Ryanair appelle le régulateur irlandais à calquer l’exemple espagnol en baissant les redevances de Dublin, plutôt que de financer le vaste plan d’investissements de 5,6 milliards d’euros proposé par DAA qu’elle qualifie de « gaspillage ».

Au cœur de la bataille : la manière dont les autorités encadrent les redevances dans un contexte de programmes d’investissements massifs à Dublin comme en Espagne, où le régulateur CNMC recommande au contraire une baisse annuelle des taxes aéroportuaires sur 2027‑2031.

Ryanair brandit l’exemple espagnol

Dans son communiqué du 9 juin, Ryanair « appelle l’IAA à suivre l’exemple du régulateur espagnol des aéroports » en refusant toute hausse des redevances aéroportuaires à Dublin pour la période 2027‑2031. En Espagne, la Comisión Nacional de los Mercados y la Competencia (CNMC) vient de publier un avis recommandant une réduction moyenne de 0,59 % par an des redevances entre 2027 et 2031, à rebours de la hausse de 3,82 % souhaitée par Aena pour financer un programme d’investissements de près de 10 milliards d’euros.

Ryanair s’est publiquement félicitée de cette position, tout en plaidant pour des réductions bien plus marquées – jusqu’à 22 % de baisse cumulée d’ici 2031 selon les scénarios défendus par les compagnies aériennes et appuyés par l’IATA et l’association espagnole ALA, qui demandent une réduction annuelle de 4,9 %. La compagnie met en avant l’argument classique du secteur : une trajectoire de redevances plus basse stimulerait le trafic, en particulier sur les aéroports régionaux, tout en permettant de maintenir un niveau d’investissement élevé grâce à la croissance des volumes.

Un plan d’investissements « zéro croissance » à Dublin au cœur de la polémique

À Dublin, la cible de Ryanair est le plan de dépenses d’investissement (CapEx) de 5,6 milliards d’euros que DAA entend déployer sur la période 2027‑2031. Selon l’opérateur, ce programme doit permettre à l’aéroport de passer d’environ 36 millions de passagers en 2025 à une capacité de l’ordre de 45 millions de passagers par an à l’horizon 2031, notamment via des extensions d’infrastructures, des projets de maintenance et des investissements dits de durabilité.

Ryanair, qui reste de loin le premier client de Dublin Airport, y voit à l’inverse « un plan de 5,6 milliards d’euros à zéro croissance » qui « ne fournit aucune capacité supplémentaire en matière de pistes ou de terminaux », mais ferait « doubler les redevances passagers de 20 à 40 euros par départ ». Dans un précédent communiqué sur ce même plan, la compagnie détaillait la structure des dépenses, dénonçant plus de 1,5 milliard d’euros affectés à des postes « inflation » et « imprévus », 700 millions d’euros pour l’ajout de 14 postes de stationnement sur la jetée 1 avec passerelles et salons alors que Ryanair n’utilise pas d’accès par passerelle, ainsi qu’environ 670 millions d’euros de maintenance et près de 500 millions pour des projets de durabilité.

Michael O’Leary fustige le « gaming réglementaire » de DAA

Dans sa déclaration, le directeur général de Ryanair, Michael O’Leary, invite le régulateur à « ignorer le gaming réglementaire de DAA » et à réduire les redevances « déjà élevées » de Dublin Airport de « 1 % ou 2 % par an entre 2027 et 2031 ». Il estime que, une fois levé le plafond de 32 millions de passagers actuellement en vigueur à Dublin – qui limite le nombre annuel de mouvements commerciaux et fait l’objet de débats politiques en Irlande – la croissance du trafic devrait mécaniquement se traduire par une baisse du coût unitaire pour les compagnies, comme le préconise le régulateur espagnol en Espagne.

Michael O’Leary affirme par ailleurs que « les monopoles aéroportuaires comme DAA sous‑estiment systématiquement la croissance du trafic tout en dilapidant des milliards dans des infrastructures dont les compagnies n’ont pas besoin », citant notamment l’installation de passerelles sur la jetée 1, utilisée à 80 % par Ryanair, qui n’emploie pas ces équipements. Dans sa ligne habituelle, le dirigeant exhorte donc l’IAA à « ignorer le plan délirant de 5,6 milliards d’euros de DAA » et à supprimer les hausses de redevances qu’il associe à un « doublement » du coût pour les passagers.

Un cadre de régulation sous pression en Irlande

En Irlande, l’Irish Aviation Authority est chargée de fixer le niveau maximal moyen des redevances par passager à Dublin, via des périodes de contrôle pluriannuelles, sur la base des plans d’investissement de DAA et des projections de trafic. Le régulateur a indiqué qu’il arrêterait en 2026 le nouveau niveau de redevances applicables à partir de 2027, dans un contexte de croissance potentielle du trafic vers 40 millions de passagers par an et de tensions autour du relèvement du plafond d’activité de l’aéroport.

Entre investissements et redevances, Ryanair relance la bataille réglementaire à l’aéroport de Dublin 1 Air Journal

@Ryanair