Engagée dans une modernisation accélérée de sa flotte tout en affrontant une envolée sans précédent de ses coûts de carburant, American Airlines recourt une nouvelle fois au marché des titres adossés à des avions pour se financer.

La compagnie américaine lève environ 1,1 milliard de dollars via une émission d’« enhanced equipment trust certificates » (EETC) adossés à un portefeuille de 32 appareils Airbus et Boeing, mêlant monocouloirs de nouvelle génération et gros-porteurs long-courriers. Une opération typique de la finance aéronautique américaine, qui illustre la manière dont les transporteurs monétisent la valeur résiduelle de leurs avions pour absorber le choc d’un surcoût carburant estimé à plus de 4 milliards de dollars en 2026.

Une émission EETC 2026-1 de plus de 1,1 milliard de dollars

L’opération, identifiée comme la série 2026-1, prend la forme d’EETC, un type d’obligations sécurisées par des avions, largement utilisé par les compagnies américaines pour accéder à des conditions de financement proches de l’« investment grade » malgré une notation de crédit d’émetteur plus faible. Selon plusieurs sources financières, le montant total atteint environ 1,14 milliard de dollars, légèrement supérieur au chiffre de 1,1 milliard évoqué initialement. « Les EETC permettent à des émetteurs à haut rendement d’emprunter sur le marché de l’investissement », résume S&P Global Ratings dans son analyse de la série 2026‑1, en référence à ces structures où les avions servent de collatéral prioritaire.

Un collatéral de 32 avions, des A321XLR aux 777-300ER

Le collatéral de cette émission repose sur une flotte de 32 appareils, combinant avions neufs et avions déjà en service. D’après la documentation publiée par S&P Global Ratings, le portefeuille comprend notamment :

  • 6 Airbus A321XLR, neufs ou en cours de livraison, prévus entre mi‑2025 et mi‑2026 ;
  • 11 Boeing 737 MAX 8, livrés récemment et mis en service en 2026 ;
  • 12 Airbus A321ceo livrés entre 2013 et 2015 ;
  • 3 Boeing 777‑300ER datant de 2013.

Ce mélange de monocouloirs modernes de nouvelle génération et de gros‑porteurs long‑courriers déjà amortis vise à offrir aux investisseurs un portefeuille diversifié, à la fois en termes d’âge, de type d’appareil et de profils de marché (domestique, transcontinental et long‑courrier). Les A321XLR joueront un rôle clé dans la stratégie de développement de l’offre long‑courrier à partir de monocouloirs, en particulier sur des liaisons transatlantiques et des marchés où un avion comme l’A321XLR permet de combiner rayon d’action et densité de cabine optimisée.

Les 737 MAX 8, plus récents, offrent des gains de consommation de carburant significatifs par rapport aux générations précédentes, ce qui renforce l’attrait du collatéral pour les investisseurs dans un contexte où les perspectives de prix du pétrole restent incertaines. Quant aux 777‑300ER, ils restent des piliers du long‑courrier d’American sur ses marchés majeurs, et conservent une valeur résiduelle appréciable malgré l’arrivée de nouveaux types comme le 787 et le 777X sur le marché.

Objectifs : financer des livraisons et refinancer la flotte existante

American prévoit d’utiliser le produit net de cette émission EETC pour deux objectifs principaux : financer les livraisons de 17 nouveaux avions et refinancer les prêts associés à 15 appareils déjà en service. « La compagnie prévoit d’allouer le produit de ces deux émissions obligataires au financement de 17 nouveaux avions et au refinancement de prêts sur 15 avions existants », résume une dépêche de Reuters.

En pratique, cette stratégie permet à American de remplacer des financements bancaires ou des crédits export potentiellement plus coûteux par des EETC mieux notés, donc assortis de coupons plus attractifs. Selon Bloomberg, la portion longue de l’émission, d’environ 905 millions de dollars, offrirait un rendement autour de 5,625%, tandis que les notes plus courtes sur neuf ans seraient émises avec un rendement proche de 5,75%, après un prix initial envisagé plus élevé.

Pour un transporteur très exposé à la hausse de ses coûts d’exploitation, la capacité à accéder à ce type de financement adossé à sa flotte est stratégique. Elle contribue à lisser le profil d’amortissement de ses avions, à optimiser le coût moyen de sa dette et à préserver une partie de sa trésorerie pour d’autres besoins opérationnels ou d’investissement, notamment dans l’expérience client et les opérations.

Une réponse à un choc carburant de plus de 4 milliards de dollars

Cette opération intervient alors qu’American Airlines subit de plein fouet la flambée des prix du carburant liée aux tensions géopolitiques au Moyen‑Orient. La compagnie a revu à la baisse ses perspectives de bénéfice pour 2026, indiquant que la hausse du prix du jet fuel devrait ajouter plus de 4 milliards de dollars à sa facture annuelle si les prix demeurent à leurs niveaux actuels.

Les EETC sont depuis longtemps un instrument privilégié de financement pour les compagnies américaines, au croisement du financement d’actifs et du marché obligataire. Dans ces montages, les avions sont placés dans des entités ad hoc qui émettent des certificats auprès des investisseurs ; en cas de défaut, ces derniers bénéficient de droits prioritaires sur les appareils financés.

American Airlines met en gage 32 avions pour lever plus d’un milliard de dollars 1 Air Journal

@Dallas Fort Worth International Airport