagi auprès de l’AFP Séverine Louisor Malborougt, déléguée du personnel d’Air Antilles, en évoquant « l’épuisement des salariés » après des mois de flou.

Selon elle, la liquidation « représente avant tout la clôture d’un chapitre particulièrement éprouvant de [leur] vie professionnelle » et met en lumière le ressenti des équipes vis‑à‑vis de la gouvernance récente : « Nos repreneurs sont arrivés avec de grandes ambitions, des stratégies et tout ça s’est révélé être hasardeux et catastrophique pour les salariés ». Les 116 emplois de la compagnie doivent être supprimés, même si les procédures sociales et les recherches de reclassement pourront, le cas échéant, s’organiser dans le cadre de la liquidation.

Un bouleversement pour la connectivité régionale

La disparition d’Air Antilles rebat les cartes du transport aérien intra‑antillais. Avec l’arrêt de la compagnie, Air Caraïbes, filiale du groupe Dubreuil, devient désormais la seule à relier entre eux les territoires français des Antilles (Guadeloupe, Martinique, Saint‑Martin, Saint‑Barthélemy) sur une base régulière. Air Caraïbes, spécialiste des Antilles et de la Guyane, exploite déjà un important réseau régional ainsi que des liaisons long‑courrier depuis Paris‑Orly vers la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et plusieurs destinations caribéennes.

L’absence d’un deuxième acteur régional soulève toutefois des questions sur la résilience de la connectivité inter‑îles, la tarification des billets et la capacité à assurer une véritable continuité territoriale, notamment sur les lignes à plus faible densité ou plus saisonnières. À court terme, la priorité pour les autorités locales sera de sécuriser les dessertes essentielles, en s’appuyant sur Air Caraïbes ou de potentiels nouveaux entrants, tout en tirant les leçons d’une succession de restructurations avortées dans le ciel antillais.

Air Antilles : la liquidation judiciaire tourne la page de la relance de 2024 1 Air Journal

©Air Antilles : Anthony Pecchi