Le train progresse nettement dans le voyage d’affaires en Europe sur les trajets courts et moyens, mais l’avion conserve un rôle central dès que les distances s’allongent ou que l’international entre en jeu.
En France, la dynamique post-Covid est clairement favorable au ferroviaire. Selon le cinquième rapport de l’Autorité de régulation des transports (ART), la fréquentation des trains longue distance a augmenté en moyenne de 17,5 % par an entre 2020 et 2024. L’ART souligne un report vers les transports collectifs (train, autocar, véhicule en partage, etc.) et indique que le transport de voyageurs a retrouvé, voire dépassé, son niveau d’avant-pandémie. La part modale du train atteint désormais 10,9 % des déplacements en France métropolitaine, tous motifs confondus.
Le trafic aérien domestique français reste en deçà de son niveau de 2019, tandis que le rail a dépassé ses volumes pré-Covid. Ce mouvement est également visible sur les déplacements professionnels intra-européens en courte et moyenne distance. Grégory Mavoian, co-fondateur de Globéo Travel, agence de voyage d’affaires et agence indépendante spécialisée en expertise business travel, confirme ce basculement sur le terrain : « Depuis le Covid, un changement comportemental marqué s’est opéré avec une bascule de l’aérien vers le train, notamment sur le train européen. »
Voyages d’affaires : le train majoritaire sur le court-courrier
Partout en Europe, s’agissant des déplacements professionnels, le train s’impose sur les trajets courts et régionaux. Une étude Qonto réalisée auprès de plus de 500 000 indépendants et PME en France, Allemagne, Espagne et Italie montre qu’au premier trimestre 2024, environ 70 % des transactions liées à des déplacements professionnels concernent des voyages en train. En France, le train représente 72 % des réservations contre 28 % pour l’avion sur cette période. Les billets d’avion progressent toutefois plus vite en volume avec la reprise des réunions internationales en présentiel.
Les travel managers chargés de la gestion des déplacements professionnels ont une préférence marquée pour le rail sur les liaisons européennes de moins de quatre à cinq heures, lorsque le coût, la durée et le confort sont jugés compétitifs. Des axes comme Paris-Bruxelles, Paris-Londres ou Paris-Zurich illustrent cette bascule dans les politiques de gestion des voyages, même si l’avion reste privilégié au-delà de ce seuil.
Grégory Mavoian décrit ce glissement concret : « Les politiques voyage des clients ont évolué vers une orientation plus écologique. Sur des voyages comme Paris-Amsterdam, auparavant effectués uniquement en avion, une partie du flux se fait maintenant en train. » Pour lui, ce choix est autant lié aux enjeux de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qu’à la maturité des outils de vente et au confort perçu par les voyageurs d’affaires.
Ouverture à la concurrence du train : un nouvel écosystème
L’essor du train s’inscrit également dans un contexte de concurrence accrue sur le marché français : « L’ouverture à la concurrence du marché français, avec l’arrivée de Trenitalia et Renfe, et des offres comme Ouigo, crée un nouvel écosystème plus compétitif au bénéfice du client », analyse Grégory Mavoian.
Sur le plan tarifaire, la situation reste contrastée. Le train peut être très performant en réservation anticipée sur certaines liaisons, mais l’avion demeure souvent moins cher sur de nombreux itinéraires intra-européens grâce à la pression des compagnies aériennes low-cost, souligne le dirigeant de Globéo Travel.
« Un voyage, un billet » : simplifier le rail européen
Le développement du business travel en train se heurte encore à des obstacles pratiques sur les parcours multi-opérateurs. L’Open Sales and Distribution Model (OSDM), porté par la Communauté des entreprises ferroviaires européennes et l’Union internationale des chemins de fer, vise à standardiser la distribution et à permettre la vente de billets combinés sur un seul titre de transport (à l’exemple d’une réservation de vols en partage de codes dans l’aérien).
En mai 2026, la Commission européenne a présenté le paquet réglementaire « Un voyage, un billet, pleins droits » pour rendre les voyages ferroviaires transfrontaliers aussi simples à réserver qu’un vol. Le texte propose de permettre aux passagers de rechercher, comparer et acheter, en une seule transaction, un billet unique couvrant un trajet impliquant plusieurs opérateurs, avec des droits harmonisés en cas de correspondance manquée (assistance, réacheminement, remboursement, compensation). Cette proposition doit encore être examinée par le Parlement européen et le Conseil. Son entrée en vigueur n’est pas attendue avant 2029.
Le rôle renforcé des agences de voyages d’affaires
Dans ce contexte de mutation rapide, le rôle des agences de voyage d’affaires, des TMC (Travel Management Company) et des acteurs de la mobilité d’entreprise se renforce. « Notre métier consiste à conseiller les clients, exécuter leurs attentes et leur politique voyage, et optimiser leur budget », explique Grégory Mavoian. Et d’insister sur l’absence de solution unique : « Il n’y a pas de modèle préfabriqué : la stratégie s’adapte en fonction de chaque client et de son activité propre, de même pour les outils technologiques qui sont choisis selon la typologie et les spécificités du client. »
Cette approche sur mesure permet de combiner train et avion en fonction des enjeux de chaque organisation : coût global, temps, confort, impact carbone et exigences réglementaires. Le rail gagne ainsi du terrain dans les déplacements professionnels européens, sans pour autant supplanter l’avion sur le long-courrier et les hubs internationaux.

