Sous le feu des critiques pour avoir appliqué, après l’achat, un supplément carburant sur des billets déjà payés, Volotea défend la mesure. Elle justifie sa politique tarifaire par la flambée du prix du kérosène depuis le début de la guerre au Moyen‑Orient, qui a fait bondir sa facture carburant.
Selon la low cost espagnole, cette hausse brutale des coûts d’exploitation met en danger l’équilibre économique de certaines lignes et l’oblige à revoir, au moins temporairement, le prix payé par les passagers. Elle affirme qu’il ne s’agit pas d’augmenter discrétionnairement ses marges, mais de «partager l’effort» avec les clients pour maintenir son programme de vols et éviter des annulations ou des réductions de fréquences.
Concrètement, Volotea applique une «surcharge carburant variable», réclamée à certains passagers plusieurs semaines après la réservation, en fonction de l’évolution des cours du pétrole. Cette somme additionnelle vient s’ajouter au montant déjà réglé, via un message adressé aux clients concernés pour les inviter à payer ce complément. La low cost explique que ce mécanisme n’est activé que lorsque le prix du carburant dépasse un certain seuil, défini en interne, et qu’il est limité dans le temps. Elle insiste sur le caractère ciblé de la mesure, qui ne s’appliquerait pas de manière uniforme à tous les billets ni sur toutes les routes.
Une augmentation de prix «temporaire»
Le directeur France de Volotea, Gilles Gosselin, présente la mesure comme un outil de gestion de crise. «Notre augmentation de prix est temporaire, c’est pour cela qu’elle est légale», affirme‑t‑il au quotidien La Tribune, en expliquant qu’il ne s’agit pas d’une hausse générale et définitive des tarifs, mais d’un ajustement limité au contexte énergétique actuel. Selon lui, la compagnie reste dans le cadre du contrat conclu avec le passager et agit de façon transparente en expliquant la nature et la raison de ce supplément. Il assure que les clients conservent la possibilité de refuser et de demander des solutions alternatives, même si ces modalités restent au cœur des critiques des associations de consommateurs.
Volotea assure en outre avoir pris des précautions juridiques avant de mettre en place ce dispositif. «La légalité de notre dispositif a été confirmée par trois cabinets indépendants spécialisés dans le droit du transport aérien et du consommateur», fait valoir la direction de la low cost auprès du site Challenges. Elle met en avant ces avis d’experts pour tenter de rassurer les passagers et répondre aux réserves exprimées par Bruxelles. En interne, la direction présente cette consultation comme la preuve qu’elle n’a pas improvisé cette surcharge, mais qu’elle s’est efforcée de la concevoir dans le respect du droit en vigueur.
Bruxelles rappelle le cadre légal
Pour la Commission européenne, ces arguments ne suffisent pas. Interrogée à Bruxelles, la porte‑parole Anna‑Kaisa Itkonen a jugé que l’ajout d’un supplément carburant après la réservation «ne peut se justifier», même en période de forte volatilité des prix de l’énergie. En France, le ministre des Transports Philippe Tabarot a demandé une enquête sur le dispositif de Volotea, jugeant qu’il pourrait créer «une future jurisprudence» et soulignant la nécessité de vérifier sa conformité au droit européen de la consommation.
De son côté, le commissaire européen aux transports Apostolos Tzitzikostas a déclaré que les annulations motivées par le prix du carburant ne constituent pas des « circonstances extraordinaires ». Une déclaration qui renforce la protection des voyageurs face aux annulations en cascade de vols. Selon Apostolos Tzitzikostas, il existe une distinction fondamentale que les compagnies semblaient ignorer volontairement :
–Une pénurie physique de kérosène est une circonstance extraordinaire : les compagnies aériennes ne peuvent plus s’approvisionner en carburant, ce qui empêche concrètement le déroulement d’un vol et exonère les compagnies aériennes d’indemniser les passagers.
–Une hausse du prix du carburant n’est pas une circonstance extraordinaire : les compagnies aériennes peuvent s’approvisionner en carburant, il n’y a pas d’impossibilité d’exploiter un vol car la variation du prix du carburant est un risque économique inhérent à l’activité aérienne.
Vueling garantit un prix «final»
Dans ce climat de tension, certaines compagnies s’attachent à rassurer leurs passagers. Vueling, autre low cost espagnole très présente en France, assure qu’elle ne modifiera pas a posteriori le montant des billets déjà confirmés, malgré la hausse du coût du carburant.
«Vueling opère son programme de vols comme prévu et ne prévoit pas d’interruptions dans l’approvisionnement de carburant pour cet été. Par ailleurs, la compagnie garantit que le prix confirmé au moment de la réservation est le prix final du billet et qu’en aucun cas des suppléments ne seront appliqués, même en cas d’augmentation du prix du carburant», indique Vueling, elle aussi low cost espagnole. Cette position vise à se démarquer de sa concurrente Volotea et à lever les inquiétudes des clients sur de possibles hausses rétroactives.
Des précédents avec la taxe de solidarité
Le débat autour des hausses de prix après coup n’est pas totalement nouveau dans le transport aérien. En 2025, la low cost française Transavia avait déjà demandé à certains clients de payer un supplément sur des billets déjà achetés, non pas pour le carburant, mais pour répercuter la hausse de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) décidée par le gouvernement.
Transavia avait expliqué qu’elle devait «collecter la totalité de cette taxe pour les voyages prévus à partir du 3 mars 2025», y compris pour des réservations effectuées avant l’entrée en vigueur du nouveau barème. Les passagers concernés avaient reçu un courriel les invitant à régler la différence, sous peine de ne pas pouvoir embarquer, la low cost se réservant «le droit de refuser le voyage» en cas de non‑paiement.
Pour les associations de consommateurs, ces pratiques, qu’elles concernent le carburant ou la fiscalité, posent la même question de fond : celle de la stabilité du prix final d’un billet une fois la réservation confirmée. Comme le rappelle Flightright à propos du dossier Volotea, le règlement européen prévoit que «le prix final doit être définitivement fixé dès l’achat, sans possibilité de modification ultérieure».

@Montpellier-Méditerranée MPL
SERGE13 a commenté :
9 mai 2026 - 11 h 27 min
Merci Airjournal d’avoir bien éclairé tout ce petit monde concernant la taxe dite Chirac.
Ca remet les pendules à l’heure.