Les arrivées de visiteurs européens ont fortement augmenté au Vietnam depuis le début de l’année 2026. Dans cet essor touristique, l’ancienne capitale impériale Hué se distingue : les Français y forment le premier marché international, attiré par le patrimoine historique, la gastronomie et une offre culturelle dense.
Le pays de l’ex-Indochine a reçu près de 13,9 millions de visiteurs internationaux entre janvier et juillet 2026, soit une hausse de 13,8% sur un an. L’Europe est la région qui enregistre la croissance la plus rapide, avec une progression moyenne de 53,4% des arrivées.
L’Europe, marché en forte hausse
En juillet seul, le Vietnam a accueilli 1,67 million de visiteurs étrangers, en hausse de 6,6% par rapport au même mois de 2025. Le gouvernement vietnamien vise désormais 25 millions d’arrivées internationales sur l’ensemble de l’année 2026. L’Asie du Nord-Est reste la première zone émettrice. La Chine, avec environ 3,1 millions de visiteurs, et la Corée du Sud, avec 2,4 millions, conservent leur avance. Mais les marchés européens gagnent rapidement du terrain.
La Russie constitue le premier marché européen du Vietnam, avec 864 000 visiteurs sur les sept premiers mois de l’année. Les arrivées russes ont bondi de 174%, portées par le retour des vols directs et par l’attrait des destinations balnéaires vietnamiennes. D’autres marchés européens progressent également. Les arrivées en provenance de Pologne ont augmenté de 51,3%, celles de République tchèque de 28,6%, de Suède de 24,7% et de Suisse de 21,7%. Ces pays bénéficient notamment de l’exemption de visa accordée par le Vietnam.
Les autorités touristiques mettent aussi en avant le profil économique des visiteurs européens. Les voyageurs européens séjournent généralement plus longtemps et dépensent davantage que les touristes issus de nombreux marchés de proximité.
Hué, premier choix français
Dans le centre du pays, Hué profite de cette dynamique. L’ancienne capitale impériale a accueilli environ 1,5 million de visiteurs internationaux au premier semestre 2026 (+25,1 % par rapport à la même période de 2025). Parmi eux, près de 59 000 visiteurs français y ont séjourné, ce qui fait de la France le premier marché émetteur. Les États-Unis suivent, avec près de 45 000 visiteurs, devant l’Allemagne, avec plus de 28 000.
Cette place particulière des Français s’explique par une forte affinité avec l’identité de Hué. La ville réunit plusieurs composantes recherchées par la clientèle tricolore : histoire, patrimoine, culture, gastronomie et découverte urbaine. Son ancienne cité impériale, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, reste le principal point d’attraction. La citadelle de Hué, les tombeaux des empereurs Nguyen, les pagodes et la rivière des Parfums composent un itinéraire très identifié. La musique de cour royale, également reconnue par l’UNESCO, renforce cette dimension culturelle. La gastronomie locale complète l’expérience, avec le bún bò Huế, le riz aux palourdes et de nombreuses spécialités à base de petits gâteaux traditionnels.
Pour Jérôme Caro, dirigeant des agences de voyages Destino Mundo et 37 Sud, le Vietnam se distingue d’abord par l’ampleur et la diversité de son offre. « En 25 ans de voyage, je n’avais jamais visité le Vietnam. J’y suis allé cette année, j’ai découvert le Nord, avec la baie d’Along, classée à l’UNESCO, puis Hué, avant de poursuivre par avion jusqu’à Angkor, au Cambodge », raconte-t-il. « Il y a tant de choses à voir que, même en quinze jours, j’en ai manqué une grande partie. Je n’ai fait ni le Sud, ni le Nord des ethnies minoritaires. Il faudrait que j’y retourne », poursuit-il. Selon lui, cette richesse permet d’envisager plusieurs séjours dans le pays, avec des itinéraires différents. « L’Asie n’est jamais redondante. Même après avoir visité la Thaïlande il y a 25 ans, je suis certain que l’on peut y retourner et découvrir autre chose. Au Vietnam, il existe aussi une qualité d’accueil et de service assez différente de ce que l’on trouve ailleurs », ajoute Jérôme Caro.
Prolonger les séjours
La hausse des arrivées ne garantit pas à elle seule un niveau de recettes à la hauteur du potentiel de la ville. Hué cherche donc à prolonger la durée des séjours et à encourager les visiteurs à passer davantage de nuits sur place. Les données récentes montrent une amélioration. La durée moyenne de séjour a atteint 2,06 jours, contre environ 1,7 jour sur la période 2022-2024. Les voyageurs internationaux indépendants restent plus longtemps, autour de 2,42 jours.
Pour consolider cette évolution, l’ancienne capitale impériale diversifie ses produits. Elle mise sur le patrimoine et les festivals, mais aussi sur la gastronomie, le bien-être, le golf, le tourisme vert et les expériences côtières. L’enjeu est d’élargir les motifs de séjour au-delà de la visite, souvent rapide, du complexe impérial.
Cette stratégie de développement s’accompagne cependant d’une vigilance sur la pression touristique. « Ce qui m’inquiète le plus pour notre profession, c’est le surtourisme », souligne Jérôme Caro de Destino Mundo et 37 Sud. « Bali, par exemple, c’est fichu. La Thaïlande aussi est très concernée. Et au Vietnam, cela commence. »
Son observation renvoie à un défi de long terme pour la destination : maintenir la croissance internationale, tout en protégeant les sites patrimoniaux, les paysages, la qualité de vie locale et l’expérience des visiteurs. À Hué, l’allongement des séjours et la dispersion des flux vers de nouvelles activités peuvent contribuer à mieux répartir les retombées, sans concentrer la fréquentation sur les seuls monuments emblématiques.
Un objectif ambitieux pour 2026
La transformation numérique fait aussi partie de la stratégie. La ville déploie notamment les outils VisitHue et Hue City Passport, l’ouverture de données touristiques, des solutions de guidage multilingue et des applications fondées sur l’intelligence artificielle. Des expériences immersives s’appuyant sur la réalité virtuelle et augmentée sont également envisagées pour valoriser le patrimoine.
Hué vise entre 7,3 et 7,5 millions de visiteurs sur l’ensemble de l’année 2026. La ville espère générer environ 20 000 milliards de dôngs (environ 660 millions d’euros) de recettes touristiques, selon les objectifs actualisés communiqués en juillet. L’essor de la clientèle française donne à Hué un atout solide dans cette stratégie. La destination dispose déjà d’une image forte auprès des amateurs de culture vietnamienne. Son défi est désormais de transformer cette fréquentation en séjours plus longs, plus diversifiés et plus rémunérateurs, sans perdre ce qui fait son identité.

@Nina N./DR
Aucun commentaire !