©KLM
nickel a commenté :
16 juillet 2026 - 12 h 19 min
Parlons-en du train et de la SNCF. Hier, 6h pour faire Laval Paris, la semaine dernière 4h pour faire Paris Le Mans. Le mois dernier, 9h pour faire Nice Paris… La SNCF est complètement dans les choux, sans compter les prix exhorbitants qui sont pratiqués et le manque de fréquences (la moitié des trains sont pris d’assault et donc complets). On ne va pas parler d’un WIFI délirant, de sièges noyaux de pêche, d’un confort très incertain avec des matériels roulants d’un autre âge et aménagé à l’instar d’une compagnie aérienne low-cost. Les OuiGo sont un scandale. C’est un service TGV avec des sièges à peine digne de Ryanair et des prix d’une Business… On n’évoquera pas les prestations vendues prix d’or au bar, car on ne souhaite pas tirer sur les ambulances… Bref, le train, en France, il faut mieux éviter… Une fois que vous avez connu les trains à grande vitesse en Chine, au Japon, voire même au Maroc (qui utilise les mêmes TGV), on déchante vite avec la SNCF. Il est quand même très curieux que quand il fait trop chaud, tout fout le camp, alors qu’en Espagne qui connait nos températures “caniculaires” toute l’année, les TGV roulent magnifiquement bien avec une régularité à faire rêver. Cerise sur le gateau, les wagons sont bien plus confortables…
BD a commenté :
16 juillet 2026 - 12 h 33 min
Un peu de bon sens et de prise en considération des enjeux climatiques ne nuit pas …
En revanche, utiliser les retards extrêmes de ces derniers jours, tous consécutifs a des incendies, pour décrédibiliser le transport ferroviaire, c’est vraiment de la mauvaise foi.
Surtout quand on regarde la ponctualité de l’aérien …
Quant au Ouigo, certes c’est un moyen de transport au confort bien sommaire, mais il a justement été copié sur le low cost aérien qui donne le mauvais exemple depuis un certain temps …
Et justement, ce n’ est pas un service TGV, c’est juste la grande vitesse mais sans le service !
Enfin, vous me paraissez vous contredire en semblant considérer le train comme un piètre moyen de transport et en lui reprochant d’être toujours complet !
GVA1112 a commenté :
16 juillet 2026 - 12 h 54 min
Monsieur,
C’est pas votre consommation excessive de la voiture et de l’avion (pour aller au Japon et en Chine) et que vous souhaitez avoir 25°C tout l’hiver dans votre belle demeure … que nous avons un réchauffement exceptionnel.
Ainsi, nos trains qui vivent presque 50 années (2 à 2.5 x plus que les avions et 5 x plus que votre SUV de 250 cv) … ne sont plus adaptés à ces chaleurs.
Vous avez raison de dire qu’ils sont pris d’assaut, cela prouve qu’ils répondent encore à de très nombreuses demandes.
Vous ne serez jamais un pendulaire car partager un siège de train avec un inconnu, sans votre connexion wifi à haut débit 5G++, cela vous effraye !!
Tony de Brest a commenté :
16 juillet 2026 - 12 h 47 min
En Italie, l’avion reprend des parts de marché au transport ferroviaire. La preuve :
Les données 2024 fournies par l’Enac (Ente nazionale per l’aviazione civile ) montrent que de plus en plus de personnes se déplacent en avion entre Milan et Rome, en raison des prix et aussi d’une plus grande fiabilité du service.
La “navette des airs” Milan Linate – Rome Fiumicino assurée par ITA-Airways dépasse le million de voyageurs en un an — une première depuis 2018 —, accroît son poids spécifique dans les vols nationaux et grignote des parts de marché à la grande vitesse ferroviaire grâce à des tarifs jugés plus avantageux ainsi qu’à une ponctualité et une régularité supérieures.
Source Corriere della Sera en date du 26 février 2025 en ce qui concerne les deux paragraphes ci-dessus.
Les problèmes du réseau ferroviaire italien poussent des milliers de personnes à prendre d’assaut les sites web et les applications des compagnies aériennes pour réserver au plus vite une place sur les vols entre le Nord et le Centre‑Sud de l’Italie. Mais beaucoup ont découvert que non seulement les sièges disponibles sont rares, mais que les quelques restants dépassent dans plusieurs cas les 500 euros par trajet. Ces perturbations du trafic ferroviaire ne pouvaient survenir à un pire moment, confirment les transporteurs : avec le début de la saison estivale, les taux de remplissage des avions dépassent les 95 %.
Selon les données fournies au Corriere par la plateforme spécialisée Cirium, entre le 6 et le 10 juillet, ITA — la seule à proposer la liaison directe entre Milan Linate et Rome Fiumicino — a mis en vente 110 vols (dans les deux sens), pour une offre d’environ 16 500 sièges. Avant même le chaos ferroviaire, le taux de remplissage moyen des vols dépassait déjà les 90 %, et dans certains cas avait atteint les 100 %.
Source Corriere della Sera en date du 7 juillet 2026 pour ce qui est des deux paragraphes figurant ci-dessus.